Pour reprendre la main, choisir son tempo


horloge

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4–7 minutes

La fatigue profonde ressentie ce week-end m’a rappelé que je prenais peu de repos réel. Je ne me laisse pas m’ennuyer. On ne me voit jamais désœuvré. J’improvise peu. Je ne sais pas ne rien faire sans but. Enfant, je connaissais pourtant ces après-midis où, les adultes occupés, je déambulais en quête d’inspiration. Alors, je trouvais à jouer, seul ou avec la voisine ou le voisin, ou naissait un projet. Pour reprendre la main, choisir son tempo est indispensable. Il y a peu j’interrogeais déjà ce que l’on fait chaque jour entre routines et phases. Je dois retrouver la patience et lâcher prise pour donner la possibilité à de nouvelles idées de germer.

Les acouphènes brouillent heureusement l’esprit

Détestables et épuisants en eux-mêmes, symptômes mal compris, les acouphènes viennent me rappeler que j’ai trop donné mais surtout brouillent utilement la possibilité de réfléchir, de penser.

Ils agissent à la manière du disjoncteur qui protège l’installation électrique en me forçant à déconnecter.

Le corps sait donner d’autres signaux. Apprendre, créer, partager ne peut bien se faire que si l’on sait prendre soin de soi avant même des autres. Je cite souvent cette jolie rédaction du grand-père maternel où il avait écrit en sage écolier : « pour bien travailler, il faut bien se reposer ».

Le nez en l’air

Ce matin avec le chien, nous avons divagué par les rues du village. Ce n’était pas vraiment prévu. Nous avons fait escale et croisé des gens qui entraient avec délicatesse dans leur lundi. Rêverie en terrasse, café sur la petite table au soleil, flânerie visiblement volée aux urgences laborieuses. Le lundi, ici, la plupart des boutiques sont closes comme pour prolonger le dimanche. Comme s’il ne fallait pas s’agiter trop tôt.

Les gens se fichent aimablement la paix.

Dans le même temps, l’air printanier aidant, les voleurs de temps s’accordaient sourires et bavardages. Et si rien ne pressait ? Et si justement certaines choses à faire seraient mieux faites parce qu’on aurait pris le temps de les aborder avec douceur ?

Les petites tâches

Le linge qu’on plie, la vaisselle qu’on range. Ces tâches ne demandent rien que des gestes appris.

Souvent la pensée m’accapare alors et m’engage avec impatience à anticiper la suite. Ça parle en dedans. Il va falloir faire ! Et j’aime aller vite ! Une idée doit être expérimentée que ce soit un bricolage, un texte, une chanson…Mais peut-être faut-il se ménager des temps où plier le linge c’est se centrer sur le pli juste. Un temps où ranger la vaisselle c’est l’aligner en pensant au geste, à la vaisselle. Être à son présent.

Les priorités

Dans ma fatigue dominicale je m’imposais de penser à des projets qui me plaisent mais dont je faisais des urgences idiotes. Avec la difficulté de trancher et le risque de me disperser comme de me laisser submerger. Désarroi face à tout ce que j’aimerais faire, au temps qu’il me reste… de moins en moins certain.

Toute ma vie professionnelle s’est passée à courir derrière des projets « urgents » que je voulais traiter avec précision m’y engageant pleinement. De belles choses, mais à quel prix ? Mes très proches dévoraient ce qui restait de mon temps en me reprochant d’avoir trop travaillé et je n’avais que le refuge du sommeil. Il fallait être dans la course, efficace, une sourde culpabilisation a souvent imposé son dictat. Dans la compétition, je ne voulais pas être pris en défaut. Figurez-vous que fonctionnaire, je me sentais encore plus redevable de mon salaire. Critiquait-on mes vacances nombreuses ? Je redoublais d’activité comme si me reposer aurait été suspect…

Définir les priorités est un exercice vers lequel il faut savoir revenir. Tranquillement. Personne ne m’attend. La récompense doit être dans le plaisir de faire et de m’enrichir spirituellement ou de me récompenser par le bien même modeste qui aura pu être fait. Pas par les apparences, par les signaux extérieurs même si le retour fait plaisir, il n’est pas le moteur premier.

Maître de mon horloge

Les accidents, les aléas, les rendez-vous obligatoires persistent à tout âge. Mais je veux habiter mes journées sans avoir peur de ces phases où tout n’est pas dans la production directe…

On emmerde trop les gens avec l’idée de procrastination. Elle n’est pas que négative la procrastination si elle permet de se centrer sur les projets qui comptent vraiment, de prendre le temps d’y penser…

Je l’ai déjà dit, nous avons besoin d’une vie réglée et partiellement ritualisée, mais nous avons aussi le droit – ou devrions l’avoir- de lever le pied, de prendre du recul, de nous mettre en retrait comme de « plonger » pour nous consacrer ensuite à une chose qui compte…

Nombre d’artistes l’ont compris qui se retirent seuls un mois à la campagne pour composer. Le grand-père qui s’exfiltre discrètement dans son atelier pour bricoler, fait de même.

S’écouter un peu

Être attentif à soi, s’accueillir, se recevoir dans la salle d’attente des choses à faire, ce n’est pas du temps perdu.

Rien à voir avec l’idée de s’avachir et se décomposer dans un canapé. Mais se donner le temps de se retrouver. « Tu viens jouer avec moi ? « 

J’ai des envies de légos et de petites voitures, si je m’écoutais…

Divagation : quand j’étais petit, on jouait avec François dans un immense tas de sable derrière chez lui. On avait nos petites voitures, on traçait des routes et on s’inventait des histoires. L’autre jour, en descendant le causse de S. avec la voiture, j’ai ressenti la même sensation sur les lacets étroits de la petite route départementale. La même que ce que je ressentais petit avec la petite voiture sur la route que nous avions tracée… On mouillait le sable pour que ça tienne. Alors je me suis dit que ce n’était pas par hasard que je vivais par ici. Je note ça, parce que vivre au présent, dans le flow, c’est être à ses sensations, et que les sensations nous relient à l’âme, l’âme à notre enfant intérieur… Je croyais l’avoir oublié ce tas de sable de Pontoise.

Un enfant qui se respecte sait voler du temps pour lui, pour rêver, jouer, s’imaginer dans ce qu’il fera.

Reprendre la main en sincérité avec ce que je suis, maîtriser mon tempo, c’est ça. Voler du temps pour soi pour investir pleinement le moment présent…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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