Aujourd’hui je fête mon moisiversaire !


Moisiversaire

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4–5 minutes

L’anniversaire c’est fait pour celles et ceux qui ont du temps devant. Quand on devient vieux, un rien moisi, il est temps à l’instar des bébés qui fêtent plutôt leur mensiversaire de compter le temps en mois. Donc chaque 3 du mois, pensez à me le fêter. Juste si ça vous chante. On devrait en réalité généraliser l’idée, ça ferait plus de fêtes. Et peut-être même devrions-nous nous fêter les unes et les uns les autres, chaque jour !


Quand on aime on ne compte pas

Oui, dans cette époque effrayante et souvent glauque, faisons la nique à la mort et organisons des fêtes. Quoi ? Sombrer dans la décadence et l’insouciance alors que le monde s’effondre ? Ce ne serait pas en réalité faire preuve de cynisme et d’égoïsme ?

Confidence, pour confidence, je n’ai jamais vraiment fêté mes anniversaires. Et mon aspiration n’est pas de recevoir des cadeaux qui m’encombreraient ni d’attirer l’attention sur moi…

En réalité, je voudrais que nous pensions à nous fêter les uns les autres et pas seulement chaque année, chaque mois… chaque jour !

Fêtons-nous les unes et les uns les autres

Dans le tempo de nos vies énervées, prenons-nous encore ce temps de l’attention mutuelle ? Ah, la naïve assertion quand on s’écharpe si bien sur les réseaux sociaux et que l’on somme autrui chaque matin de rendre compte sur son passé, son présent, son futur, ses mots, ses relations… Il y a tant de goujats, de toxiques, de narcisses, de violents…

J’entends quelques grincheux protester : « en janvier, il faut se coltiner la coutume pénible des vœux, on ne va pas faire ça chaque jour ! »

Et pourtant, si nous nous réjouissions davantage de nous croiser, de nous retrouver, si nous nous faisions plus et mieux ces petits cadeaux de l’attention quotidienne, cela nous ferait-il du mal ?

Cela me fait penser au bonjour sur le sentier (chanson) . Refusé ou offert ?

J’ai des souvenirs des enfants à l’école qui déposaient sur la table du maître un dessin, un petit objet fabriqué, un poème, un rien… ça mettait de l’énergie pour la journée. Je leur glissais en échange un poème, une chanson qui parlait d’eux, ou je leur racontais une histoire.

C’est le voisin qui offre une bouture, l’ami qui envoie une carte… J’ai souvent glissé dans les chaussures des visiteuses ou visiteurs, là un billet doux, une autre fois un poème, un petit livre. Ou bien c’est le gâteau qu’on apporte, par surprise, sans raison… et de s’entendre dire : « Mais ce n’est pas mon anniversaire ! »

Il faut que cela reste libre, spontané, il ne faut pas que ça oblige. Le cadeau n’est pas du troc. Il ne faut pas renchérir en donnant quelque chose qui brille plus…

Parfois ce ne seront que des petits signes. Infimes signes que nous comptons les uns pour les autres. Un objet qu’on ramasse, une table qu’on débarrasse, la passante qu’on laisse traverser avec élégance, le vieux qu’on aide à porter son sac, une image envoyée non pour briller mais pour partager un bonheur.

Il arrive qu’une conversation s’improvise.

Ou bien on donne : un livre lu, cet objet le veux-tu ?

Ici sur les petites routes de campagne, on ne laisse pas sur le bord celle ou celui qui tend le pouce. Et voila la personne qui vous raconte sa vie… Qui a fait cadeau à l’autre ?

Nous n’osons pas, par crainte de perdre notre liberté

Trop souvent nous avons agi nous souciant du regard des autres. Nous avons même réclamé l’approbation d’autrui pour nos choix personnels. De quoi avons-nous peur pour que nous nous enfermions dans l’armure de l’indifférence ?

Nous avons peur de nous laisser attraper, nous voulons préserver notre indépendance, notre intimité. « Je donne à celui là, pourquoi pas à cet autre ? « 

Il existe des affinités, mais nous avons aussi nos œillères, culturelles, sociales… Il faut se protéger des intrusifs mais ne pas se priver de la surprise heureuse.

Le compliment mal formulé, au mauvais moment, mal compris peut-être vu comme une agression ou animé de sourdes intentions. Il n’empêche. À force de vouloir nous préserver, nous finissons par nous priver de la richesse d’autrui.

Une attention à soi

Je n’ai pas toujours su prendre le temps d’être généreux avec moi même. J’ai pu friser l’austérité à force d’avoir appris à me priver gamin ou parce que je pensais qu’il fallait se sacrifier pour mériter l’attention d’autrui.

J’apprends tout juste à me redemander « qu’est-ce qui me ferait plaisir aujourd’hui ? «  Une escapade, m’offrir un livre, une pâtisserie, un truc inutile ou un verre, aller au spectacle… Oser le faire sans culpabiliser n’est pas toujours aussi simple. On regarde facilement de travers celui qui n’a plus besoin d’aller travailler pour gagner sa pitance.

Fêter chaque jour

Entre rites obligés et fêtes improvisées, il y a à renouer mieux avec nous-mêmes.

Qu’est -ce que je vais m’offrir pour mon moisiversaire ? Et si ce n’est pas mon moisiversaire ? Car après-tout, qu’est-ce qui nous empêche de trouver chaque jour quelque chose à fêter histoire d’aller à la rencontre de l’autre ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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