Les croquettes laissées au refuge, le harnais de soutien à la vétérinaire physiothérapeute… Les peluches lavées et rangées pour qui voudra. Symbole de nos balades et qu’il allait chercher avec sa laisse quand il voulait sortir, j’ai jeté le collier de Galou hier. Il n’en a plus besoin. Il reste encore ça et là, ses balles dans le jardin.
Se séparer des objets pour mieux aimer
J’en ai eu des chiens dans ma vie depuis gamin. Ils furent de chouettes compagnons. Galou, que j’ai élevé bébé, avec lequel nous avons vécu des épisodes forts dont le confinement, c’était autre chose. Il occupait l’espace et le quotidien jusque dans les détails.
Observateur de tous mes gestes, très ritualisé, aimant la vie jusqu’au bout, j’ai tant admiré son intelligence des humains, sa douceur et sa joie dès qu’on pouvait jouer ou sortir ensemble.
Et puis, il aura été le dernier, forcément le plus marquant.
Je me réveille moins la nuit pour voir s’il respire, mais il m’arrive le matin d’aller vers la porte pour le faire sortir. Il n’a plus besoin de moi pour ça. La chatte l’a attendu le lendemain, longtemps, assise au portail et elle reporte à présent sur moi les tendresses qu’elle lui faisait.
Le cerveau se déshabitue peu à peu de tous ces réflexes installés depuis plus de quatorze ans.
J’ose à peine passer par le chemin de nos promenades préférées. Quand ça m’arrive, je le sens encore près de moi, furetant, humant tout. Haletant.
Très vite, j’ai nettoyé la voiture, enlevé la grille de séparation… Très vite il fallait avancer, se mettre en mouvement, marcher.
Le collier
Mais il restait le collier. Un peu usé, solide. Un collier pour grand chien. Avec encore son odeur, quelques poils. Le collier, on ne le mettait que pour les sorties avant qu’il ait besoin du harnais. Quand il avait la forme, il savait aller le chercher avec la laisse et me l’apportait même si j’étais assis au bureau. Parfois il réclamait, insistait, marquait sa belle impatience…
Dans les promenades, c’était drôle, il lui arrivait de tenir lui même la laisse dans la gueule. Il aimait par dessus tout dans les coins sauvages, que je le libère et pouvoir courir librement…
Oublié sur une étagère de l’arrière cuisine, j’avais ces derniers jours rapporté l’objet près de moi, dans le bureau, presque sans y penser. Comme si avoir le collier allait le faire revenir, comme si nous allions pouvoir le passer pour de nouvelles balades…
Il parait que certains empaillent leur animal domestique et le gardent près d’eux, d’autres entretiennent une tombe ou passent leur journée à regarder les photos.
La fidélité que j’éprouve pour les personnes et les bêtes disparues que j’ai aimées, ne tient pas dans ce culte du regret. Dans ma conception intime, les êtres vivants meurent pour nous libérer et nous pousser à avancer, nous transformer, nous dépasser. Leur rendre honneur n’est pas chouiner dans son coin mais aller dans la vie !
Je n’aurais pas aimé donner son collier à un autre animal. Trop usé, trop personnel. Il aurait été problématique que je conserve l’objet avec la tentation de retrouver des sensations et raviver des souvenir : toucher le collier, le sentir, se trouver confronté à l’impossible, à l’absence et au manque.
Il m’aura fallu quatorze jours depuis sa mort pour jeter enfin le collier.
J’ai profité du moment pour jeter d’autres objets personnels, usés, désuets, inutiles, qui ne me faisaient plus plaisir et venaient du passé. Ce premier geste en a permis d’autres. Et d’autres suivront.
Un sentiment de culpabilité m’a d’abord effleuré, quelle idiotie ! Puis comme une éclaircie, un sentiment de libération a suivi. En se séparant du collier, je vais pouvoir mieux penser à lui, toujours avec reconnaissance mais très symboliquement en réapprenant à avancer vers la suite de l’aventure.
Il reste les balles
Ici et là dans le jardin, il reste nombre de balles de tennis avec lesquelles il a joué des heures. En forme, il réunissait les balles du jardin en un petit tas, prenait l’une d’elles dans la gueule et venait me chercher – moi ou toute personne disponible- pour jouer.
Pour le coup, j’aimerais les offrir à des jeunes chiens qui passeraient par là… nous verrons… Quand je tombe sur elles, je n’ose pas encore vraiment jouer avec, que ce soit du pied comme je faisais quand il était là ou encore moins de la main… Isis la chatte, a trop peur de ces grosses balles même si elle venait souvent nous regarder jouer et aurait bien participé.
À la fin, quand il n’en pouvait plus de fatigue, jouer restait son espoir et sa joie. Même s’il tombait, même si on ne pouvait plus les lancer qu’à cinquante centimètres, puis vingt…
Tout le monde se souvient quand encore en forme, il fonçait à travers le jardin, bondissait, sautait avec une énergie incroyable qui nous faisait rire, relançant lui même la balle pour que le jeu ne s’arrête jamais.

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