Pourquoi faire simple quand on peut faire simple ?


Pignon

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6–8 minutes

Nous confondons complexité et complexification. Simplisme et simplicité. Le bon sens n’est souvent qu’aveuglement conformiste. Faire simple c’est penser l’ergonomie de sa vie au croisement de ce que l’on est et des contraintes à affronter. Pourquoi faire simple quand on peut faire simple ? Pour ne pas se laisser dominer par les emmerdements et les détails où se loge le diable !


L’adaptation à la réalité

Je peux et dois militer contre le réchauffement climatique. Il serait bien que mes propres pratiques soient cohérentes avec mes valeurs et l’objectif de le réduire en n’en restant pas aux principes. C’est tout de même une affaire de choix politiques et de Société.

Dans mon quotidien, les jours de hautes températures ont des conséquences. Un ami vient de perdre un proche dont la santé a été altérée par les fortes chaleurs. Mon vieux chien étouffe le soir et halète. Je suis moi même contraint de modifier un certain nombre d’habitudes dans la maison où je vis compte tenu de la géographie et même de son orientation.

Il y a ce temps où l’on tente de résister, c’est à dire de « faire malgré tout » en se faisant souffrir davantage, et puis on se dit comme l’autre dans son bain (aujourd’hui il ne pourrait plus, il faut prendre des douches), « Eurêka ! Youpi ! j’ai trouvé ! »

Je dois modifier un certain nombre d’activités en fonction des contraintes notamment climatiques. Cela impose de changer certaines habitudes et même parfois de rompre avec ce qui semblait aller de soi.

Un certain nombre de travailleurs n’obtiennent pas le droit ou n’ont pas la possibilité d’adapter leur emploi du temps. Cela devrait entrer dans le droit du travail dès lors que c’est faisable. Mais un certain nombre de personnes se font souffrir (ou pire font souffrir autrui) en ne modifiant pas certaines habitudes comme si la recherche du confort, de la fluidité étaient des objectifs égoïstes ou un luxe malvenu… Il faut certes un peu d’énergie au début, mais on « récupère » ensuite le fruit de ce que l’on a modifié… tout en sachant que l’évolution climatique va contraindre à une certaine flexibilité…

Le piège de la complexification

L’analyse systémique d’un Monde interrelié nous a montré (salut Edgar !) que tout peut être complexe, avec des effets papillons ou dominos. Les réponses binaires qui nous donnent parfois un sentiment de satisfaction provisoire peuvent engendrer des conséquences graves que nous aurons du mal à maîtriser. Elles sont souvent un déni de réalité. Ce déni est le propre des autocrates et autres affidés de l’autoritarisme.

Dans nos société occidentales notamment, nous avons associé un haut niveau de technicité à un langage, des pratiques, des normes et des protocoles élaborés qui ont leur utilité mais peuvent aussi exclure. C’est le moment où le sachant est tenté de prendre le pouvoir sur le pseudo ignorant au lieu de partager ses connaissances.

Il n’est pas de bon apprentissage sans compréhension. La simplexité qui n’est pas la simplification réductrice, aide à s’approprier les choses en prenant parfois un nouveau chemin. Ainsi, la compréhension de la conservation des écarts dans la soustraction va aider à comprendre plus tard non seulement le principe de la différence mais cette histoire de retenues que l’on manipule dans les calculs. On pourra dans nos vies trouver de nombreux « détours » pour parvenir à la solution. Et l’on voit alors que se dessine la question de l’émancipation notamment des hiérarchies bureaucrates.

Autre domaine : pour gérer un site comme celui-ci, il faut faciliter la vitesse de l’affichage des pages pour les utilisateurs en permettant leur mise en mémoire (on utilise un cache). En effet, si je sers chaque page à chaque visite, c’est coûteux pour le serveur comme pour la personne qui va visiter et peut ralentir. Il existe de nombreuses techniques pour procéder. J’ai mis longtemps à réaliser qu’une proposition assez complexe que j’utilisais depuis des années m’obligeait à un suivi et une régulation quotidiens assez coûteux en énergie. Hors, j’ai trouvé une solution qui permet dans ma situation, d’obtenir un résultat quasi comparable en utilisant une autre approche. Cette approche va me permettre de récupérer du temps et de l’énergie pour faire autre chose. Elle implique une autre logique, un autre regard. Ma représentation initiale a été un peu « déroutée » mais au final, c’est plus léger pour moi et bien pour les utilisateurs.

Au passage, j’ai appris l’intérêt et les limites des outils d’évaluation et de contrôle de la vitesse et des performances d’un site, dont beaucoup sont inféodés au géant Google. Le but de ces outils n’est pas que nous ayons des sites performants ou intéressants, mais performants pour les requêtes et la logique de Google. Si on se doit de se plier à certaines règles c’est en fonction du but à atteindre et non par conformisme. Sinon, il n’y aurait notamment pas de créativité ni de productions artistiques…

Pour une grande part un certain nombre d’outils sont élaborés non pour nous faire comprendre le solfège du code, mais pour créer une dépendance à ces outils. C’est « l’évaluationite » bien connue en entreprise ou à l’école, où l’on travaille pour le chiffre et non l’objectif réel. Et au fond, ce qui compte, ce sont les rétroactions et le bénéfice pour les usagers du site…

Faire simple c’est commencer par regarder et s’interroger

Quand la tondeuse thermique est morte, j’aurais pu chercher à la remplacer par une autre tondeuse thermique. Puis j’ai regardé du côté des électriques. Puis j’ai regardé le terrain et l’offre de tondeuses mécaniques. Et ce dernier choix s’est imposé alors que les marchands de tondeuses thermiques, d’accessoires et de produits liés font tout pour qu’on reste avec ces outils. Pourtant d’un point de vue écologique, économique, pour ma forme physique et même en termes de résultats, il y a tout lieu d’être satisfait par la solution alternative que j’ai choisie. Et c’est souvent le cas pour nombre de sujets !

Pourquoi je fais ça maintenant ?

Pour quelle raison je m’évertue à contourner ce fauteuil dans le salon alors que je pourrais le déplacer ?

Pourquoi j’accumule des objets que je n’utilise pas ?

Pourquoi rester devant ce programme ennuyeux ?

Pourquoi se mettre en compétition quand ce qui compte c’est de me centrer sur ce que je produis ?

Pourquoi ne pas bifurquer plutôt que rester sur cette voie encombrée ?

Pourquoi se compliquer la vie en reproduisant les mêmes recettes coûteuses et décevantes ?

Toujours on retrouve cette idée de besoin d’alignement, de fluidité, de cohérence entre ce que l’on est, ce que l’on veut dessiner et les adaptations à ce que l’on décrit souvent comme obstacles alors qu’on pourrait se réjouir d’avoir des problèmes à résoudre… à la condition de ne pas nous inventer des problèmes inutiles ni de nous focaliser sur des détails que personne ne verra.

Faire simple

C’est une création que de chercher à faire simple. Les plus grands cuisiniers et artistes l’ont bien compris. Faire simple, c’est se permettre d’être soi dans ce que l’on est. Oui, c’est parfois oser s’affirmer, sans s’opposer, en toute assertivité en incluant ses propres failles, les adaptations…

Faire simple c’est ne pas se nier dans la rencontre avec son environnement. J’oserais dire que c’est une démarche poétique.

Un poème de Guillevic est simple mais hautement travaillé. Il a su élaguer comme son menuisier a su travailler le bois. Je cite souvent ce poème.

Le menuisier


J’ai vu le menuisier
Tirer parti du bois.

J’ai vu le menuisier
Comparer plusieurs planches.

J’ai vu le menuisier
Caresser la plus belle.

J’ai vu le menuisier
Approcher le rabot.

J’ai vu le menuisier
Donner la juste forme.

Tu chantais, menuisier,
En assemblant l’armoire.

Je garde ton image
Avec l’odeur du bois.

Moi, j’assemble des mots
Et c’est un peu pareil.

GUILLEVIC, Terre à bonheur (Seghers)



Faire simple c’est ce travail où l’on va donner « la juste forme ». Et nous voilà un peu ingénieur· e· s, ingénieux artisans. Un bon artisan va toujours chercher le chemin le plus simple pour faire passer ses câbles et ses tuyaux. S’il cherche à vous imposer des trucs compliqués, discutez !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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