Les gens qui ne fêtent pas Noël sont suspects


ciel rose au couchant

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4–6 minutes

Un rien de pitié. Ils sont seuls, malchanceux, malheureux. Quand ce n’est pas de la condescendance. On pense à eux, on se sacrifie. Faut bien faire la charité. Les gens qui ne fêtent pas Noël sont suspects. Voire subversifs : quoi ? vous n’avez-donc pas l’esprit de famille ? Vous n’aimez pas la « magie » de Noël ? Vous n’aimez donc pas les enfants ?


Il faudrait qu’ils et elles se justifient

Ah, les traditions ! J’ai déjà raconté la sombre histoire du Père Noël quand à quatre ans, je découvris que les adultes mentaient effrontément.

Il ne faut pas chercher longtemps pour constater que l’on ne s’accorde pas plus sur la date de naissance du petit Jésus un 25 décembre. Et puis tout le monde n’est pas chrétien !

Complexifiée par les structures de familles recomposées, Noël reste l’emblème de la famille hétéronormée et du patriarcat. On se gave souvent, on échange des cadeaux revendus maintenant dès le lendemain matin sur Internet. Les pauvres achèvent de se ruiner, les enfants vont comparer la quantité de paquets, les ados seront déçus qu’on ne les comprenne pas et les grands-mères diront qu’elles n’ont besoin de rien et que ce qui compte pour elles c’est de voir le bonheur dans les yeux des enfants. Alors que si, en vrai, les grands-mères qui se sont sacrifiées la plupart du temps et qui tiennent encore le fourneau et la charge mentale de ce moment, devraient être l’objet d’une réelle attention.

On ne demande heureusement à aucune personne de se justifier de participer à cette mascarade. D’ailleurs tout le monde est conscient qu’il y a une part de mascarade, mais il faut jouer le jeu, ne pas déplaire et puis il y a quand même de bons moments.

Heureusement encore, nombreux sont celles et ceux qui savent habiter avec joie, sincérité et générosité cette fête mais ostensiblement celle ou celui qui s’extrait devra avoir une bonne excuse.

C’est pas triste

Enfant c’était triste. Adolescent ou jeune homme un sacrifice plus ou moins consenti. L’ennui.

En couple, je devais assister en spectateur au curieux spectacle donné par une famille qui n’était pas la mienne et que je voyais sombrer dans l’alcool et les repas interminables. Le beau frère finissait en larmes, le beau-père bourré comme un coing dans son garage. Et les filles étaient aux corvées.

Les plus beaux Noëls furent en amoureux ou avec les amis, famille choisie. Certains étaient en quelque sorte des exclus de leur propre famille, des réfugiés, des personnes pas forcément habituées à fêter Noël et nous transformions la date en une fête chaleureuse…

Les Noëls que j’ai pu vivre seul, n’ont jamais été tristes, au contraire. Ado, j’avais négocié de ne pouvoir en fêter qu’un sur deux chez la grand-mère. C’étaient des moments plutôt paisibles mais j’ai toujours trouvé pénible de devoir supporter les questions intrusives. La curiosité est déplaisante. C’est bien aussi d’être seul·e.

Suspecté·e

Peu ou prou, celle ou celui qui ne participe pas à la fête est vite suspecté·e de ne pas aimer les gens, d’être une ou un marginal·e.

Cette période des fêtes, je la vois comme une sorte d’impôt qui ne dit pas son nom. Chacune, chacun devrait contribuer à souder le groupe quitte à se sacrifier… D’une certaine manière on y expose aussi sa pseudo-réussite sociale, une sourde compétition existe entre celles et ceux qui feront des cadeaux : il ne faudrait pas que son propre enfant se retrouve avec une pile plus petite que celle de son cousin. Je l’ai vu ça, il n’y a pas si longtemps.

Nous sommes encore dans une société où comme le disait la chanson « on choisit pas sa famille, on choisit pas ses parents » mais on doit la dette alimentaire à ses parents et même à sa belle-mère… Il est convenu qu’il « faut » aimer ses parents. Et l’on occulte tous les drames qui ont lieu dans les familles et combien de jeunes filles seront tripotées ou violées à Noël par un tonton aviné qui trouvera « que tu as bien grandi ma belle ! »

S’extraire, cela peut être pour diverses raisons. Mais le groupe sent implicitement que celle ou celui qui ne se plie pas à la tradition en conteste implicitement les vertus. Ça sent la trahison.

Tu sors du groupe, tu le regardes déjà autrement. Le groupe le sait. Logique qu’il se retrouve sur la défensive. L’exclusion peut vite venir. Il faut pouvoir l’assumer.

J’en ai vu des moues dégoûtées et si la chasse aux sorcières n’est pas toujours officiellement ouverte, l’éloignement peut vite s’accentuer tant en réalité, celles et ceux qui ont peur, ce sont celles et ceux qui continuent de participer… Sourde inquiétude de la remise en cause.

Entendons-nous nous bien : je n’adresse aucun reproche à celles et ceux qui aiment et vivent ces regroupements du clan familial. Ils sont majoritaires, ils sont puissants. C’est leur affaire.

Mais je ferai tout de même ce qui me chante, avec qui je voudrai le faire et même au moment qui me plaira.

Il m’a fallu du temps cependant pour pouvoir l’assumer avec assertivité, tranquillement.

Ce n’est pas ne pas fêter le moment qui m’a ennuyé quand ça s’est produit, c’est le regard des autres, la gêne qui ont pu peser.

Ma liberté n’oblige en rien personne. Mais c’est un peu comme la laïcité. Chacune et chacun est libre… y compris de se poser des questions.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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