Mon parfum


une femme se parfume en s'envoyant le parfum dans le visage - image libre de droit

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3–4 minutes

On fait des détours puis on revient. J’avais un temps délaissé ce parfum. Non pas pour céder à la nouveauté, mais pour marquer une étape dans une vie en changements. Je l’ai retrouvé hier comme on retrouve une partie de soi. Plus que des souvenirs, un élément qui définit, qui conforte, donne un style. Un simple parfum ? Serais-je à ce point futile ?

C’est Karim qui l’avait choisi pour moi.

Je me demande encore pourquoi nous n’avons pas osé nous mettre en couple. J’en porte la responsabilité sûrement. Il venait du Maroc, il étudiait à Paris. Il était beau et raffiné et d’une douceur extrême, il avait la voix chantante et je me souviens qu’il était merveilleusement apaisant. Quelqu’un de bien.

Pour payer ses études, il travaillait à Paris dans une chaîne célèbre où l’on vend des parfums. Il me racontait les clientes, les histoires, les gens pénibles parfois.

Il s’était naturellement intéressé à ce que je portais comme parfum. Je ne sais plus ce que c’était. Il m’avait dit que c’était bien mais que ça ne me correspondait pas vraiment. Il me fallait autre chose, il allait chercher.

Alors, il avait trouvé ce parfum, encore récent à l’époque. Et j’appréciais ce parfum tout autant parce qu’effectivement il était agréable, il s’accordait à ma personnalité, mais aussi probablement parce qu’en le choisissant pour moi, avec une intuition juste, j’avais été touché que Karim me définisse ainsi. Il avait su ce qui allait me correspondre. Très belle intuition.

Alors j’en fis mon parfum.

C’était à la fin des années 90 ! Déjà ?

Japonais

C’était l’époque où je commençais à m’intéresser à la littérature japonaise. Le parfum conçu en France porte la griffe d’un styliste japonais mort aujourd’hui.

Plus que le flacon aux lignes épurées, j’aimais déjà et encore les fragrances de yuzu, citron, bergamote, verveine citronnée, mandarine, cyprès, calone – c’est une molécule de synthèse ça ! -, coriandre, sauge et estragon ; avec dit-on comme notes de cœur le lotus bleu, le muguet, la noix de muscade, le géranium bourbon, le safran, la cannelle de Ceylan et le réséda ; et comme notes de fond le vétiver de Tahiti, le musc, le cèdre, le bois de santal, l’ambre et le tabac… Ciel ! De quoi faire voyager.

Le parfum existe toujours. Karim l’avait choisi pour moi et je lui suis resté fidèle au point que nombre d’amis, de proches, d’amoureux ou de compagnons l’associaient clairement à ma personne.

Au point d’ailleurs que personne n’aurait songé à se l’attribuer ou même l’emprunter.

On n’est évidemment pas défini par un parfum, mais on peut être plus ou moins révélé, en cohérence avec… tout comme un style vestimentaire, un ton, une manière d’être s’accordent plus ou moins à votre personnalité.

Retrouvailles

Et revenir après quelques temps à ce parfum, m’a non seulement rappelé le passé, mais m’a permis de dire que « malgré le temps », trente ans après, il me va toujours bien, ça reste cohérent.

Je sais l’impermanence. Demain peut-être, la maison qui le produit pourrait cesser de le fabriquer ou subrepticement changer sa composition. On ne le trouve pas toujours, pas facilement.

Ce n’est rien, c’est futile… Je pourrais me trouver presque niais à m’intéresser à ce détail.

Chaque personne a pourtant son odeur, sa saveur propre. Nous sommes ce que nous mangeons, fumons, notre mode de vie et les parfums que nous portons.

J’oserais dire que les personnes que j’ai pu connaître à l’intime, je les reconnaîtrais au parfum de leur peau, leur fragrance. Chacune et chacun possède son empreinte olfactive qui se marie plus ou moins bien avec un parfum.

Dans une rencontre, y compris sans conséquence, une personne croisée au spectacle, dans un commerce, son odeur sera déterminante dans la qualité de l’échange… pour ne pas avouer que je suis souvent repoussé par une odeur de peu trop forte (ça n’est pas seulement lié à l’hygiène).

Et il va peut-être bien de la rencontre sensible entre une personne et le parfum qu’elle choisit ou que l’on choisit pour elle.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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