Vive l’hésitation !


un pré dans l'Aveyron

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4–6 minutes

L’hésitation est mal vue. Elle est perçue comme une faiblesse. L’hésitant n’a pas de caractère à ne pas savoir trancher. Et pourtant si l’on accepte le trouble et les émotions qu’elle nous envoie, l’hésitation peut se muer en réflexion profonde sur l’intention, la recherche de l’essentiel et de l’alignement entre soi, ses valeurs et le but à atteindre.


On aimerait que certains hésitent un peu plus !

Le sombre personnage qui vient de déclencher une guerre indigne de plus, on eut aimé qu’il sache hésiter et envisager un peu mieux les conséquences de ses actes.

Les imprudents déclenchent souvent des accidents dont les conséquences les dépassent.

L’inhibition manque à nombre de nos contemporains incapables de gérer leurs frustrations.

Bien des conduites mériteraient d’être mieux régulées, bien des décisions gagneraient à être mûries…

L’indécis malheureux

L’introversion conduit certains à ne pas oser choisir. J’ai un ami qui attend toujours pour choisir au restaurant de voir ce que je commande.

Combien se mettent en retard, incapable de choisir la couleur de leur cravate ?

L’hésitant qui tergiverse et n’intervient pas à temps pour sauver autrui, ça peut être dramatique. Le manque d’initiative est un défaut…

Mais tu as raison d’hésiter

À contrario, souvent et à la condition de ne pas nous torturer, l’hésitation est le signe qu’il est urgent d’attendre et de considérer les choses.

Qu’est ce qui me fait hésiter ? Les émotions. Je dois comprendre ce qui se dispute en moi entre envies et désir profond, entre précipitation vers la nouveauté et besoin réel… Calculer son risque même s’il faudra se lancer.

Le piège des conseilleurs

Hier on s’en remettait au conseil de la famille, à celui du prêtre. Certains consultaient les oracles. Aujourd’hui on se tourne vers le coach ou pire encore vers l’intelligence artificielle !

Les conseilleurs souvent empêchent de penser et piègent déjà : il faudra savoir rendre compte, être performant, s’aligner sur ce que l’on attend de vous (la société, les proches·). Alors on s’oublie et l’incohérence guette.

Un joyeux brainstorming en prenant le temps

Ne pas avoir peur de douter. « J’aime les gens qui doutent » chantait Anne Sylvestre. La question n’est pas de passer pour un con. On peut commencer par entrer en colloque avec soi et s’interroger non seulement sur ce qui nous fait douter, mais laisser les émotions venir et les accepter.

On est étonné de constater à quoi renvoient certaines situations. D’autres épisodes, le passé, le passif… des réflexes.

Au lieu de tourner en rond, on accepte le désordre, de prendre le temps, de regarder le problème sous différents angles. Tu n’es pas si pressé·e.

De la simplicité

Dans les choses que l’on énonce et ce que l’on cherche, il va falloir une fois les émotions ramenées à leur juste mesure, aller à ce qui compte, ce fameux essentiel, cette attente réelle. Sur quoi j’hésite ? Sur le but à atteindre ou sur ce que ça transformerait en moi ? Sur ce que ça pèserait en plus ou ce sur quoi je pourrais m’alléger ?

Cheminer pour que les choses s’alignent

Si l’on peut écrire les choses, marcher aide à prendre de la distance avec les objets du doute et faire émerger comme un bel « eurêka » ce qui compte vraiment, ce qui va guider le choix.

Simplicité, alignement… sans oublier l’impermanence qui peut aider à relativiser.

Mais alignement entre quoi et quoi ?

Ce que l’on est (en lien avec son fameux enfant intérieur et ses aspirations) , les valeurs que l’on porte, le but que l’on cherche et le chemin pour avancer. Ce n’est d’ailleurs pas le but défini en lui même qui compte, mais le chemin et la façon de s’y engager.

Des choix que j’ai pu faire dans ma vie, je vois que la projection que j’en avais a toujours été transfigurée par l’action et la réalité. Ce n’est pas pour autant que je les ai regrettés.

On peut se tromper, mais ce qui compte, c’est de ne pas se fermer pour le choix suivant. C’est en cela que le suicide, témoin d’une douleur immense et à ce titre respectable, est un non choix puisqu’il ne permet pas de répondre à la recherche d’alignement.

Celui ou celle qui hésite a encore de l’espoir et je le ou la préfère à celui ou celle qui saute sans parachute.

Une autre illustration est le trouble de l’artiste : il a peut-être un but quand il imagine son œuvre et se met en chantier. L’atelier de l’artiste est traversé de brouillons et d’essais qui peuvent être disgracieux. Puis quelque chose émerge dépassant la torture de ses doutes et qui ne tient pas au seul travail, à la technique. L’œuvre née, surgie, dépassant les hésitations, les retouches, les reprises, ose inventer autre chose et se désigne alors comme une sorte d’évidence mêlant surprise et révélation. C’est ce qui engendre notre admiration face au chef d’œuvre que l’on reconnaît comme tel non comme une prouesse mais parce qu’il nous dépasse en explorant ou en ouvrant un nouvel espace.

L’hésitation est une gestation, une fermentation, parfois une transformation, un accouchement plus ou moins douloureux.

N’ajoutons pas de la douleur à la douleur en nous torturant à propos du fait d’hésiter. C’est normal, c’est sain, c’est souhaitable.

Si elle est bien comprise, elle va laisser de côté le futile, l’encombrant pour dégager une ligne de cohérence.

Encore faut-il lui laisser le temps…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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