Violences après le match : le football de compétition innocent ?


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3–5 minutes

Dans les commentaires relatifs aux violences qui ont suivi le match du PSG, je n’ai entendu personne oser souligner que le football de compétition tel qu’il est, favorise justement ces violences. Il est un peu facile de l’en exonérer même s’il ne faut pas s’arrêter là.

Un système qui repose sur l’exacerbation des émotions

Les enjeux économiques liés au football sont considérables. C’est le nerf de la guerre. Ce n’est pas nouveau. Il ne faudrait pas s’arrêter aux salaires mirobolants de certains joueurs mais il faut regarder tout le système économique qui tourne autour du football masculin de compétition.

Sous les grands clubs ultra riches, il faudrait s’intéresser au destin de joueurs qui n’ont pas réussi à percer, de petits clubs qui peinent à vivre. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. Le foot est de toute façon un sport qui se pratique surtout sur canapé.

L’ambiance qui règne dans les vestiaires, parmi les supporters et à la périphérie mérite d’être regardée avec un œil critique.

Le modèle économique du football professionnel a besoin de susciter l’intensification émotionnelle : les diffuseurs, les clubs, les sponsors ont tout intérêt à ce que l’enjeu de chaque match soit perçu comme existentiel. On « énerve » les gens avant le match.

La victoire ou la défaite ne sont plus des résultats sportifs, elles deviennent des événements identitaires majeurs. Il suffit d’aller regarder le vocabulaire employé. « On a gagné », « on a perdu » … ben non, ce sont les joueurs. Les uns parlent d’humiliation, les autres de vengeance, d’honneur, d’exploit. Le vocabulaire guerrier est vite là.

Hurler ensemble pour exister

Cette hystérie collective, ces débordements, ces réactions complètement disproportionnées d’une foule en délire, ce besoin de se lâcher est aussi une façon d’exprimer à quel point l’asservissement quotidien a besoin de soupape.

On agite des drapeaux. On chante. On profère des menaces, des insultes. On perd toute inhibition. On se regroupe dans le stade chacun de son côté contre l’autre. On s’invente des rivalités entre équipes, on s’identifie à telle ou telle…. J’ai toujours trouvé ces spectacles effarants.

Pour des personnes, surtout des jeunes en fragilité sociale, professionnelle, culturelle, le foot avec ses maillots, ses chants, ses cris, ses rivalités alimentées… tout cela conduit à des postures qui finissent par être violentes. Tout est là pour favoriser les débordements et l’on oubliera le sport pour en découdre.

Même l’exaltation débordante de ceux (plus que celles) qui crient victoire, a quelque chose de totalitaire, tient plus de la transe que de la joie sincère autour d’un geste sportif. D’ailleurs on ne mettra en avant que quelques noms. Dans le foot, ce sont les stars qui sont connues. Alors si ça explose ensuite…

Ça ne date pas d’hier, je me souviens très bien des hordes haineuses de supporters à la sortie du Parc des Princes dans les années 90. Il valait mieux se planquer et laisser passer le déferlement des gars alcoolisés.

Le nationalisme dans le football commercial

C’est un paradoxe : les clubs achètent des joueurs du monde entier mais continuent de nourrir des réflexes nationalistes et localistes. « Paris », « Marseille » ne sont plus des équipes au sens sportif, ce sont des drapeaux. Le PSG en particulier, avec son financement qatari et sa stratégie de marque mondiale, joue simultanément sur plusieurs tableaux : cosmopolitisme de vitrine et appartenance parisienne revendiquée.

Personne n’oserait s’offusquer de la situation, surtout un soir de victoire, pourtant tout ce système au service d’un modèle économique inégalitaire ne peut qu’engendrer de la violence.

Ne pas dire la vérité

La violence post-match n’est pas une anomalie du système mais une de ses conséquences logiques. On ne peut l’imputer uniquement ni à l’impéritie des forces d’ordre, ni à ces jeunes embarqués par un mouvement collectif imbécile et qui vont trouver là un triste exutoire à leurs difficultés.

Les institutions sportives (clubs, ligue, fédération, diffuseurs) bénéficient de l’intensité émotionnelle qui précède le match et se désolidarisent ensuite à bon compte de ce qui se passe après. Des grandes fortunes s’enrichissent grâce au sport de compétition. Les profits de l’excitation sont privatisés mais pour ce qui est des dommages de la violence, alors les citoyens vont payer, les forces de l’ordre seront soumises à des risques y compris physiques, il faudra mobilier les assureurs, les services de soin, la Justice… quel gâchis !

Le débat public se concentre sur les casseurs. Ils ont perdu toute inhibition avec leur espoir d’émancipation. Mais qui s’intéresse à ces jeunes le reste de l’année ?

Le président de la République aura récupéré les fruits de la victoire et l’extrême droite aura une nouvelle fois tiré profit de l’événement pour légitimer son propre discours haineux.

La gauche de son côté a capitulé depuis longtemps sur ce domaine comme tant d’autres, renonçant à se démarquer de ce modèle de compétition mortifère pour promouvoir des pratiques sportives réellement populaires, inclusives où jouer ensemble compterait plus que de gagner contre autrui.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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3 réponses à « Violences après le match : le football de compétition innocent ? »

  1. Avatar de 1operateurRadio

    @vbreton

    Merci Vincent ✍️
    🤝

    1. Avatar de Vincent Breton

      😉

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