Voilà l’été au marché de Villefranche de Rouergue


vue générale du marché de Villefranche de Rouergue

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3–4 minutes

Si je dis : « voilà l’été au marché de Villefranche de Rouergue« , je sais que malgré la chaleur soudaine, ce n’est que le printemps. Je parle souvent de ce marché et de cette ville que j’aime tant, citée vingt fois déjà ici. Haute en couleurs, haute en poésie. Chaque visite c’est la même émotion. Le frisson renouvelé. Au fil des saisons, le marché change, ses visiteurs aussi. J’y vais comme au spectacle vivant.


Je n’y vais pas vraiment pour acheter

Le plus souvent, encombré du chien, impossible de faire autre chose que le passant.

Mais avec les chaleurs, il reste au frais. Il y a trop de choses à acheter pour que je sache par quoi commencer. Que choisir chez qui ? Certains ont leur circuit dans la tête.

Je n’aime pas manipuler la monnaie ni tripoter les fruits, ni qu’on m’influence dans mes choix. Surtout, je suis au spectacle. Absorbé par ce que je vois, ce que j’entends.

L’immersion est totale : couleurs, odeurs, sons, conversations, mise en scène savante, superposition des dialogues dont certains s’envolent, se crient, se nouent, se rient, se défont dans une exclamation, dans une salutation douce…

Je ne connais pas de spectacle qui mêle simultanément autant de sensations.

Entre ceux qui passent, ceux qui vendent, ceux qui se retrouvent… tout un tissage d’interactions se croisent et composent une harmonie plus riche qu’à l’orchestre.

Rien de désordonné en réalité, tout est parfaitement pensé et pas seulement par le placier.

Au marché, si on laisse un peu traîner l’oreille, courent des histoires du pays… mais on ne parle pas vraiment de Paris, ni de la politique, ni du député et de ses petites trahisons… ce sont plutôt des potins locaux, des comptes-rendus de travaux qui n’en finissent pas là, ont débuté ailleurs, d’une maison effondrée cet hiver dans une rue en dessous, de la terre déjà sèche et de la peur des orages, des enfants qui finalement seront bientôt en vacances, qui viendront peut-être, mais la grande a bien grandi… elle était longue cette année, il a tant plu, il est beau ce chien, mais il soulève outrageusement la robe d’une vieille dame qui maugrée d’autant plus qu’un enfant rit… Un monsieur essaie longuement un chapeau qui lui plaît mais la marchande lui explique que « c’est pour les femmes monsieur! » Et alors ?

Les habitués : ceux du coin, ceux qui viennent d’un peu plus loin. Il y a les retraités qui ont leur maison par ici et reviennent chaque année. Le marché parle anglais, plus qu’occitan. Beaucoup de vieux, des riches et des moins riches. Il y en a pour tous les prix. Des chiens dans les jambes, beaucoup. Ici les gens les aiment. Quelques enfants et comme c’était l’Ascension pas mal de religieuses en goguette humant l’air avec une gourmandise joyeuse qu’il faudra aller confesser en rougissant…

Parmi les touristes, nombreux découvrent la ville, l’air éberlué. Ah ! les spécialités locales !

Les marchands, producteurs ou revendeurs… à leur affaire. Le marché s’étend partout. Certains semblent punis, placés dans quelque recoin… Mais comme tout le monde circule personne n’est vraiment abandonné. Contraste flagrant entre les jours sans marché et ce jeudi matin… Dans quelques heures, le spectacle sera terminé et la place sera déserte sous le soleil.

Ce n’est pas un monde dans cet espace incroyable sous la protection du donjon de la collégiale, ce sont des mondes qui se croisent et tissent entre eux la fameuse toile paisible du vivre ensemble. Ici, on n’entend pas de dispute, on s’attend pour passer, on s’arrange pour payer, on prend garde…

sous l'arche de la collégiale de Villefranche de Rouergue

Est-ce que faire son marché dans un cadre aussi beau transforme le regard et les attentes ? Je veux le croire, l’espace est protecteur et le principe même de la Bastide et de son architecture urbaine structure l’ensemble. C’est une ville faite pour le commerce, faite pour faciliter les échanges et les protéger.

L’Histoire hélas et l’implantation idiote de grandes surface à l’extérieur on mis à mal la potentialité des lieux.

En remontant dans l’auto, une voix dans la radio (France Inter) parlait justement des marchés et celui de Villefranche de Rouergue fut évoqué…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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