Alors, tu fais grève demain ?


un ciel rouge sur la vallée

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3–4 minutes

La France se prépare dit-on pour la grève du 18 septembre. Alors, tu fais grève demain ? La grève c’est personnel. Il y a celles et ceux qui ne peuvent pas abandonner un trentième, ceux qui ne veulent pas, ceux qui la feront, ceux qui resteront, ceux qui manifesteront.


J’en ai perdu des trentièmes…

Contrairement à ce que nombre de personnes pensent, mais il faut le redire, une journée de grève n’est jamais payée et pas récupérée. Ça ne m’est jamais arrivé. Et c’est un trentième plein qui tombe. À quelques jours de la rentrée, pas facile pour beaucoup.

Il m’est arrivé de faire la grève tout seul ou presque dans certaines écoles, il m’est arrivé plus souvent que l’école soit fermée, plus rarement de ne pas souhaiter la faire… Des pressions dans un sens ou dans un autre… Il faut s’éviter les tensions, les jugements. Faire juste librement selon sa conscience.

Une journée de grève conduit souvent à des réunions, des discussions, des échanges riches et puis des manifestations.

Je l’aurais faite

Je l’aurais faite. Sans illusion mais néanmoins pour « faire nombre ». C’est toujours un acte fort, qui engage. Il y a un message à envoyer au pouvoir. Il est d’autant plus nécessaire que les messages envoyés par les urnes n’ont pas été entendus.

Manifester

Si mon dos le veut bien, j’irai manifester dans le département d’à côté. Paisiblement, tranquillement, mais surement. La sous préfecture du Lot est plus proche de moi que la préfecture de l’Aveyron.

J’en ai fait des kilomètres de manif. À 16 ans, j’étais même l’un des vilains organisateurs lycéens d’une manif vers la mairie· de Sisteron ! … Nous avions fait grève plusieurs jours et surpris profs et proviseur en organisant nous mêmes des cours parallèles, des débats. C’était calme, chaleureux et nous avions bossé nos sujets. Je me souviens très bien d’un « cours parallèle » donné dans le hall, il y avait des petits, des grands… une belle écoute et le proviseur qui passait énervé en faisant cliqueter son trousseau de clés. Le gars, on le voyait aussi partir à la chasse avec ses chiens sur les heures de classe… Mais j’ai surtout marché à Paris et pas seulement les jours de grève. Il y eut de sacrés moments parfois forts… St Bernard et les sans papiers, ce fut peut-être le plus mémorable, le plus douloureux…

Donc j’irai.

Chiffres

Bien sûr il y aura les chiffres, ceux de la police et ceux des syndicats. L’image donnée. Les interviews, le côté médiatique.

Ce matin un syndicat d’enseignants revendiquait 30% de grévistes annoncés dans le premier degré. Certains trouvent que c’est bien, je trouve ça faiblard au regard de ce que nous avons pu connaitre. Je comprends ce désenchantement, la faiblesse des syndicats, l’incapacité de la gauche à offrir une alternative mobilisatrice fondée sur les valeurs.

J’ai beau vivre dans un lieu protégé où l’on entend les aboiements des chevreuils, c’est aussi un désert médical. Si nombre de retraités se sont implantés, si le tourisme rapporte, je vois bien la précarité marquer jusqu’aux traits de certains visages.

Tristesse

Ce qui est vrai, c’est que plus que de la colère ou du ressentiment, j’éprouve de la tristesse et de l’incompréhension de voir comment le pouvoir ne respecte ni les urnes, ni les personnes. La rupture est terrible, la confiance s’est enfuie et il est difficile c’est vrai de cultiver l’espoir, de trouver l’énergie d’y aller.

C’est triste parce qu’il ne faudrait pas grand chose pour inverser la tendance, tisser des liens, renouer avec la devise républicaine.

La société de consommation, la société de l’information… ne sont que les deux versants de la même pièce alimentant le système économique dont ne parvenons plus à imaginer devoir sortir alors que tôt ou tard la nature elle même nous contraindra à revoir notre copie. Ce qui est con c’est qu’elle le fera par le pire alors que nous aurions pu construire avec le meilleur de nous mêmes.

Nonobstant, parce que mon pessimisme est grand, je crois d’autant plus nécessaire de réveiller nos valeurs humanistes et solidaires et de résister. Pour les mômes.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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