Lubin était bien fatigué ce soir. Pas question d’aller au cinéma, ni même de jouer, ni même de rien faire d’autre que de se savoir fatigué et promis à l’oreiller.
Lubin, je ne joue pas ce soir
Je suis fatigué
La chatte est fatiguée
Les arbres sont fatigués
La terre est fatiguée
Lubin, te souviens-tu de la pluie ?
J’ai mis de l’eau pour les plumes des oiseaux
Dans la nuit, un chevreuil a tout bu
D’un trait
Un trait noir d’encre
Pour que tes jambes dansent
Une fois le soleil couché
J’ai versé du lait dans ton bol
Lubin, toi aussi tu es fatigué
Ce n’est pas grave tu sais,
Si tu ne trouves pas de mots ce soir
Si tu as les paupières lourdes
Des courbatures dans les bras
Si ta plume à toi est tombée
Si tu ne peux pas danser
Ce n’est pas grave, puisque je t’aime
Dans le feu de mon enfance
Celle des pivoines
Un piano dort
Blanche-Neige rêve
Lubin, je regarderai ce soir
Ta tête basculer sur l’oreiller
Dors, je vais veiller
Sur tout ce que tu as vécu
Tes jeux, tes aventures, tes amitiés
Sur la craie,
Sur tes lèvres promises aux premiers baisers
Entre réglisse et vanille
Rhubarbe et framboises
Lubin des garçons et des filles
Tu écrivais sur ton ardoise
Des poèmes et des tables de multiplication
Tu la retournais l’ardoise
Et ta mère faisait semblant que c’était une récitation
Six fois quatre
J’entends ton cœur battre
En se fermant tes paupières ont laissé échapper
Un papillon
Lubin, comme moi, tu étais bien fatigué

Un mot en retour ?