Promenade d’un matin de fin d’année scolaire


La gare de Cajarc

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2–3 minutes

Puisqu’il fait si chaud en ce moment, il faut sortir tôt. La promenade d’un matin de fin d’année scolaire nous a conduit dans une sorte de film doux et coloré, délicieusement suranné. Une bulle de paix et de poésie.


Les enfants chantaient sur l’estrade

Devant la gare, une estrade de bois a été dressée sous les grands arbres. Quelques adolescents couraient de part et d’autre mais sans excitation. Sur l’estrade, une classe de « grands » déjà, chantait. Au début, dans les premiers couplets, comme un sportif qui s’échauffe, les voix s’élançaient maladroites. Puis soudain, telle la mayonnaise qui se décide à prendre sous la main ferme qui tourne vivement et la monte, voilà le groupe chantant juste et à l’unisson.

Jolie répétition d’un probable spectacle de fin d’année. Pour les parents peut-être. Si ça se trouve en présence du maire ou de l’adjoint.

Imaginez la bande son pour la promenade, même le chien était ravi. Imaginez les enfants sur l’estrade. Je n’ai pas osé les photographier ou les enregistrer. Leurs voix, nous accompagna jusqu’à la rivière.

Je n’oublierai jamais ce moment-là . Cette adéquation avec ce que nous pouvions admirer. Comme le début d’un très beau film qui parlerait d’amitié ou d’amour en été. Et je vous jure que j’ai versé quelques larmes buvant ce cadeau. Suis-je niais…

Le Lot en juin

Le Lot est une rivière qui ne cesse de m’inspirer. Selon les mois, les épisodes orageux, sa couleur change. Il peut être rouge ou transparent, couler vif ou sembler immobile. Les poissons passent dans l’ombre. Les oiseaux y pêchent. La rivière peut s’énerver, elle l’a montré à maintes reprises et déborder. Mais je ne connais guère de lieu plus apaisant.

Le chien trouve toujours mille choses à fureter. Ce matin les voix des enfants couvraient le bruit des rares voitures qui font couiner leur pneus sur le pont de métal qui sépare les deux départements.

Les jardins

Comme la terre ici se prête aux cultures, on trouve à côté de roselières, des jardins où se mêlent les fleurs aux légumes. Ici, chaque jardinier est assez poète et sait laisser les plantes se marier et prendre l’ampleur qu’elles méritent. Des fleurs poussent parfois entre les légumes. Ça s’enchevêtre volontiers…

Certains voudraient des jardins au garde à vous, plus policés, où chaque adventice serait contrôlée par la police des sécateurs et des désherbants. Ce n’est pas la philosophie ici. Ne croyez pas pourtant à un quelconque laisser-aller, c’est plutôt un art, celui de cultiver l’exubérance du jardin comme on laisserait libre cours au lyrisme d’une chanson… Ici, les jardiniers savent ce que c’est que vivre en poésie.

Quand nous sommes revenus, la petite troupe de chanteurs s’était éclipsée.

Il reste encore quelques jours de classe. Et peut-être bien que j’ai la nostalgie douce de ces moments où avant de s’envoler pour l’été, de se séparer, alors qu’on avait rendu les carnets et levé les derniers doutes, les enfants se livraient, racontaient leurs espoirs, pensaient à la joie des vacances, à l’avenir. Ils cultivaient discrètement en eux les germes de leur nostalgie future quand elles et ils se souviendraient des camarades, des apprentissages et de leur vieux maître qu’iels imaginaient rester ensuite tout l’été, seul à son bureau sur l’estrade, lisant ses vieux livres… attendant la prochaine couvée de moineaux.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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