Le Lot est boueux et énervé. Il charrie encore pas mal d’objets arrachés ici et là et pourrait sortir de son lit si on le cherchait. Ça va mieux qu’il y a quelques jours, mais il reste énervé. Il est à l’instar du pays, à cran, pas propre et dit facilement n’importe quoi. Comme une colère qui doit se vider dans l’océan.
Mettre les nouvelles du monde à distance

Tant de bêtises se disent, s’écrivent. Sûrement les biais cognitifs ne m’épargnent pas. Réclamer le cessez-le-feu c’est illusoire. Avoir une discussion censée quasiment impossible. Je n’entends guère de paroles apaisantes et encore moins proposant une perspective qui dépasse la facilité de l’exclusion ou de la guerre.
Alors, il faut se préserver et ne pas se laisser embarquer. Ni par les uns, ni par les autres, ni pas l’amertume, ni par la déception. Cela ne veut pas dire renvoyer les uns et les autres dos à dos. Mais en même temps personne n’a hélas le monopole de l’instrumentalisation.
Mettre à distance ce qui court dans les médias et les réseaux, parce que ce n’est qu’une vérité partielle et surtout parce que c’est psychologiquement usant même vu du fin fond de ma campagne perdue.
Ni admonestation, ni justification
Les donneurs de leçons, celles et ceux qui sermonnent, apposent des étiquettes, veulent nous réduire avec leur vision totalitaire, ceux-là sont épuisants.
Je n’ai jamais eu l’énergie d’affronter ces logiques où le discours envahit tout. Le pouvoir ne m’intéresse pas, ni les chapelles de pensée, les dogmes; les récupérations ou les détournements de théories qui s’opposent négligeant le réel et les personnes.
Au fond, je ne me sens pas respecté dans ces postures. Cela ne tient pas seulement au besoin de nuances. Je n’aime pas étiqueter l’autre et je refuse de l’être. « Dire un homme c’est dresser une échelle contre le vide » disait Marc Alyn.
La compréhension mutuelle est à ce moment impossible. Il va falloir renouer avec des espaces de médiation… renouer avec le tissu associatif, le réel du quotidien.
Je préfère pour l’instant laisser place à la poésie ou à la chanson pour exprimer ce que je peux ressentir.
Il faudrait pouvoir se garder des transpositions hâtives, des réinterprétations du passé souvent lues avec des lunettes déformantes. À tout le moins rester libre de son expression me parait important.
Le fleuve roule ses eaux
Rien n’est immuable, ni figé. Le fleuve roule ses eaux et demain elles redeviendront translucides.
Ce qui est dommage et douloureux c’est qu’il faille en passer par ces phases de violences, d’incompréhension, de bêtise et de sang. Hélas, ceux qui prétendent s’opposer aux violences les génèrent souvent.
Nous peinons à entrer dans le vint-et-unième siècle, nous faisons diversion avec nos disputes.
Il y aurait autre chose à faire. Ça viendra. Il faut accepter cela comme une phase transitoire. Il va falloir se dépouiller de tous ces vieux modèles de pensée, ces schémas obsolètes.
Ce qui ne veut pas dire bien au contraire occulter la référence explicite aux valeurs, leur définition et leur concrétisation en actes… Tenter d’être ce que l’on attend d’autrui. C’est le mantra auquel je tiens.

Un mot en retour ?