Injustice. Tout le monde ne peut adapter son emploi du temps. Je déteste la contrainte et l’inactivité et j’aime avoir des projets. Forcer n’est pas possible. Il faut composer avec la réalité. Ce qui ne veut pas dire la considérer de façon fataliste. Je déclenche mon plan canicule ! Mais l’idée n’est pas d’être dans le renoncement triste. Plutôt de se relier au présent pour profiter du meilleur. En attendant de pouvoir faire parler le bulletin de vote…
La rude nuit de Monsieur Galou

Si la chatte Isis trouve de quoi s’adapter, le célèbre Galou vit un moment difficile. C’est un vieux monsieur, ce serait 120 ans pour un humain. L’arthrose le fait souffrir même s’il bénéficie d’un super traitement. Sa respiration est vite haletante et difficile. Il aime manger, jouer, sortir mais ne sait pas toujours se réguler dans sa soif d’activités. La nuit et spécialement la dernière, il s’est réveillé plusieurs fois, ayant besoin de marcher, d’aller respirer dehors, boire… Même si tout est ouvert et à disposition, il vient me chercher pour me demander l’autorisation. Alors la chatte nous rejoint et nous fait part de ses propres revendications. Elle doit être la réincarnation d’une syndicaliste tant elle est insistante !
Bien sûr vous me direz et vous aurez raison, « ce n’est qu’un chien » mais c’est un être important. Son confort, son bien être comptent pour moi. Je lui dois beaucoup. C’est une forte personnalité qui sait être tendre. Il est gourmand, joueur et drôle malgré la douleur… Il a une certaine ténacité, un sens du courage même si ce n’est pas une « valeur » intériorisée pour un animal. En vieillissant s’il devient sourd et voit moins bien, il est plus tendre encore. Plus vulnérable. Il lui arrive de pleurer derrière la porte si je pars… Il ira farfouiller dans la poubelle du bureau puis s’endormira. Mais j’aurai tout de même culpabilisé !
J’ai déjà accompagné une humaine gravement malade et je retrouve quelques vieux réflexes. La souffrance de l’autre peut devenir envahissante. Il faut donc penser à se ménager aussi surtout avec le stress caniculaire…
Parce que la nuit fut rude, je mesure combien la vie de la maison tourne autour de lui et qu’il faut à la fois pouvoir le prendre en compte dans ses besoins, sans négliger le reste.
Il n’empêche, après une nuit un peu épique dont nous sommes sortis assez fatigués, lui dort et je cogite quant aux adaptations nécessaires… Il y aura des jours « avec » et des jours « sans ». Dans mon plan, la flexibilité…
Le canevas d’une journée réussie
En temps ordinaire, je répète qu’une journée réussie doit se décliner dans les quatre entrées : apprendre, créer, partager, prendre soin. Tout ça si je peux, avec un regard « poétique », ou en tout cas la possibilité de chercher la poésie dans le quotidien.
Avec l’été, la part « culturelle » est importante. La saison des festivals locaux va commencer : il y aura beaucoup de musique et de théâtre… Mais sans Galou !
Aller au spectacle, c’est prendre soin de soi (la musique n’apporte pas que de la joie, elle a des vertus puissantes qui surpassent bien des traitements médicaux), c’est se permettre de rencontrer des artistes et des spectateurs… c’est aussi apprendre d’un univers, de la création… forcément cela incite au partage…
En quelque sorte, il faudra que je joue avec flexibilité entre la contrainte de la santé de Galou, les aléas climatiques, mes propres besoins, et des moments « réservés » comme ceux que l’on doit malgré tout un peu prévoir à l’agenda… il faut bloquer des dates.
Je peux partir des contraintes climatiques. Il faut toutefois que le cadre ne soit pas trop rigide. L’effet contrainte peut s’opposer au plaisir d’être pleinement à ce que l’on fait soit parce que l’on ferait quelque chose pour se plier à l’emploi du temps, mais plus ennuyeux encore serait de s’interrompre pour s’empêcher de prolonger un moment de flow.
Les heures fraîches
Ou de relative fraicheur…
Très souvent le chien nous réveille à 5 heures. Ce matin, nous avons fait un tour un peu avant 8 heures et c’était déjà trop tard. L’idéal sera de lui proposer une courte ballade avant 7 heures.
Puis sur le bloc 7h/9h… 9h30 temps d’écriture, de recherche…
La montée du soleil
C’est un moment qui peut se partager entre les tâches domestiques, le jardinage à l’ombre et de l’activité physique douce.
Les heures brûlantes
Pas question de mettre le nez dehors entre 12 et 17 h sauf à me rendre seul à une expo, visiter un musée ou un ami.
C’est un temps à partager entre repos, lectures et mise en forme des textes du matin
Les heures vespérales
La température peut être élevée jusqu’à 21 h. Selon les cas ce peut-être un temps pour les activités culturelles, voir un peu de jardinage…
Points de vigilance
Je me mets en pense-bête des choses de base comme :
- veiller à la qualité du sommeil et puisque les nuits risquent d’être difficiles, profiter du 12/17 pour récupérer
- boire de l’eau ne m’est pas un problème, penser à doucher le chien régulièrement – il aime ça- s’alimenter de frais, de façon simple si j’ai faim…
- trouver des activités physiques douces : yoga, gymnastique tranquille, étirements, travail de posture…
- Galou adore jouer mais il faudra trouver des adaptations. Il aime rencontrer d’autres chiens, on en croise très peu le matin… cela supposera de développer des temps avec lui et la chatte
Être bien à ce que je fais
Au fond, entre besoins, contraintes et activités enrichissantes, il faut pouvoir composer sans culpabiliser, sans trop s’inquiéter tout en étant attentif .
Ce qui est très agréable c’est que les liens amicaux se renforcent naturellement dans une période où la canicule s’impose à toutes et tous.
Malgré les difficultés et les drames, il y aura certainement de la souffrance et des histoires terribles, naissent aussi des solidarités… Les amitiés se nourrissent et se cherchent et nous voyons bien que nous avons besoin les unes et les uns des autres.
C’est dans notre vulnérabilité que notre humanité peut renouer avec ses valeurs. Même si je sais bien que certains dans leur luxe à l’air conditionné se moquent bien de la situation… C’est pour eux l’occasion de porter leurs tenues d’été et leurs merveilleuses lunettes de soleil… ou d’organiser des noces dispendieuses à Venise…
Ce petit rappel, non pour nourrir un quelconque ressentiment, je n’envie pas le riche dans sa vulgarité, mais pour ne pas oublier qu’il n’y a pas de fatalité. Les conquêtes sociales ne sont jamais tombées du ciel tout comme les exigences pour nous protéger des bouleversements climatiques doivent pouvoir s’exprimer, être portées… et se traduire démocratiquement…
Ce qui importe dans un moment comme celui-ci c’est de pouvoir agir en cohérence, être aligné, avancer pour ne pas subir. C’est aussi guetter dans les surprises ce qui fait sens : il est question de vie, ce flux qui traverse les êtres vivants. La vie qui nous désigne dans notre unicité, notre fragilité et dispense ce que d’aucuns désignent comme sa lumière ou la beauté.
L’intensité de la canicule, le rythme des saisons, cela nous renvoie à cette tension entre vie et mort, ombre et lumière… C’est donc un sujet éminemment poétique qui nous invite à nous recréer dans notre relation à l’environnement et au temps, dans notre capacité à nos redire ce qui est essentiel à nos yeux.
La pierre brûlante du chemin nous parle d’éternité.

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