Bonjour ou bonsoir ! Faire son matin c’est s’accommoder dans les premières minutes au fil de la journée. On dit : « il s’est levé du pied gauche » ou bien, « elle est toujours active, dès potron-minet ».· « L’autre n’est pas à prendre avec des pincettes », ou encore on peut constater combien l’impatience le mène si tôt. Ce matin, il m’a fallu d’abord m’extraire des rêves, ne pas céder aux mornes nouvelles du monde ou à la dictature de l’inventaire impossible des choses à faire… et puis aller !
Décembre nous est tombé dessus dans la nuit
Il faut concéder avec le calendrier. Moi l’agnostique, j’ai des envies de belle messe de Noël. Un morceau d’automne ici, ce sera le premier hiver en Aveyron. Et je suis content du calme. Enfin !
J’admire les chevaux le matin qui soufflent dans le brouillard. Les rapaces qui signent dans le ciel le trait de leur liberté.
Mais décembre est déjà là, donc, avec son sucre, ses bons sentiments, ses films qui dégoulinent, ses bilans douloureux…
J’avais fait cette chanson « sombrer en décembre »… Heureusement, je sais me préserver. J’ai des choses à faire, à ranger. Journées trop courtes toujours.
La patte d’Isis sur le nez
Insistante, m’arrachant à mes rêves pour un peu de pâtée. Elle s’est échappée à quatre heures dans la nuit noire me laissant comme un naufragé… La couleur de la journée vient souvent pour moi de la façon dont le réveil s’impose, de celle dont je parviens à m’extraire des rêves, ce monde là, ce deuxième monde intense et riche et pourtant mystérieux, échappant à mon intention…
L’arrachement fut rude ce matin. Qui donc étaient ces inconnus ? Je rêve de personnes que je ne connais pas et l’exercice de la journée consistera souvent à tenter de les retrouver dans la vie diurne. Et cela arrive. Il advient que je rencontre des personnes dont j’ai rêvé et qui ont rêvé de moi. Nous ne ferons la plupart du temps que nous effleurer mais un sourire ou la récompense de la rencontre viendront nous placer dans le champ du réel. Une histoire de Destin.
Yves Bonnefoy
Pour me sauver du risque d’accaparer mes pensées d’inutilité, j’ai ouvert le recueil des poèmes d’Yves Bonnefoy.
Tenez, ce court texte :
VENERANDA
Oh, quel feu dans le pain rompu, quelle aube
Pure dans les étoiles affaiblies !
Je regarde le jour venir parmi les pierres,
Tu es seule dans sa blancheur vêtue de noir.
in A une terre d'aube - Hier Régnant Désert Poèmes -1958
Vénéranda, c’est la madone orante et nombre de poèmes de Bonnefoy l’évoquent.
Tu peux relire mille fois le poème et y trouver un sens nouveau.
Vacances
Un ami me dit hier : « tu es en vacances… »
Ce sentiment je le ne le ressens pas vraiment. Vivre est un travail. Je reste « paysan des songes » mais je vais aussi à ces choses matérielles, ces lessives, ces rangements, ces arrangements, ce dessin du lieu où j’essaie de nouvelles couleurs.
Je voudrais bien qu’il ne pleuve pas trop pour sortir un peu le vélo, si je n’ai pas oublié comment ça marche.
Belle journée !
Un mot en retour ?