Déménager, changer de métier, de vie maritale, perdre un être proche, un animal et voilà qu’il faut construire de nouveaux automatismes.
Ces réflexes bien ancrés
Quatorze ans de vie commune avec Galou, ce sont de nombreux rituels partagés. Entre les horaires de sortie, de nourriture, de jeux… mais derrière toute une palanquée d’habitudes réflexes, au delà des sentiments, l’absence se manifeste par ces gestes simples et quotidiens soudainement interrompus.
C’est la « croûte » du fromage qui ne trouvera pas preneur, une commande qu’on ne passera plus… Une autre façon de circuler en ville sans avoir besoin du « petit sachet » pour montrer qu’on est civilisé… C’est l’oreille qui ne se tend plus pour guetter un souffle ou une chute… Je pourrais décompter nombre d’interactions et de micro-tâches.
Nombre de ces échanges étaient associés à de l’affectif. La caresse réclamée, la récompense offerte, le retour… Faire plaisir fait plaisir. Bien sûr que les échanges tendres manquent immédiatement.
Si la tristesse trouve des prétextes dans tous ces manques, si l’on mesure à quel point une présence animale peut occuper l’espace et le temps, il y a malgré tout ce sentiment de « liberté » autrement dit de « choix nouveaux » à présent offerts.
Inutile de culpabiliser
Je me souviens de nombre de veuves, une voisine, une grand-mère, qui avaient découvert ce sentiment de liberté quand elles n’avaient plus à s’occuper de leur mari. Malade ou non, elles n’avaient été souvent qu’au service domestique de leur époux parfois plus de cinquante ans… Tout ça pour une petite pension de réversion à la fin…
Eh bien, au début, il y a une sorte de vertige à pouvoir agir « égoïstement » sans tenir compte d’un être qui n’est plus là. Évidemment il serait ridicule de m’en tenir aux promenades réduites et à petits pas que nous faisions à la fin. Non seulement je peux aller plus vite, je n’ai pas besoin d’éviter certaines montées ou les escaliers. Je vais même pouvoir disposer de plus de temps pour ma propre santé et d’autres projets.
À quelque chose malheur est bon ?
La vie impose ses ruptures, ses changements, ses cycles.
D’aucuns ont besoin d’une longue période de deuil ou culpabiliseraient à l’idée de faire la fête…
J’ai plutôt tendance à me soigner d’abord par l’action avant ensuite de tenter en quelque sorte de faire honneur à l’être disparu (ou à une vie d’antan) en ne restant pas statique mais en allant chercher dans les possibles ce qui peut à la fois aider à agir sur le présent et transformer le futur, même si ce n’était pas prémédité.
Les grands deuils que j’ai connus dans ma vie, parfois dramatiques, m’ont aidé à me transformer. Ils n’étaient pas « une chance » en eux-mêmes, je m’en serai passé, mais j’y vois une sorte de déroulement logique un peu comme une société a besoin de révolutions pour se transformer.
C’est important notamment lorsque des destins sont liés.
Bien accompagner autrui se fait parfois au déficit d’une attention à soi. Je connais nombre d’accompagnants hautement déroutés parce que soudainement ils devaient redéfinir le sens de leur vie.
Ça se traduit également chez des personnes trop investies dans un emploi qu’elles doivent quitter.
Bien choisir
Tout l’exercice consiste d’une part à éviter l’apitoiement sur soi-même et surtout à « bien choisir » c’est à dire bénéficier de cet état d’acuité intime engendré par la douleur ou la rupture subie pour pointer l’essentiel, retrouver ses valeurs, la ligne où l’on se sentira en cohérence.
Il y a peut-être de vieux réflexes à ne pas reprendre. J’ai vu l’ex toxique tenter de profiter de l’occasion pour réapparaître malgré les interdits. Surtout ne pas céder ! Vade Retro !
Il ne s’agit pas de se stresser d’ultimatums.
Des automatismes ?
Ceux-là doivent être légitimés par un choix conscient. L’habitus ne se modifie pas en lui tordant le cou. Si la nature a horreur du vide, il ne s’agit pas de « remplir » mais d’agir avec bienveillance.
Un être disparaît, fut-il animal ou humain, cela modifie un peu le rôle que nous pouvons prendre et notre place dans le paysage.
Dans la rue, le chien a souvent été le lien avec nombre de personnes, mais il a été également l’écran entre elles et moi.
Je n’avais pas mesuré à quel point cela comptait et avait un impact.
Et voilà un nouveau changement de vie qui se dessine…
Pourquoi ce devrait-être triste ?


Un mot en retour ?