10 jours sans écrans


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Cela fait quelques années semble-t-il que le défi est lancé au mois de mai : 10 jours sans écrans. L’abstinence ou le jeûne est pensé comme la possibilité de sensibiliser aux dangers des écrans. C’est sympathique. Je ne sais pas si c’est vraiment productif, si on a noté des effets réels et des progrès sur le long terme. Si l’on ne questionne pas les pratiques tout au long de l’année mais surtout si l’on néglige la critique d’un système commercial dont le but est d’asservir la population toute entière, alors cela risque de ne pas faire progresser beaucoup…


Le jeûne ne fait pas maigrir

Comme le rappelle le site Sante.fr, le jeûne en réalité ne fait pas maigrir.

le jeûne, de l’avis de la majorité des nutritionnistes, n’a pas d’intérêt. En effet, lorsque l’apport calorique est fortement réduit, notre corps réagit d’abord en brûlant des muscles et des graisses, puis s’adapte en réduisant les dépenses caloriques de base (le « métabolisme de base »). Les effets amaigrissants du jeûne diminuent et, lors du retour à une alimentation normale, le corps apprend à stocker davantage de réserves.

Sante.fr

Si l’on s’abstient dix jours pour se gaver ensuite sans modifier ni adapter ses pratiques… certes, on aura gagné un peu de repos et vécu (on l’espère) de belles expériences mais les effets bénéfiques risquent de disparaître très vite.

Il existe une approche quotidienne, celle des « 4 pas » de Sabine Duflo. Sur le papier elle est pertinente, mais ne propose pas d’alternative. Il faut en effet concevoir que les enfants et leurs parents en 2025 ont tous connu les écrans et n’imaginent pas forcément ce qu’ils pourraient faire sans eux…

Il me revient une anecdote, il y a déjà des années, où un papa m’avait demandé lors d’un rendez-vous (j’étais cadre dans l’éducation) s’il « avait le droit » de couper la box à ses enfants le soir. Je lui ai montré comment il pouvait programmes les accès pour chaque membre de la famille…

Le problème du défi, c’est qu’il s’inspire d’un modèle, celui de la cure de désintoxication ou du jeûne religieux qui même présenté sous des dehors ludiques renvoie l’individu seul à la gestion de la problématique sans s’attaquer aux causes profondes.

Cela me rappelle des enfants qui me racontaient pratiquer le jeûne religieux pour « expier » leurs pêchers et qui le lendemain de la rupture du jeûne « se lâchaient » encore plus comme s’ils avaient été lavés…

Le mal ce n’est pas les écrans

On dit : « les écrans c’est mauvais ».

Non, ce sont les contenus addictifs voleurs de données personnelles qui sont mauvais. Ces contenus ne tombent pas du ciel. Ils ont été générés volontairement par des géants économiques dont le but est de faire du profit en asservissant les individus par le biais de sollicitations captant l’attention. Ils le feront par des choses en apparence amusantes ou captivantes, mais aussi en diffusant de fausses informations et en promouvant une société individualiste basée sur la compétition.

Tant que l’on ne développera pas l’esprit critique vis à vis du numérique commercial et du système économique dans lequel il s’inscrit, tant que l’on autorisera des situations de monopole… la bataille sera perdue d’avance.

Il est très hypocrite de ne pas s’en prendre à la racine du mal : ce n’est pas regarder du porno qui est mal en soi (c’est idiot et fait perdre le bonheur du mystère et de la découverte de l’autre avec le risque de transposer des conduites niant l’autre dans sa dignité), ce sont ceux qui produisent du porno et exploitent des personnes qu’il faut condamner et le cas échéant imposer lourdement. Peut-être que si l’on racontait (dans des séries, des documentaires…) la vie réelle des jeunes gens exploités par les réseaux du sexe, en humanisant la vie de ces personnes, cela donnerait-il une autre perception aux « consommateurs ».

La mise en avant critique des stratégies des réseaux sociaux pour capter l’attention, voler de l’information etc. mériterait une action résolue dès l’école…

L’école devrait choisir notamment d’abandonner les géants du Web et promouvoir le libre tant dans son esprit (les vertus de l’open source) que dans sa gratuité et son accès hautement démocratique.

Proposer d’autres approches

Pourquoi je suis connecté ? Quelle est mon intention, mon attente ? C’est un questionnement utile si on sait le ramener à la cohérence avec nos valeurs.

Dès la maternelle les enfants savent formuler leurs préférences.

— Tu préfères une histoire racontée par papa ou maman ou un dessin animé à la télé ?

Il va peut-être falloir réactiver des associations où l’on formait les parents à raconter des histoires ou en découvrir. Il existe des réseaux de conteuses et conteurs, des bibliothèques à faire revivre…

Les associations sportives dont on a coupé les vivres, les centres de loisirs, les conservatoires, les maisons de jeunes… à chaque fois que j’ai pu les voir fonctionner localement, les jeunes et les moins jeunes s’y retrouvaient avec bonheur.

Réapprendre l’ennui créatif

Déculpabiliser ces temps morts où la rêverie s’installe devrait être une démarche volontaire. Rien ne va de soi. L’ennui ? Ce n’est souvent qu’une apparence. Un rien viendra le rompre. Un papier et des feutres de couleur, un instrument de musique, des morceaux de bois à assembler… un ballon et la possibilité de jouer avec des copains…

Renouer les rencontres

Dans une période où les conquis sociaux sont mis en cause, où l’on s’en prend aux dimanches ou aux jours fériés, il y a en quelque sorte à travailler leur réenchantement, montrer comment ces temps socialement libérés et partagés peuvent favoriser des rencontres, des partages qui ne se limitent pas aux classes sociales « éclairées ».

On pourrait même imaginer que des associations promeuvent des réseaux sociaux fondés sur la coopération et animent ainsi des bulles où certes on utilisera un réseau mais animé par un but avec au final celui de revenir au concret, à la rencontre, au réel… Il existe déjà mille initiatives formidables mais il manque une volonté, un projet… une dynamique collective.

Le sujet n’est pas seulement technologique, social, culturel ou psychologique, il est politique au sens noble du terme (et même écologique). Comme trop souvent, l’approche restrictive qui est proposée risque de seulement devoir en appeler à la contrainte quand il sera trop tard…

Transformer les consommateurs en acteurs

Sur son site 10 jours sans écran fait un aveu : « Le DÉFI est un exercice de consommation responsable et de santé mentale. C’est une mobilisation sociétale qui permet de réduire la violence physique et verbale, la sollicitation publicitaire et l’obésité. Il aide à mieux délimiter la frontière qui sépare les écrans qui rendent service des écrans qui asservissent. Et les retombées sur le climat scolaire et le resserrement des liens familiaux sont réelles. »

Une des solutions serait aussi de transformer les consommateurs en acteurs : faire créer des blogs, des réseaux sociaux responsables, des podcasts etc. en utilisant des outils du libre, renverserait l’approche.

Apprendre, créer, partager en prenant soin de soi et d’autrui (antienne de ce site) pourraient constituer un joli moteur…

Il faudra un peu de courage !


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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