Un peu de chanson vivante


Mymytchell

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3–4 minutes

Après une rude journée quoi de mieux qu’un peu de chanson vivante ? Pas de celle qu’on écoute avec son casque ou glisse dans un lecteur. De la chanson sur scène. Pas de la variétoche mais une chanson qui se réinvente. Même en février, en Aveyron, j’ai trouvé de quoi amuser mes oreilles et mes yeux avec MyMyMitchel et David Lafore.

Aller au concert

Ici, aller au concert c’est prendre de petites routes tortueuses, traverser des hameaux, des villages sans lumière. Avec les pluies, la falaise s’est parfois effondrée. De gros blocs de pierre ont roulé au bord de la chaussée et il ne faut pas éternuer. Des bêtes s’échappent sous les phares. La nuit, on peut rouler au milieu de la chaussée… Garder l’œil toujours est indispensable !

La commune de Capdenac-Gare est la neuvième commune du département. Vous n’y trouverez pas de château du Moyen-Âge, elle n’a pas cinquante ans. Mais il y a un cinéma, avec une scène.

Le public est venu du Lot. Pour beaucoup du grand Figeac. L’Astrolabe anime avec vigueur et chaleur la vie culturelle du coin.

Des vieux, beaucoup, quelques enfants. Pas vu l’ombre d’un ado ou d’un étudiant, peu de trentenaires ou de quadras. J’ai déjà dit ça, par exemple en évoquant les rencontres musicales de Figeac, tout un public échappe au spectacle en salle.

Deux pour le prix d’un, et on paye pas cher

J’avais déjà entendu l’une mais je ne connaissais pas l’autre. Pas simple d’associer l’enchaînement de deux artistes avec deux univers aussi différents, si ce n’est peut-être le fil conducteur de l’humour

MyMytchell

Prononcez My comme dans Mylène. La silhouette effilée pourrait vous faire croire de loin qu’il s’agirait d’un jeune étudiant à l’allure résolue. « On ne juge pas les corps » dit-elle au détour d’un enchaînement. Mais l’allure va avec les chansons qu’elle invente. Vive, rapide – on lui aurait reproché- et si le chant guitare vous semble convenu, vous serez surpris : le texte, les mélodies, les circonvolutions. Ne cherchez pas d’évidente référence. Les mélodies vous accrocheront. Mais dans l’humour acidulé, j’y ai retrouvé quelque chose d’une Marie-José Vilar. La voix réserve de jolies surprises. Les images qui surgissent, féministes, résolues, joyeuses, complexes. Vous pensez avoir compris ? Peut-être pas. Voilà quelqu’une qui trace son sillon et ne se laissera pas définir facilement. Sans excès de support la voilà capable d’accrocher le public. On a envie de dire, encore !

David Lafore

Ne vous fiez pas aux vidéos qui trainent sur les internets. C’est un artiste de scène qui a gardé de beaux restes de sa formation théâtrale et de son passé d’acteur pour enfants. C’est un enfant. Il a sa guitare, mais il a ses pieds, son corps et joue aussi de l’absurde et de l’autodérision avec un grand respect de son public. Il tient tel un funambule sur le fil sensible du rire à l’émotion, au risque du grotesque, déformant son tee-shirt. Il semble se livrer, on craint un instant l’indécence, mais il reste d’une pudeur extrême. Une présence humaine sans fard. Lui aussi, même s’il fait un clin d’œil à Tonton Georges, a su trouver sa façon. J’ai pensé souvent à Dick Annegarn, parce que je suis vieux.

Loin des idioties, une chanson qui se réinvente

Avec ces deux artistes, qui ne sont pas des bébés. Qui bénéficient déjà d’une certaine reconnaissance, on voit la capacité d’une chanson qui sait se réinventer sans sombrer dans les poncifs ou la facilité. Une chanson qui ne cherche pas à flatter les codes.

Vive la singularité !

Car ce qui compte dans cette affaire, c’est la capacité à investir sa singularité pleinement, pour aller chercher et surprendre nos oreilles. C’est cela que les jeunes artistes tentés souvent par le conformisme d’Instagram devraient savoir pousser. Trouver sa note, ses mots, son son. Placer tout ça. Oser.

Souligner encore tout le travail : car venir seul en scène avec une guitare c’est devoir être irréprochable. Tenir son public avec ce que l’on a inventé, avec résolution, sentir quand la salle accroche ou risque de s’éloigner, la captiver, l’accompagner, lui donner du plaisir puis comme dans l’acte amoureux, savoir doucement se libérer ensuite…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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