Ça va pas être possible…


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4–6 minutes

Longtemps par conformisme, il y a des choses que j’ai acceptées quitte à me renier ou même à souffrir inutilement. Mais la ligne n’est pas toujours simple entre ce qui peut-être acceptable, tolérable et ce qui ne saurait l’être. Sans s’opposer, quitte à déplaire mais pas pour déplaire, il faut savoir s’affirmer et dire « ça va pas être possible », ne serait-ce que pour pouvoir se regarder dans le miroir apaisé. Et si l’autre se questionne ou est perturbé ? C’est son affaire mais on peut s’en expliquer.


Une visio sur Teams ? Rejoindre le groupe WhatsApp ? Ça va pas être possible.

Tous les jours j’ai des exemples comme ça : ce matin la correspondante de la MGEN (ma mutuelle relevant parait-il de l’économie sociale) m’invite à une visio avec « Teams, à utiliser de préférence avec Google Chrome ».

J’ai répondu poliment que je n’en serai pas et ce d’autant plus qu’il existe des outils comme Jitsi ou Firefox qui sont sécurisés, ne volent pas les données et relèvent du libre. Tant pis si le sujet était passionnant. Accepter la proposition serait non seulement me trouver en contradiction avec mes pratiques personnelles et mon souci de protéger mes propres usages, mais ce serait en plus cautionner ces outils que je désapprouve d’un point de vue éthique et technique.

J’en désapprouve d’autant plus l’usage par une mutuelle censée incarner des valeurs éloignées de celles des géants du Web en contradiction avec l’esprit mutualiste.

On voit bien que se mêlent ici des arguments techniques mais aussi philosophiques et moraux au risque de la moraline. J’aurais pu ne rien dire à la dame, elle n’aurait pas vu mon absence… Elle ne répondra probablement pas me prenant pour un farfelu.

Il fut un temps où j’acceptais avec les amis ou la famille, les échanges via WhatsApp mais j’ai vite déchanté quand j’ai découvert à l’usage le problème des groupes et des sollicitations au delà même des problèmes inhérents à Méta. Non, à l’usage, je ne m’y retrouvais vraiment pas.

On peut élargir. Vous ne me verrez pas à la messe ni dans un club échangiste pour des raisons de conviction et d’hygiène. Je n’empêche personne d’y aller.

Un versant intime

Je ne vais pas dans les lieux où les gens boivent pour boire ou se droguent. Cela m’effraie ou m’ennuie. Après boire un verre entre amis pour se raconter nos vies ce peut-être très agréable.

Je ne fréquente pas non plus les enterrements, non par mépris des morts ou de leurs héritiers, mais là pour des raisons plus intimes et pour me protéger sur le long terme. Le prix à payer est trop lourd.

Petit, j’avais négocié auprès de ma grand-mère la possibilité de sécher un Noël sur deux tellement c’était douloureux pour moi de m’y rendre. J’y allais pour lui faire plaisir elle, je concédais donc de gâcher mon temps et de souffrir… Personne ne m’a appris ou aidé à aimer ce moment et ce n’est pas grave. Un temps, en couple, j’ai cédé en me rendant aux Noëls familiaux. Quel calvaire ! Et quel bonheur quand j’ai pu m’extraire de ces moments qui ne sont pas faits pour moi.

Rester tolérant

J’ai fait de nombreuses concessions dans ma vie. La vie familiale, de couple ou professionnelle en impose souvent. Elles ne sont pas du même ordre quand on pense consommation, usages numériques…

Boycotter Shein, Cnews, Google, Instagram, Mcdonald’s, un vernissage, un cocktail mondain, ne me coûte guère. Je n’aime pas ça et je m’y ennuie.

Il m’est arrivé ponctuellement d’aller manger un McDo pour faire plaisir un ami…

Je mange très peu de viande, mais je peux en servir à qui ne sait s’en passer tout en incitant à manger de très bons plats végétariens…

Si on parle de « stationnement toléré », ça ne veut pas dire que c’est un stationnement possible en permanence mais passagèrement acceptable.

Il m’arrive de commander sur Internet quand je ne trouve pas ce que je recherche dans ma campagne profonde. Je fais alors une sorte de compromis même si je ne suis pas forcément satisfait des conditions de production ou de livraison de ce que je commande…

L’idée n’est pas d’imposer mon mode de vie à quiconque. Celui-ci a bougé, bougera encore mais de pouvoir choisir le mieux possible en conscience, en cohérence avec mes valeurs.

Cela suppose de vérifier, de pouvoir exercer mon esprit critique.

Bien sûr parfois on cherche un « coup d’un soir » et on tombe amoureux ou … inversement. Mais il existe des bornes, des limites qui tiennent dans le respect de l’autre et de soi, dans l’idée que l’on se fait de sa propre dignité et de la sécurité affective, psychologique ou physique que l’on souhaite maintenir ou pas… Certains choix méritent qu’on laisse sa part au risque mais je n’accepte pas ce qui serait me nier ou nier l’autre. Je sais que l’idéalisme peut engendrer de la souffrance, mais le renoncement en engendrerait d’autres pires encore !

Alors, il existe des limites, je les dis, je les pose.

Et si ça choque ?

Si ça choque, il faut expliciter, dire et préciser qu’il ne s’agit pas par exemple de nier la personne.

Ce n’est pas le « qui m’aime me suive » ou le « tout ou rien » c’est un choix libre qui s’affirme et renvoie l’autre à ses propres choix, en pleine liberté.

Et comme toujours je renvoie au merveilleux vers de Marc Alyn dans Brûler le feu : « Les questions sont pour l’homme, les ciseaux pour les roses ».


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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