Fichue bestiole. Dressé depuis des mois à s’inquiéter pour de bonnes raisons, le voilà qui se cherche des objets d’inquiétude. Mon cerveau aime le stress, il focalise sur des broutilles et devient compulsif. Mais je ne vais pas le laisser faire !
Une addiction
L’urgence a fait sa loi. Je n’avais pas mesuré à quel point la maladie du chien focalisait l’attention au quotidien le jour, comme la nuit, surtout depuis l’été. La science vétérinaire a progressé, mais entre les trajets de trois heures pour la physiothérapie parfois deux fois par semaine, les réveils nocturnes, les soins… mine de rien, sans que cela puisse être comparable avec l’accompagnement d’un humain, l’inquiétude était permanente, la vigilance de mise…
Il est un peu fort de dire que c’était une addiction, mais c’est vrai que même après son départ, mon oreille est restée quelques jours en alerte, guettant le souffle ou la chute… même si ça n’a plus lieu d’être.
La réactivation
En réalité, cet épisode est surtout marquant parce qu’il a réactivé chez moi un stress antérieur. J’ai vécu autrefois un bon vieux trauma des familles. Je me suis retrouvé à 18 ans devoir accompagner ma mère victime d’hémiplégie et divers troubles. J’ai passé sept ans sur le qui vive, y compris la nuit. Cela m’a formé, appris beaucoup et ouvert l’esprit à la condition des malades ou des personnes en situation de handicap, mais ce n’était pas non plus facile au moment où je devais mener de front mes études puis l’entrée dans la vie professionnelle. À sa disparition j’ai pris le parti de changer totalement de vie et de cadre. Ça m’a sauvé.
Au delà de l’histoire, chacune, chacun a son paquet, c’est de voir comment une situation enfouie depuis longtemps dans mon vieux cerveau a trouvé un terrain pour se réactiver… Il oublie rien celui là !
Libéré mais pas délivré
La fin des souffrances du chien, du bon vieux et célèbre Galou, est d’abord pour lui (Galou) une forme de soulagement. Je suis triste de son départ. Il a vécu une belle et bonne vie de chien aimé et aimant. Il s’est bien amusé, il a été bien nourri, bien soigné et a vu du pays ! Je l’avoue, toutes les tâches qui m’incombaient, surtout à la fin, ne me manquent pas : les soins, les nettoyages, les trajets, la vigilance permanente, les nombreux réveils nocturnes… Je suis sorti assez fatigué de l’épreuve sans que cela n’altère l’amour pour lui.
Outre les aspects liés au deuil, l’espace et le temps de la maison se trouvent « libérés » : il était de toute façon très présent, pas seulement avec des choses tristes, y compris ses objets, ses peluches, ses balles… mais je n’avais pas mesuré à quel point il marquait la vie au quotidien et par son mode de communication très fusionnel (parce que je le voulais bien…).
Il vient un premier temps où l’on se retrouve les bras ballants, avec des automatismes impossibles… et des soins qui n’ont plus lieu d’être évidemment… des appels que l’on ne dit plus.
Le cerveau cherche des prétextes pour s’alarmer
Comme s’il fallait se trouver de nouveaux objets d’alarmes. Le cerveau reste prompt à s’alerter. Ça rappelle ces alarmes pour incendie qui se déclenchent au moindre courant d’air.
Et voilà le bileux qui s’inquiète de détails absurdes : une vibration dans l’auto, un léger défaut dans le code du site, une personne de la famille qui donne un signe de fatigue, une erreur administrative… mille et une petites conneries que la vie nous réserve logiquement.
Voilà des détails d’ordinaire insignifiants qui gonflent au levain du stress. Tripotez un bouton anodin sur la peau, en vous débrouillant bien vous en ferez un furoncle. On le dit, le « diable se loge dans les détails« .
Ce qui est amusant c’est que ces objets d’inquiétude doivent toujours porter sur autre chose, un autre animal, une personne. J’avais un grand-père qui était un vrai bileux à « se mettre la rate au court bouillon » pour des trucs qui n’en valaient pas la peine et faisait passer ses besoins après les nôtres : héréditaire mon cher Watson ?
Oser s’autoriser
Alors je dois m’autoriser à réinvestir l’espace, à chausser mes gros souliers et explorer là où nous ne pouvions plus le faire. J’ai déjà commencé hier une longue balade.
Mon cerveau, ce cher cerveau, il faut que je le laisse parler mais que je lui donne de belles choses à goûter pour l’occuper. Du bon grain à moudre plutôt que de broyer du noir sur des bêtises et de l’humour et de l’autodérision.
Il y a de la chimie là dedans. J’ai failli dire du dressage mais en tout cas de nouvelles habitudes à se retrouver.
Entre psychologie de bazar et comportementalisme à deux sous de nos amis neurologues, la créativité doit aider à réinvestir autrement le quotidien.
Le chant a toujours été ma thérapie. Je ne me vois pas vraiment plonger dans l’écriture longue. Même lire un roman en ce moment m’ennuie encore. J’ai tenu jusqu’au bout avec difficulté devant le film d’hier soir…
Ah, ah, faut que j’invite le fameux « Lâcher prise » !
Ce « lâcher prise » si souvent prescrit par les coachs c’est un peu comme lorsqu’on demande à un énervé « calme toi ! » Ça énerve.
Faut que je dompte mes neurones, que je leur donne de jolis objets d’occupation et non des détails affligeants à gratter comme un eczéma intérieur.
Il parait que le cerveau se remodèle dès les premiers jours, mais qu’il faut un moment pour que la « résilience » (je n’aime pas trop ce terme) soit effective…

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