Chacune, chacun a construit sa vision. Difficile de faire un projet de sa mort. Comment j’aimerais mourir ? Puisqu’il paraît que ça va m’arriver un jour même si j’ai des doutes à ce sujet. J’aimerais être vivant et conscient le plus possible. La question du choix est un peu absurde, il y a tant d’accidents, d’imprévus. Le respect de la volonté individuelle est déjà une conquête difficile à faire entendre. Cette volonté, je ne peux l’exprimer qu’en mon nom et la revendiquer en égalité avec autrui en préservant autrui de ma propre influence, en lui laissant sa liberté… mais en exigeant le respect absolu de la mienne…
Le pire, ce serait à l’hôpital après une longue agonie
Je pense que tout le monde dit ça. À mon âge, je suis aujourd’hui par chance en très bonne santé, mon rêve serait de mourir vers 130 ans en me couchant un soir tranquille. Je dirais : « — Tiens, je suis un peu plus fatigué que d’habitude ce soir, je vais me coucher plus tôt ». Et voilà. Je ne sentirais rien.
J’ai une arrière grand-mère qui est morte comme ça, tranquillement.
Je m’endormirais à la maison, paisiblement, la nuit, dans mon sommeil. J’aurais tout organisé à l’avance pour que la maison soit bien rangée et que personne ne soit embêté. Ce ne sera pas triste. Un truc calme, sans drame.
Si c’est un choc brutal en pleine rue, par un jour de beau soleil, un truc inattendu sans trop de souffrance, très bien. Genre l’accident. Genre la foudre. Hop ! ou plutôt Boum ! Tombé droit. On ramasse, on incinère…
Je serais moins adepte de la mauvaise chute et des suites pénibles à l’hôpital et encore moins adepte de la longue maladie. À ce sujet, tout le monde le sait autour de moi, pour ma part, je n’irais pas m’engager dans de longs soins dont le but serait de repousser l’échéance à tout prix. J’aime la vie mais pas à tout prix justement. Je ne fréquente pas les médecins, ça m’évite de tomber malade. Il n’y a même pas de Doliprane chez moi. Si le mauvais sort devait me tomber dessus, alors je m’en débrouillerais sans la médecine. J’aime pas la souffrance mais pas plus jouer les prolongations.
La peur
La peur, ce serait de perdre la lucidité pour agir et choisir ce que je voudrais faire de ma vie. Jusqu’à mon dernier souffle.
Rester autonome et digne et respecté dans mes choix.
Je me vois mal confier à autrui la responsabilité de m’aider à mourir. Qu’à la rigueur, on aille me chercher la petite pilule… mais ce serait mieux que je puisse me débrouiller seul, sans ennuyer personne.
Ça m’ennuierait.
La contrepartie délicate de l’exercice (si tant est que ce soit un exercice puisqu’on ne joue qu’une fois) , c’est qu’il me faudrait alors être en capacité de déterminer moi-même « le » moment, d’effectuer les gestes nécessaires et si possible de ne pas avoir à trop compliquer cette fin.
C’est très personnel, c’est mon approche à ce jour.
Je préférerais dans ce cas éteindre moi-même la lumière.
Je comprends tout à fait qu’il faudrait au cas par cas, avec la volonté sûre de la personne et non seulement de ses proches que les moins pires des décisions puissent être prises…
Mais ce n’est pas tellement à mes yeux à la médecine de décider ou trancher. Je dénie à la médecine d’avoir le moindre droit sur ma vie ou sur mon corps : c’est à moi de décider si on agit, si on traite, soigne, opère et certainement pas à un médecin.
Il faut donc, si on me trouvait inconscient, que la médecine dispose de mes dernières volontés. Elles sont rédigées et explicites. Elles ne font que me concerner. Je ne cherche pas la souffrance. Je ne cherche pas à prolonger. Être « débranché » avec une sédation profonde n’est peut-être pas la meilleure des solutions… mais si c’est possible, je suppose que je ne tiendrais pas des lustres…
Alors bien sûr on me dira : oui mais si c’est un enfant ? si c’est une personne aimée ? Il faudrait alors être capable de ne pas faire passer son égoïsme en premier…
Je crains que la Loi ne vienne se mêler trop de l’intime en voulant nous corseter de procédures, de règles avec le risque d’interprétations et de procès.
Encore un vrai tabou
Nos sociétés ont du mal avec la mort. On a déjà du mal avec la mort des autres, on voit vite se greffer la question des croyances, des religions… Les psy de tout poil ajoutent leur doxa.
Alors on a encore plus de difficulté à parler de sa propre mort. Ça ne se fait pas.
Je suis sensible à la mystique de la vie, au souffle de la vie… si je parle souvent d’âme, d’esprit et de corps, je n’ai aucune ambition à me réincarner. Je ne cherche pas à donner du sens à ce qui n’est pas ou que je ne peux pas définir, je veux juste donner du sens à ce que je vis. Et à ce sujet, je refuse de me laisser faire…
D’une certaine façon, je ne veux pas me laisser instrumentaliser ni par les uns, ni par les autres, ni par un camp, ni par un autre… Je ne veux même pas me laisser enfermer par des mots réducteurs parce que chaque destin est absolument unique et singulier.
La Loi doit juste s’assurer que le respect de chacune et chacun est assuré, que la volonté soit le plus possible respectée, sachant que le scénario que nous imaginons est soumis à mille aléas.
Personne autour de moi n’est mort de la même façon. À la Société de tout faire pour que chacune et chacun puisse mourir en paix, loin des ambitions de records ou de compétitions (tenir, tenir) et loin de la pression qui pourrait être ressentie y compris avec les « meilleures intentions du monde »…


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