C’est la semaine du tri… de poèmes !


Despoemes

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6–9 minutes

Nous trions nos déchets ménagers. Il ne faut pas oublier le reste. Comme les meubles, les vêtements, livres, photos, poèmes, tout s’accumule. La semaine dernière j’ai commencé à trier les photos. À présent, c’est la semaine du tri… de poèmes ! Car, oui les poèmes s’accumulent, envahissent les placards, les tiroirs, les dossiers… Impossible de tout garder, mais comment s’y prendre ? L’exercice n’est pas si simple.


L’impossible demande d’aide à un ami.

Tout le monde connaît l’implacable « lettre à un jeune poète » de Rainer Maria Rilke.

« Suis-je vraiment contraint d’écrire ? » À cette question je réponds, oui, ni plus ni moins que de m’alimenter ou respirer. C’est une fonction vitale et le jeûne d’écriture ne me fait aucun bien. Mais comme on peut mal s’alimenter, on peut mal écrire. C’est comme pour la lecture. Ce n’est pas que j’aime lire. C’est que je ne peux pas m’en empêcher. L’écriture c’est pareil. Ça ne veut pas dire que j’écrive bien, ni encore moins de choses utiles, qui me fassent du bien ou du bien à autrui.

Rainer Maria Rilke dit plus bas dans sa lettre, « une œuvre d’art est bonne quand elle est née d’une nécessité ». Mais selon moi, cette nécessité ne peut tenir dans le seul point énoncé plus haut. Une simple addiction ne fait pas de l’art.

Le poème plus que toute autre œuvre d’art, possède cette singularité, – au delà de ses effets propres, de la métrique, du rythme et de ce que l’on voudra y mettre de règles ou de principes, de présupposés artistiques ou d’intentions qu’on veut lui donner ou qu’on lui prête, – de se définir par son écriture (son accouchement), sa lecture (par celle ou celui qui l’a écrit, par celle ou celui qui le lit) et même par celle et celui qui le dit.

Tiens, je me souviens de cette façon dont Apollinaire massacrait son « Pont Mirabeau » en le disant, tandis que Léo Ferré lui redonnait vie en le chantant. La force de Léo Ferré c’est qu’à présent je ne peux plus lire le poème sans penser à la chanson, mais le poème devenu chanson est-il encore poème ?

Il y a des poèmes qui ne se disent pas, ou s’ils se disent, ils se voient. Calligrammes, mise en forme particulière, jeux de ponctuation posée ou ignorée.

Le poème est cet objet étrange qui peut s’afficher sur un mur entier du métro en gros caractères ou se cacher dans un recueil, une plaquette, une revue de poésie.

Je ne me suis jamais installé à la table en me disant, « tiens je vais écrire un recueil de poèmes ». Alors qu’on le fait pour une pièce, un roman. Souvent, je ne prémédite pas l’écriture du poème. J’ai pourtant publié des plaquettes, de petits recueils… Depuis petit j’ai offert des poèmes, notamment à mes premières amoureuses…

Il m’est arrivé d’écrire des chansons et a posteriori de considérer le texte comme un poème qui savait marcher tout seul…

Ce qui fait poème est une chose, ce qui fait un « bon poème » en est une autre…

Savoir être son propre critique

Comme une photo parfois artistiquement sans intérêt renvoie à un épisode marquant, une émotion… lorsque je retrouve tel ou tel texte, je réactive le souvenir des circonstances personnelles où j’ai pu l’écrire. Une affaire de sensations, de climat… Il faut se départir de ce souvenir pour juger le texte en lui-même.

J’ai écrit des poèmes, donnés en partage, et parfois j’ai reçu des félicitations à propos de tel ou tel. Elles ont souvent engendré un grand étonnement de ma part : étonnement de voir qu’un truc pondu en trois minutes avait pu plaire alors que je ne le trouvais pas intéressant, étonnement de constater qu’un texte auquel je tenais beaucoup, où j’avais « mis beaucoup », qui me semblait riche, dont j’étais quasiment fier, ne touchait personne. Flop. Indifférence totale. Tu peux remballer.

Certains choisissent un style, une forme poétique pour s’exprimer… je n’ai jamais théorisé à ce sujet. Mes influences sont multiples. Je préfère toutefois une sorte de ligne claire. C’est à dire un poème fluide, peut-être (trop) chantant, mais en tout cas sincère. Je n’ai pas vraiment de style. Il est difficile d’être inventif aujourd’hui au moment où tout se confond, où la publicité mime la poésie pour nous faire avaler n’importe quoi…

Peut-être n’ai je pas assez d’ambition ? Je ne cherche pas du tout à intellectualiser. Je ne me suis jamais défini autrement qu’écriveur et je n’ai jamais vibré à l’idée d’être édité. Je me rends compte qu’il n’y a que le théâtre ou les dramatiques enregistrées qui m’aient motivé assez parce que cela renvoie à du concret vivant…

Parfois j’ai été surpris de comprendre des choses sur moi-même grâce au poème. Il arrive que le poème ose dire au delà de ce que peut le roman ou la confession. Le lecteur se fourvoie souvent à ce sujet, croyant déceler des éléments biographiques alors qu’il ne s’agit que de métaphore… L’inverse est vrai aussi.

Il faut à fois savoir s’accueillir avec bienveillance mais ne pas se leurrer. Il va falloir jeter.

Accepter de jeter, barrer, extraire

Quelques textes sont donc des sortes de moments photographiques. Ils ne concernent que moi. À ma mort, ils n’auront de sens pour personne.

D’autres sont des facilités, des exercices sans conséquence…

Il arrive qu’un poème possède un vers ou deux intéressants mais que le reste soit niais ou mal écrit.

Mais que faire de ce matériau ? On ne fait pas un bon poème avec des bouts. Ou alors ce serait une idée, un recueil de bouts. Bouts de poèmes… Un collage bizarre.

Les différents supports

Cahiers, carnets, feuilles volantes, recueils, version numérique… Ce qui complique l’affaire, c’est qu’il existe en différents lieux, différentes sauvegardes.

Certains textes ont été organisés : des recueils, des thèmes…

C’est ce qui fait un peu peur à considérer.

Ce qui me fait du bien, ce qui ne me fait pas honte

Je ne relis habituellement jamais ce que j’écris. En tombant l’autre jour sur ce que j’écrivais à dix-sept ans, je m’étonnais de la naïveté confondante de ces textes. Je peux faire le même constat aujourd’hui, très souvent. La publication sur Internet est aujourd’hui si rapide et facile. Elle m’a poussé à laisser passer des trucs sans réel intérêt.

Ils ne méritent pourtant pas l’humiliation que m’avait infligée un jour cette agrégée de lettres qui fut un temps ma prof de français au lycée. Se trompant sur mon prénom, elle avait dit : « non pas André, surtout pas… » Je vois encore précisément son mépris dans ses yeux froids, le dégout sur ses lèvres. Jamais elle ne prit cinq minutes pour échanger avec moi et en réalité ne nous enseignait rien qui ne passe par son nombril sec.

Si je peux dégager deux critères subjectifs pour garder un objet poème, ce serait : « il me fait du bien » (ouvre quelque chose de plaisant) et « il ne me ferait pas honte » (un peu orgueilleux ça) … Comme ces photos où l’on se trouve vraiment moche et mal habillé qu’on ne tient pas à laisser au regard de la postérité. Une histoire de dignité ? C’est léger. Un texte doit avoir sa propre personnalité. Je risque d’élaguer dur.

Les poèmes que je montre, notamment ici, je n’en ai pas de fierté particulière. Je les montre surtout pour inviter à écrire, parce que ça peut aider à vivre. Je conçois parfaitement que la plupart des gens trouvent la poésie emmerdante. C’est souvent le cas !

Je vais donc m’y coller

Une méthode va-t-elle surgir ? Celle des trois tas… « à jeter », « à revoir », « à garder » ? … À croiser avec la question des textes devenus chansons (on peut faire une bonne chanson avec un mauvais poème et inversement…).

Il faudra aussi savoir comment les ranger et les regrouper. Je date rarement les textes, au mieux si je leur donne un titre.

En tout cas, il est temps d’agir, je ne peux laisser à ceux qui trouveront tout ça « le jour venu« , la responsabilité d’avoir à trier.

Peut-être faut-il aussi trier les textes et se séparer de certains pour permettre à de nouveaux textes de venir autrement, dans un projet renouvelé ?


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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