Écrit par sa nièce Périne Magny Lecoy, « Colette Magny – Remettre le western à l’endroit » n’est pas une biographie classique. Le livre sorti en avril 25 est une sorte d’enquête familiale. Il donne quelques clés sur ce qui a fait de Colette Magny une artiste différente, qui reste « à part » encore aujourd’hui. Il pose aussi la question du succès, du travail de l’artiste, de la transmission et de la permanence d’une œuvre.
Un lien personnel
Même adolescent, je n’ai jamais été du genre à aduler telle ou tel artiste. Pas d’affiche sur les murs de ma chambre.
Quel hasard me fit découvrir Colette Magny ? Certainement la chance de fréquenter la boutique d’un disquaire. Le « Chant du Monde » la distribuait à l’époque. On ne l’entendait pas à la radio, on ne la voyait que très rarement à la télévision. Très vite, j’ai acheté ses différents disques et j’eus la chance de la voir une fois sur scène en région parisienne.
Je ne comprenais pas tout d’elle. Au delà de son côté subversif ce qui me touchait c’était sa capacité d’indignation, d’exploration, son humanisme et une poésie qui ne cherchait ni à faire joli ni à plaire. Elle criait, elle pouvait hurler sur scène et je ne connais pas de femme plus pudique. Elle était révoltée mais délicate.
Revêche, autonome, émancipée, elle ne flattait personne mais je la sentais hautement respectueuse. Une véritable humaniste.
Elle fut aussi une des rares artistes à répondre à mes lettres. Nos derniers échanges doivent dater de 1994. Elle avait du mal à écrire mais répondait à la main. C’était peu de temps avant sa disparition en 1997. J’avais osé lui envoyer des textes. Elle avait cru que je lui demandais de les chanter, ce qui n’était pas le cas. Elle ne voulait pas les juger mais elle m’avait retourné les photocopies car disait-elle : « je sais le prix des photocopies ». Colette Magny est morte en 1997 à Villefranche de Rouergue, à l’hôpital. Et ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard, si je suis venu m’installer à quelques kilomètres des lieux où elle passa ses dernières années…

Le livre de Périne Magny Lecoy
Elle est la nièce de Colette Magny qui ne laissa pas d’autres héritiers que ses neveux. Nombreux ont connu Colette Magny par son « tube » Melocoton. Elle y parle justement de ses neveux. Mais peut-être pas seulement… Cette chanson fut un succès. Elle refusa pourtant de s’engouffrer dans le sillon facile d’une carrière que lui offraient les maisons de disques.
Ce n’était pas une coquetterie de sa part, ni du masochisme, mais la revendication chevillée au corps de rester libre dans ses choix d’écriture et ses explorations. Il lui en coûta. Mais elle osa. Elle ne fit jamais rien pour flatter personne et sut assez se renouveler pour ne pas s’enfermer elle-même dans un genre, dans un style. Les étiquettes, elle détestait.
Elle détestait également la notion d’héritage. Elle rédigea un testament en direction d’Emmaüs et de l’association Sidaction mais faute d’exécuteur testamentaire, les questions de droit patrimonial comme du droit moral lié à son œuvre ne furent pas correctement traitées. La famille se sentit aussi spoliée notamment pour ce qui concerne le respect du droit moral, c’est à dire ce qu’il serait fait de son œuvre.
Le livre raconte cette quête qui deviendra une sorte d’enquête et l’on découvrira à la fois les liens profonds dans une famille singulière, la façon dont ils furent distendus, le rôle des personnes qui entourèrent Colette Magny ; jusqu’à sa fin où seules la pianiste Anne Marie Fijal et Catherine Ribeiro disparue il y a peu, furent les seules à représenter le monde artistique à l’enterrement.
Le livre est fort, troublant et touchant. Colette Magny y est décrite dans son entièreté, le terme d’ogresse est même évoqué quand on évoque ses passions amoureuses, son énergie…
La ligne de solitude transparaît. On voit qu’il a manqué à Colette Magny une structure efficace sur laquelle s’appuyer, mettre en forme son travail pour en assurer la pérennité.
Ce qui reste non élucidé, même si on voit comment tout au long de sa vie elle a « colligé des apophtegmes » pour s’inspirer, ce sont ses processus d’écriture et de création, comment elle travaillait avec ses musiciens. Elle m’avait écrit un jour qu’elle « ne savait pas comment trouver trouver un pianiste mais quand on se concerne, on se trouve ». Elle a pu être accompagnée de grands musiciens qui ont su comprendre ses intentions.
Elle a su rester intègre, libre toujours. Mais qui l’encouragea vraiment ? Sa mère vit en elle son talent et en fut fière… mais après ? C’est aussi ce qui ressort du livre tout comme la fragilité de l’artiste.
Périne Magny Lecoy nous conduit dans les eaux troubles des liens familiaux, jusqu’aux secrets de famille les plus douloureux. Mais il y a aussi l’espoir avec Jane, la petite fille de Périne et ses questions d’enfant.
Chacune, chacun tente de s’approprier Colette Magny selon son âge et son histoire. Je n’ai pas fini de l’écouter et d’explorer. Je sais ce que je lui dois encore aujourd’hui. Le livre d’ailleurs va m’inviter à « ranger mes propres affaires ».
Le livre
Édité par « Les fondeurs de briques » il est précédé d’une « Lettre perdue puis retrouvée à Colette Magny » de Serge Pey et d’une discographie commentée de Jacques Vassal grand connaisseur de la chanson. Il est accompagné d’un cédérom de 15 titres enregistrés en concert au Café de la Danse.

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