Plus de réseau social, ni d’infos avant midi


Pont

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4–5 minutes

Voilà ce que je vais tester à partir de demain matin : plus de réseau social ni d’infos avant midi. Non pas que je veuille me couper et ignorer les malheurs du Monde, mais parce que je ne veux plus me laisser dicter l’état d’esprit dans lequel j’aborderai la journée.


L’habitude des nouvelles du matin

Le grand-père paternel, dans les années soixante et soixante-dix, écoutait les nouvelles de RTL le matin. Il se tenait debout, religieusement, près de la radio placée haut sur un buffet dans la cuisine, pour mieux entendre, comme si le Général allait parler. Un peu plus tard, il recevait le journal local dans sa boite et le lisait page à page.

Le grand-père maternel lisait lui le journal le Monde qu’il recevait avec un peu de retard. Il entassait les numéros dans son garage. Puis vint le journal télévisé de treize heures devant lequel il s’endormait.

À la maison, je ne pense pas que ma mère allumait la radio le matin. Sur la route du collège le bus diffusait Radio Monte Carlo et ses variétés idiotes, son horoscope…

Ce n’est que parisien, jeune prof, que j’ai dû commencer à écouter vaguement la télévision le matin. J’achetais Libé au passage devant les kiosques.

Le 11 septembre, je l’ai entendu par la rumeur qui vint à moi depuis la cour de récréation. Comment les élèves avaient-ils su ?

C’est peut-être ces dernières années avec la pandémie et la montée en puissance des réseaux sociaux que je me suis trouvé à m’informer dès le matin. Pratiquement l’un des premiers gestes au réveil.

Impossible de rester zen, même sur Mastodon

On le saura, j’ai quitté les réseaux sociaux commerciaux depuis un moment. Ils ne me manquent pas. Je ne fréquente plus que Mastodon. Le réseau est plus calme et relativement plus apaisé. Le matin, j’ai souvent partagé mon salut avec une image plaisante du coin ou un peu d’humour… mais j’ai découvert que dès le réveil j’avais la propension à scroller. Comme les nouvelles tristes ne manquent pas, je clique, je cherche, je lis…

Ce matin parmi les nouvelles affreuses, il y avait celle d’une directrice d’école, harcelée en raison de son homosexualité et qui s’est suicidée. Cette nouvelle m’a hanté toute la journée et a coloré ma journée si tristement, mangeant mon énergie. Ce n’est pas que je ne veuille pas savoir, mais ici, au fond de ma campagne, bien que préservé de la plupart des tensions urbaines, je prends les nouvelles du Monde comme une éponge. Certaines m’accompagnent toute la journée et me pèsent.

Je peux m’indigner, me révolter, militer… Pour autant, il y a un équilibre à trouver dans ce stress permanent. Et ce d’autant plus qu’avec l’actualité internationale et politique, certains utilisent les réseaux à tort ou à raison pour exprimer leur colère, le ton monte progressivement… Il m’est arrivé d’être tenté de répondre, vouloir apporter une nuance… mais la polémique ne sert à rien. Et si je me tais, je suis quand même affligé pour le restant de la journée.

D’autres sont peut-être blindés, ont besoin de ça… Je crois pour ma part que ça m’épuise et m’empêche en réalité.

Les infos le matin

Télé ou radio, c’est le même effet. Entre la futilité de certains propos, la faiblesse de l’éthique professionnelle et tout simplement le manque de professionnalité généralisé des journalistes, métier aujourd’hui sinistré, je ne peux plus recevoir tout ça au lever.

Il m’est devenu impossible qu’on vienne ainsi m’imposer une pression extérieure, ajouter de l’inquiétude à chaud pour des faits et des évènements pour lesquels je ne pourrai la plupart du temps agir.

Les infos le matin, c’est comme si je me prenais un seau d’eau sur la gueule sans pouvoir réagir.

Je finis même par me demander s’il n’y a pas une volonté délibérée de nous asservir en affaiblissant notre discernement et notre rationalité à coups de stress successifs. Et voilà notre cerveau qui demande du drame pour réagir, se scandaliser et réagir à chaud. Tout cela nuit aussi à notre capacité d’attention à ce qui fait notre présent, ce qui est à notre proximité. L’information vise souvent à nous éloigner du réel. Elle finit par le déformer. Cette distorsion nous rend spectateurs, désespérés, faisant de nous des consommateurs d’images et non plus des citoyens. On est au fond dans une forme de harcèlement psychologique consenti. Que notre partenaire de couple ou notre meilleur ami passe sa journée dès le matin à nous abreuver de nouvelles plus dramatiques et sinistres les unes que les autres, nous le mettrions vite dehors !

Une décision unilatérale

Alors, à compter de demain matin, je n’ouvrirai plus les réseaux sociaux avant midi, pas plus que la télé, la radio ou une chaine d’info. Lire le matin est tellement plus enrichissant et agréable, permet d’ouvrir la journée autrement…

C’est tout bête, peut-être le faites-vous déjà, ce ne sera pas l’exploit du siècle, cela peut sembler égoïste, je crois au contraire que ça accroitra ma disponibilité mentale.

Je teste et on verra bien si j’en retire un bénéfice personnel ! Et vous, comment faites-vous ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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