Je ne parle pas du stress des agressions. Encore qu’il soit parfois un bon signal d’alerte. Mais plutôt du moment où confronté à une situation, je tente de trouver mes repères puis de reconstruire une pensée. Si je dis, « cerveau déstabilisé ? c’est bon signe ! » ; c’est que je suis en train d’apprendre et de me transformer pour le faire.
Mais où veut-il en venir ?
C’est quoi cette théorie loufoque ? On n’a jamais fait comme ça, on s’en est passé jusqu’à présent.
Une idée, un concept, une approche, une démarche, une façon de « faire autrement » et si nous ne commençons pas simplement par tout rejeter, nous nous sentons vite noyés.
C’est un peu le gamin qu’on jette dans l’eau, qui va devoir appréhender un nouvel environnement au risque de boire la tasse puis qui va se remettre à flot et construire ses gestes. Empirisme et autodidaxie peuvent avoir leurs limites mais les méthodes expertes ont aussi leurs codes, leur langage spécialisé… Le bon pédagogue sait recourir à la simplexité pour aider à s’emparer de l’idée.
Mille illustrations
C’est le mode d’emploi qu’on ne comprend pas, ce logiciel qui semble hermétique, cette explication qui vous échappe telle une langue étrangère où vous ne reconnaissez rien de vos propres mots.
Par exemple, je lisais des articles sur la démarche où le mouvement Indieweb. Dans un premier temps, avec peu d’éléments j’étais dans le brouillard. Quand quelque chose de nouveau arrive, on cherche à se le représenter. On puise dans ses références passées. J’ai pensé aux webrings d’antan mais ce n’est pas tout à fait ça. J’ai cherché. Je me suis dit d’abord que ce n’était pas fait pour moi, puis qu’en réalité j’avais avec ce site, déjà de nombreux points communs pour bouger au fil des lectures et me dire qu’il y aurait des choses à expérimenter, d’autant que la formule me parait souple.
Expérimenter
Certains savent rester dans l’abstrait. J’ai besoin d’essayer pour comprendre et mieux juger. Essayer c’est se placer en condition de tester sans se mettre en danger. Ce serait même le but de l’école qui devrait mettre en confiance…
Par exemple hier soir je suis allé assez loin pour expérimenter une plateforme qui permet de publier des newsletters facilement. Bien faite, plutôt jolie, avec une logique permettant de développer un lectorat et de suivre d’autres lettres… Sauf que la plateforme récupère de l’information, des données personnelles… et les stocke aux USA. Supprimer son compte n’y est pas simple. Preuve que les intentions de la plateforme ne sont ni très honnêtes ni très RGPD… Phase d’apprentissage, essai, prise de conscience, abandon.
Gouter un nouveau plat peut déstabiliser. Tenter une expérience peut perturber, heurter. Il faut abaisser des barrières pour apprécier certains concerts de musique contemporaine. D’aucuns recourent au snobisme pour maquiller leur déstabilisation, d’autres vont « déconstruire » – mot à la mode- l’idée qu’ils se faisaient de la musique et par une nouvelle ouverture augmenter leur plaisir, leurs perceptions, leur compréhension du monde.
Aligné·e ?
Voilà que je suis soudainement aligné·e avec telle ou telle approche parce que j’ai changé. Mes représentations à présent me permettent de regarder les choses autrement. Mais le cerveau a pu être secoué, se bloquer, refuser d’y croire.
Il ne s’agit pas d’innover pour innover. Encore moins de tout vouloir gommer du passé. Certaines ruptures sont impossibles.
Je n’ose imaginer le type qui croyait que la terre est plate et a dû apprendre autre chose… et c’est fragile puisque des « platistes » se présentent encore au guichet.
Il vient un moment, ou après le bouillonnement, les choses retombent et s’éclaircissent. Grâce au pas de côté, grâce à une réelle écoute, grâce à la rationalité et peut-être aussi aux valeurs qui l’accompagnent (recherche de la vérité, du mieux…).
Accepter joyeusement la déstabilisation
Alors sans non plus céder aux théories fumeuses dont nous pouvons avoir l’intuition qu’elles sont toxiques, délétères, animées de ressentiment… il y a à se féliciter de pouvoir être troublé par l’inattendu. Une idée neuve, une démarche, une autre façon de problématiser et considérer le réel, non pour le transformer en tant que tel, mais plutôt pour que le regard ouvre de nouvelles perspectives.
C’est le signe qu’un changement arrive.
Ce n’est pas pour rien que nous sommes troublé·es quand nous tombons amoureux. On perd l’équilibre un moment. Puis on retombe sur ses pattes, enrichi d’une rencontre, qu’elle soit humaine ou « conceptuelle »… jusqu’à la prochaine rencontre ! Être curieux, curieuse, n’est-ce pas tomber régulièrement amoureux du monde, de la vie et de ses secrets ?
Et ça c’est chouette !


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