En choisissant l’opt-out pour permettre à ses utilisateurs et utilisatrices de désactiver d’un geste les fonctionnalités liées à l’intelligence artificielle, Firefox avec sa version 148 prend le risque de s’aliéner la communauté des libristes qui portait ce logiciel. Le tout dans l’espoir d’améliorer ses parts de marché. Opt-out ou opt-in ? c’est une logique problématique que l’on retrouve partout.
Avec ou sans sucre ?
Imaginez qu’au café on vous serve le café avec sucre et qu’on vous propose ensuite de retirer le sucre si vous le préférez non sucré. Vous trouveriez ça assez niais et compliqué.
Remarquez, il en est ainsi avec certains sodas américains…
Firefox 148
Dans sa version 148, Mozilla a introduit un sorte d’interrupteur central permettant de désactiver toutes les fonctionnalités liées à l’intelligence artificielle. C’est facile, ce réglage se trouve au niveau des paramètres.
On pourrait arrêter la discussion là et dire que puisque les gens ont le choix, c’est très bien.
On peut entendre les puristes qui pensent que de toute façon il aurait fallu s’éviter l’IA.
La question n’est pas que technique, elle porte sur les principes.
Reste que derrière les choix, se pose la question du développement économique, du risque de voir Firefox disparaître.
Il n’est pas facile de trouver des chiffres actualisés. Dans le Monde Firefox c’est moins de 3% des navigateurs (2, 22 ?) et la baisse est continue. En France on serait à un peu plus de 11%. Un salut aux passage aux visiteurs de ce site qui sont environ 57% à utiliser ce navigateur.
Opt-Out ou Opt-In ?
Si la fonctionnalité est activée par défaut, elle sera plus utilisée.
La cas de Firefox est particulier car croyant devoir plaire au plus grand nombre, Firefox (Mozilla) fait le choix de fragiliser les anciens fidèles au risque de les perdre pour des solutions totalement sans IA.
Des forks (ou versions dérivées) sans IA existent
J’en ai repéré 3 et j’en utilise 2. Il y en a d’autres.
Waterfox d’Alex Kontos qui a déclaré : « Waterfox n’intégrera pas de LLM. Point final. »
LibreWolf est bien maintenu, sur Linux Ubuntu les mises à jour suivent très vite celles de Firefox.
Zen Browser que j’utilise depuis peu.
L’Opt-Out est réservé à celles et ceux qui savent faire
On peut prendre une autre métaphore : celle d’un tri sélectif des déchets qui serait optionnel. Du coup on peut faire le pari que la flemme ou le manque d’informations l’emporteraient. Il faut savoir aller dans les paramètres et y effectuer le réglage.
La question du consentement
Comme en amour et dès lors qu’il y a un impact fort, il faudrait que le consentement s’impose a priori de façon claire, sans ambiguïté.
Ça parait important si ça modifie l’expérience, peut conduire à du traitement de données, impacte la façon dont les algorithmes seront définis pour traiter notre relation à l’information.
Le RGPD qui énerve beaucoup défend l’approche par opt-in.
Si on voulait « nuancer » on pourrait ajouter que ce qui serait acceptable à la rigueur ce serait une sorte de compromis :
- Fonctionnalités purement locales et non interprétatives → opt-out.
- Fonctionnalités génératives ou analytiques influençant la compréhension → opt-in.
- Toute fonctionnalité connectée à un service externe → opt-in strict (RGPD)
De nombreux cas problématiques
Le cas des cookies
Sur ce site pas de cookie. Mais c’est l’exception.
Notre ami le RGPD impose que :
- le consentement soit libre,
- spécifique,
- éclairé,
- et donné par un acte positif clair.
Accepter un cookie de suivi devrait être un choix volontaire. Il y a ceux qui trichent avec des cookies essentiels dont on peut en réalité se passer pour consulter le site. Ceux qui font des beaux boutons « tout accepter » très envahissants et visibles et qui cachent ou rendent difficiles les refus… Ceux qui voudraient échanger le refus d’un cookie contre de la pub…
Les marchands en ligne
Combien de fois on voit sur des commerces en ligne ou des applications, des assurances ou garanties pré-cochées, des abonnements automatiques, des options dont on n’a que faire… Il est facile de se laisser piéger.
On voit bien que différentes logiques s’affrontent.
À quoi je consens quand j’accepte ?
Et si je refuse l’IA, serais-je prêt·e à payer de ma poche pour soutenir un modèle économique et aider à le développer ?
À l’arrière plan se pose la question de la course des logiciels qui doivent constamment évoluer pas seulement en fonction des systèmes ou pour la sécurité mais pour accroître les performances ou ajouter sans cesse de nouvelles fonctionnalités. On voit alors surgir les questions de la « croissance », du « besoin », du « progrès », de l’ »adaptabilité » aux évolutions technologiques et de la Société dans un monde où tout bouge en permanence… Choix individuels, choix du groupe et grandes évolutions se confrontent dans des problématiques à propos desquelles il faut à défaut de pouvoir tout comprendre et tout savoir, rester attentif.

Un mot en retour ?