Perdu dans Cahors


Carte de Cahors

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3–4 minutes

Mon cerveau construit ses repères comme il peut. Il a suffit que je rejoigne la ville par un point inhabituel pour que je ne m’y retrouve plus. Il est vrai que la préfecture du Lot est une sorte de presqu’île au plan étrange.

Se perdre un jour de canicule

Une déviation sur la route, me voilà arrivé par les vignes. Si j’avais pris un canoë, j’aurais pu descendre directement le cours du Lot depuis la maison. Ça doit faire plus de quarante kilomètres. Non, en fait, ça ne se fait plus. La rivière là bas est un repère. Comme à Cajarc, comme le Célé à Figeac ou l’Aveyron à Villefranche de Rouergue. Rive droite, rive gauche. Une vieille habitude parisienne.

Le seul différence, c’est qu’il ne faut pas oublier que le Lot est farceur et tient la ville dans sa boucle. Selon l’endroit où vous vous trouvez, il peut être beaucoup plus rapide de traverser la vieille ville que suivre la rivière. Et comme la boucle est serrée, si vous connaissez mal les lieux, difficile de prendre ses repères. Autour de ses grosses artères, la vieille cité possède un dédale de ruelles, de passages, d’impasses, d’escaliers tous plus surprenants et magnifiques les uns que les autres. Ça semble simple. Mais les pièges ne manquent pas. Tombé deux fois dans une impasse. Un escalier m’a contraint de revenir sur mes pas, je n’ai pas compris comment. Labyrinthe où croyant t’éloigner, tu te rapproches puis soudainement c’est l’inverse et la touffeur pour piéger : tu te croyais heureux retrouvant la rivière ? Ce n’est pas le bon côté de la boucle. Je me suis senti beaucoup de compassion pour les deux Dupondt dans le désert.

Ajoutons mon handicap qui est l’absence de sens d’orientation ou plutôt l’art de me perdre si je me fie aux instruments modernes plutôt qu’à mon intuition.

Réapprenons comme avec l’automatisation probabiliste à prendre des décisions par nous-mêmes ! C’est là que je m’en suis sorti victorieux. Ah bon ? C’était tout près en fait.

Gambetta peu disert

Il aurait presque frais notre vieux Gambetta mais les jets sont trop verticaux. « — C’est par là ! » Même le GPS semble tourner sur lui même. Interroger les gens ? À ma demande pour aller vers le pont deux loulous du pays m’indiquent simultanément… la direction opposée.

C’est que de toute façon par là ou par là vous pourrez rejoindre le point souhaité. Pourvu que vous sachiez où tourner. J’ai choisi l’ombre comme guide.

Brûlant

Quand il fait trop chaud, mon vieux smartphone, avec lequel je prends ces photos, devient vite brûlant et se bloque. C’est sa façon à lui de se mettre en grève en évitant peut-être d’exploser dans ma main. Je vous glisserai plus tard quelques images des statues de Marc Petit que vous avais présenté. Sous la chaleur, elles prennent une allure encore plus impressionnante.

Crois-tu que les récoltes seront bonnes. Je n’ai pas osé goûter un grain à la vigne sous le pont. Il faudra que je regarde celle qui pousse derrière la maison. Après mes pérégrinations il m’a fallu du temps pour retrouver une voiture protégée où il faisait 43 degrés. J’ai choisi une autre route encore pour le retour et loupant un carrefour, je me suis retrouvé sur un autre chemin, taillé dans la falaise dont je ne soupçonnais pas l’existence. La région est traversée de sillons qui tous se croisent et se recroisent et je suis rentré en passant par Marcilhac-sur-Célé. Je croyais vous avoir parlé de ce village que j’adore. Je ne retrouve pas. Il faut dire que je suis sonné, essoré entre les repères qui manquent, la chaleur, la climatisation de l’auto (oui j’avoue)… mais si j’ai réussi à écrire ce texte c’est que la confusion mentale ne s’est pas encore totalement emparée de moi.

Demain, c’est tôt que j’irai au marché de Villefranche de Rouergue pour entendre les jeunes chanteurs d’Opéra ! Y serez-vous ? Là bas, on ne peut pas se perdre. Enfin, j’espère.

Raisin poussant au pied du pont de Cahors

Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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