J’ai rangé le bois et j’ai fait les comptes. À la télévision les gens disent n’importe quoi. J’ai déjà dit à quel point les politiques sont décevants. Nous n’osons pas parler idéal, valeurs et encore moins d’argent et de ce que nous voudrions en faire. J’ai rangé le bois. Je ne regarde pas l’hiver sans inquiétude. Il y a tout ce qu’on ne sait pas. L’incertitude et notre rigidité mentale. Pourtant, nous avons de belles choses à faire ensemble.
Le bois est arrivé
Livré du village d’à côté. Du chêne sec. La cheminée, je l’utilise comme chauffage d’appoint, le matin. Ici, je ne chauffe jamais à plus de dix-neuf degrés.
Le vieux camion est arrivé en toussotant. J’ai aidé à décharger. Le cabanon où le bois est stocké est de l’autre côté du jardin. Remplir la brouette, disposer le bois. Des allers-retours. Je pensais que j’aurais des courbatures mais cet échauffement m’a mis en joie.

Faire les comptes
Je tiens un cahier. J’ai vu que les impôts avaient repris ce que l’on m’avait versé en revalorisation. Cette augmentation fut donc un leurre.
La voiture vieillit, il faut l’entretenir. Sur 658, 08 euros j’ai versé 109,68 euros à l’État. Puis encore 12.67 euros pour le contrôle technique. Personne ou presque ne parle de cet impôt injuste.
Le chien qui vieillit me coûte cher en soins. Heureusement que je ne vais pas chez le médecin !
Je ne me plains pas de verser des impôts même si aujourd’hui célibataire, je paye cher ma contribution alors que je ne coûte pas grand chose.
Posséder ne m’intéresse pas. Autour de moi, certains furent surpris. « Quoi ? Tu as refusé l’héritage ? » Je ne suis pourtant pas riche. Il s’est trouvé certaines personnes pour me dépouiller habilement mais ce n’est pas grave. Le moment venu, il n’y aura pas de patrimoine et ce sera plus simple.
J’ai plus besoin de m’alléger que de posséder.
Tristes riches
En voulant taxer les riches, la gauche montre son adhésion au capitalisme.
Personne n’inventera jamais un monde interdisant la spéculation, où l’argent, devenu denrée périssable devrait être gagné par le travail et dépensé pour ses besoins.
Ce qui est drôle en regardant les riches et leurs singeries aristocratiques, c’est la vulgarité de leur luxe. S’il le singe le pauvre sait très bien faire aussi.
Il faudrait inventer autre chose, nous ne sommes pas prêts.
Prévenir plutôt que guérir
Les gens dépensent de plus en plus pour le santé et me semblent aller de moins en moins bien. Je n’ai pas de médecin traitant. Dans ma vie toute entière, j’ai dû rencontrer au maximum quinze fois un médecin. Je crois que ma santé est beaucoup plus dans mon assiette et dans la marche à pied qu’à la pharmacie.
Je ne mange quasiment plus de viande, encore un peu de poisson et beaucoup de légumes.
Au supermarché, j’observe les gens remplir leur caddies de malbouffe sucrée. On dirait un suicide lent en direct.
C’est mal vu de dire que nous dépensons trop pour nous soigner au lieu de mieux prévenir.
C’est encore plus mal vu de dire, que si demain matin on me trouvait une maladie très grave, je ne chercherais qu’à amoindrir la douleur et certainement pas à prolonger la vie à tout prix. J’observe le chien qui souffre, je lui apporte des soins plus que je ne le ferais pour moi-même. J’imagine que pour nos proches, nous avons une attitude différente. En ce qui me concerne, je n’accepterai pas d’être dépendant. Ce n’est pas triste. Ce qui compte c’est de bien vivre ce qu’on a à vivre. La médecine se trompe d’objectif. On ne lui demande pas de prolonger la vie à tout prix.
Disputes
Même sur mon réseau social préféré, je lis des disputes idiotes, anathèmes, disqualifications.
Qui pense susciter de l’adhésion ou faire changer un point de vue en ayant des insultes à la bouche ?
Je reviens à ce que je disais plus haut. De vieux schémas nous empêchent d’avancer. De coconstruire comme on dit, à partir du réel sur lequel nous ne sommes pas d’accord.
Quand même, des fois, je suis triste de voir que la gauche parvient très bien à se montrer aussi bête que la droite.
Il ne faudra pas compter sur les partis pour changer le monde en bien. Et peut-être pas tellement sur des mouvements de masse. Quand ils ont lieu, la violence, produit trop souvent le contraire de ce qui était espéré. Je crois plutôt à l’incarnation modeste et individuelle, « être ce que l’on attend d’autrui », aux petites unités de transformation locales, à l’invention, à la coopération, à la transformation par capillarité et c’est d’abord affaire « culturelle » au sens profond du terme.
Mais c’est vrai que cela impose une éthique forte et une capacité à résister à la société de consommation.
Que seront les semaines devant-nous ?
Mes journées sont pleines. Parfois, de petites choses très pratiques, très matérielles viennent accaparer le temps. Les choses qu’on doit ranger, trier, jeter.
Je veux de grandes marches pour explorer, des spectacles pour mes yeux et mes oreilles, de nouveaux livres et des amitiés près de la cheminée. Je ne demande pas grand chose d’autre.
Il y a peut-être ce livre que je retiens, mais faut-il l’écrire ?

Un mot en retour ?