L’intention créative, 3 entrées


paysage du causse en Aveyron

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5–8 minutes

L’intention est-elle une création ? Vous avez deux heures ! Je voudrais faire de ma vie une création. Pour qu’une journée soit réussie, peu importe le domaine, il me faut avoir pu créer. Mais quelle intention mets-je dans ce que je crée ?


Faire de sa vie une création ?

Les coachs sont en ébullition. « Faire de sa vie une création, une œuvre d’art »…. Pas bien facile quand tu bosses aux urgences, conduit une rame de métro ou enseigne à des élèves qui n’ont pas envie d’être là.

On lit ici et là des injonctions souvent très individualistes et souvent conformistes en réalité. Faire de sa vie une création n’est pas une question d’esthétique, ni même de style.

Ça ne se limite évidemment pas aux arts, à la façon de gérer sa maison ou son emploi du temps.

Il ne faudrait pas exclure la dimension sociale de cette affaire. Faire de sa vie une création c’est sans snobisme ne pas chercher à être original pour être original. Plutôt pouvoir s’émanciper y compris de son destin, des siens, choisir en autonomie, essayer non pas sans éthique, morale, ni respect de soi et d’autrui, pour oser s’affirmer, inventer, oser.

Quand j’enseignais ou quand j’exerçais comme on dit des « fonctions d’encadrement », l’idée n’était pas de m’exonérer du cadre mais de trouver comment être « intelligent » à l’intérieur de celui-ci. Dans les apprentissages par exemple, plutôt que de m’enfermer dans une vision purement « transmissive » des connaissances, ce qui m’intéressait c’est que les élèves puissent mettre leur intelligence en action et surtout mesurent qu’apprendre allait leur permettre non pas de « savoir pour savoir » , mais mieux comprendre et gagner en autonomie… Cela n’excluait ni les entraînements, ni les mémorisations, ni l’utilisation de méthodes expertes, mais choisies à bon escient pour « résoudre » un problème…

Faire de sa vie une création c’est rappeler sans cesse que nous appartenons toutes et tous à cette étrange race humaine, avec des capacités sensibles « universelles », mais se déclinant à chaque fois de façon unique et singulière. Nous nous ressemblons mais chaque humain est porteur de sa différence, sa touche…

Nous rencontrons des difficultés mais notre imagination est le levier formidable qui va nous aider à les dépasser. C’est grâce à notre inventivité que nous avons résolu nombre de problèmes (ce qui n’exclue pas d’en engendrer de nouveaux à résoudre encore…). Notre imagination, notre créativité, reste notre espoir.

Deux musiciens devant jouer la même partition ne la joueront jamais de la même façon.

Parfois affaire de hasard, de contexte, de technique, il vient un moment où l’interprétation est capable de se formuler au travers d’une intention qu’il n’est pas toujours aisé d’expliciter. Dialogue permanent entre l’effet recherché et l’effet produit, chaque création en partage est créée de nouveau par celle ou celui qui la reçoit.

Parfois, sans nous fermer notamment à la connaissance, aux apports historiques, il faut aussi nous libérer de celles et ceux qui prétendent savoir et voudraient décoder pour nous une œuvre d’art. Ce que je crée, même si je le partage, m’appartiens. Ce que je reçois d’un roman m’appartient (j’ai toujours détesté les évaluations de lecture que l’on m’imposait sur ma supposée compréhension d’une œuvre de Stendhal. Je voyais dans « Le Rouge et le Noir » des choses bien plus subversives que mon professeur.)

Quand j’invite sur ce site, la lectrice et le lecteur par ce slogan quasiment publicitaire : « vivons heureux en poésie ! » c’est une invitation à créer sa vie au prisme de son regard. Il n’y a par principe pas de modèle unique, surtout pas de méthode… Il faut oser et se rendre disponible à soi et aux autres, à la vie. Faire de sa vie une création, c’est cheminer, nager dans le lit de la rivière, se relier au présent.

C’est regarder, changer de point de vue, c’est s’essayer, c’est apporter sa touche, même infime, c’est « changer » le monde.

La façon dont je dis « bonjour » ou pas à la personne que je rencontre, est une création. Certes les interactions vont faire que selon la réponse ou le silence en face, j’agirai différemment. L’assertivité peut être une bonne approche pour se prémunir des déceptions.

Créer chaque jour

Y compris dans les choses ordinaires, les relations aux autres, la façon de prendre sa place, d’agir avec les objets… à mes yeux une journée réussie, est-une journée où j’ai pu créer quelque chose.

Cela peut répondre à un besoin. J’ai dis-je souvent « besoin » d’écrire pour vivre. Cela peut répondre à un « désir ». J’ai envie de traduire des émotions pour les sublimer et il y a mille façons de le faire ou envie d’agir sur mon quotidien. Ce n’est pas juste pour la récompense immédiate et l’activation de dopamine, c’est pour la transformation de mon propre regard et mon augmentation. La création est sœur de l’apprentissage : j’ai appris une nouvelle technique, je m’amuse à l’employer pour inventer à mon tour… J’imite peut-être au début mais très vite je vais avoir besoin de prendre mon propre chemin. Créer me transforme. Cela transforme mes connexions neuronales, mon comportement sans compter les retours ou leur absence quand les autres recevront ce que j’ai crée. Car il me semble que partager avec soi seul risque d’être un peu réduit.

Chaque soir je veux pouvoir m’interroger sur ce que j’ai crée de nouveau, même « petit ».

Quelle intention dans ma création ?

Dans « Brûler le feu » Marc Alyn dit :

Une main qui ne ressemble, 
À aucune autre, c'est la mienne
Quand le poème la conduit.

Un tel poids d'herbe ne peut vivre
Qu'avec l'alliance du vent.

Je ne chante pas j'avance.
·.
Je ne chante pas j'avance
En semant des pierres blanches


Qui conduit la création ? Quand j'invente un poème, une chanson, l'inspiration semble commander. Si j'écris un roman où je veux planifier, si je veux imaginer un message et choisir des procédés, mon intention créative initiale sera souvent transformée·. Avec les meilleures intentions on ne réussit pas toujours à imaginer quelque chose d'intéressant, quelque chose qui transforme, apporte un regard·.
Nombre de productions qui prétendent à l'art, ne sont que des produits manufacturés. "Marketing ! Salope !" aurait-crié Léo Ferré.

L'intention poétique va peut-être naître du poème lui-même, de la façon dont je saurai le suivre ou m'en emparer. Il faudra accepter la déstabilisation, de ne pas confondre "performance" ou virtuosité avec sincérité du message.

Je sais toutefois que la création, comme un muscle, s'entretient, se travaille·. S'il ne faut pas tomber dans les routines, s'il faut enrichir, élargir sa pratique et son regard, nous avons besoin de gammes, y compris d'écriture, y compris pour mieux créer·.

L'intention créative se nourrit d'abord d'un climat, d'une attention à créer des conditions favorables à son émergence. Pas certain que cela naisse en se gavant d'écrans et de junk-food !

Conclusion provisoire

L’intention créative c’est peut-être d’abord veiller à se mettre en situation de créer, de créer les conditions pour le faire et savoir identifier les moments où l’on a pu « faire quelque chose » de sa vie, c’est à dire qui la caractérise. L’intention créative est une façon d’être attentif à être présent à sa vie, à l’habiter, à agir et jouer avec tous ces leviers incroyables que notre imagination nous offre.

Elle ne naît pas de rien. Elle se nourrit des autres. Nous nous inspirons des autres et nous situons dans le fil de l’Histoire… Nous nous approprions cette matière collective pour la reprendre, la transformer… J’y vois encore une fois le beau rappel de ce double mouvement qui nous désigne à la fois comme humain et comme unique. Si chacune et chacun d’entre nous est unique, contrairement à ce qu’elle ou il pense parfois, il est indispensable au monde. Car même après son départ, le monde aura été transformé…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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