Unique a découvert une maison close. Son grand-père n’est donc pas là. C’est donc toute seule avec le petit chien qu’elle va passer la nuit dans la petite maison aux volets rouges. Voici l’épisode 4 du conte pour enfant donné au long du mois d’octobre 2025.
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Fatiguée par son périple à travers la forêt, Unique s’endormit très vite. Le lit était douillet, la maison était calme. On n’entendait que la respiration douce et apaisante du chien.
Elle glissa doucement vers le pays des rêves.
Il y a la vie que nous vivons la journée ou lorsque nous ne dormons pas. C’est la vie du courage et des rencontres. C’est la vie du travail et des jeux. C’est la vie qui nous traverse avec ses sensations. C’est la vie des joies et des peines, des disputes et des réconciliations. C’est la vie où nous aimons. C’est la vie où nous décidons, où nous agissons.
Il y a le pays des contes, des histoires, des légendes que nous nous racontons pour comprendre et partager nos émotions. Ces histoires nous les inventons, nous les écrivons, nous les disons.
Et puis, il existe le pays des rêves. Dans cet étrange pays, nous vivons une autre vie. C’est une vie qui nous parle de nous. C’est une vie secrète. C’est une vie où nous pouvons retrouver des êtres disparus, rencontrer des inconnus, nous transporter dans des pays dont nous ne savons rien, vivre des moments étonnants, troublants, inquiétants, effrayants, délicieux. Il y a celles et ceux qui rêvent qu’ils volent dans les airs, d’autres changent de métier, rencontrent une merveilleuse personne. Certains rêves nous conduisent dans d’immenses palais ou des paysages extraordinaires. Tous les rêves ne sont pas beaux ou joyeux. Certains sont bizarres. Tous ces rêves resteront des secrets enfouis au fond de nous-mêmes. Certains nous conduiront jusqu’à notre réveil et nous transformeront. D’autres nous réveilleront, parfois en sursaut et donneront un goût étrange à notre journée. Nous essaierons de ne pas les oublier, mais ils s’enfuiront. Nous essaieront de les retrouver, mais ils s’échapperont. Nous essaierons de les raconter mais personne ne pourra vraiment les comprendre. Les rêves sont des mystères dont nous cherchons la clé.
Alors Unique glissa. Ou plutôt ce fut comme si son lit douillet, où elle se sentait si bien, protégée au chaud entre les deux gros oreillers, ce petit lit glissait dans la nuit, volait sans bruit ni heurts dans l’immense ciel étoilé, laissant la chambre, la petite maison, la forêt… L’air était tiède. Le lit glissait, s’élevait de plus en plus haut. Unique n’avait pas conscience de rêver. Elle ne bougeait pas, le lit l’emportait. Elle n’avait pas besoin d’ouvrir les yeux, de se pencher, le lit lui montrait. Elle vit de haut comme jamais la petite maison aux volets rouges, son toit, sa cheminée comme elle n’avait pu les voir de haut. Elle vit la forêt, devinant le chemin qu’elle avait parcouru et qui semblait bien long. Elle ne vit pas l’Ogre endormi sous un rocher, le loup caché sous un buisson, ni le corbeau dans le trou d’un grand chêne, le lit s’était élevé si haut… Mais elle reconnut son village et put voir à travers les fenêtres à la lumière de la lune, Poucet et ses frères qui dormaient et surtout dans la maison de ses parents, Timide caché sous son oreiller, Flemmard endormi une tartine à la main et ses deux parents qui portaient de drôles de bonnets de nuit.
Le lit s’éleva encore, plus haut, elle devinait la courbe de la terre, il redescendit un peu et survola une ville dont nombre de lumières étaient encore allumées… Elle admira des monuments, des fontaines, de grands immeubles, des tours… Le lit la rapprocha soudainement d’un vieux bâtiment où elle vit à travers une fenêtre, un garçon qu’elle ne connaissait pas, dormant, dans son grand lit, un sourire sur les lèvres… puis le lit s’éleva dans un mouvement rapide et soudainement elle découvrit à la place du ciel étoilé, l’immense visage de son grand-père qui se penchait sur elle. Le lit parut immobile un instant, au milieu du ciel sous le visage apaisant de Singulier. Le visage disparut progressivement laissant de nouveau place aux étoiles. Le lit redescendit vers la forêt, la maison, la chambre et se posa près du chien qui n’avait pas bougé sur son tapis.
Combien de temps avait duré ce rêve ?
Un rayon de soleil traversa une petite encoche dans les volets et vint éclairer le nez d’Unique. C’est ce qui la réveilla. Elle s’étira. Au pied du lit Vaurien s’était éveillé et frétillait. Il lui fallut quelques instants pour se souvenir où elle était. Elle savait qu’elle avait rêvé, mais elle aurait été incapable de se souvenir de son rêve.
Ce qui l’étonna en se levant, ce fut de trouver une branche de lierre accrochée au pied du lit. D’où cela venait-il ?
Elle ouvrit les volets.
Les oiseaux qu’elle n’avait pas entendus la veille, étaient revenus. Il y avait de la joie dans les bosquets. L’âne lui-même vint la saluer d’un braiment joyeux. La nature vibrait de vie et d’insectes. Le soleil déjà chaud en ce petit matin éclairait la petite maison pimpante avec ses volets rouges. Les animaux montraient tous un bel entrain.
Unique en était contente. Mais très vite elle pensa à son grand-père. Il n’était évidemment pas revenu. Fallait-il l’attendre ou le chercher ?
Elle ne pouvait demander conseil à personne. Elle avait apporté de quoi manger mais même en faisant attention, il n’y aurait pas dans son panier de quoi tenir très longtemps. Et puis, ce qu’elle avait apporté était pour son grand-père. Il y avait des légumes dans le jardin. Mais cela ne suffirait pas. Seul l’âne avait assez de foin pour tenir longtemps.
Unique trouva un peu de café à moudre dans le placard du grand-père. Ce n’était pas sa boisson préférée. Après avoir moulu le grain, elle fit bouillir de l’eau sur le poêle qu’elle alluma avec précaution. Unique était toute à ses questions. C’était des questions de grande personne. Il faudrait s’organiser. Choisir. Décider. Partir ou rester ? Chercher le grand-père ou l’attendre ?
Elle tenta d’imaginer ce que son grand-père aurait décidé.
Unique qui était sage, se dit qu’il fallait accepter de ne pas tout savoir, de ne pas avoir toutes les réponses à ses questions. La disparition du grand-père était un mystère. Avoir trouvé les volets clos et la maison fermée, un mystère plus grand encore.
Tout en réfléchissant, elle trouva une petite boite contenant quelques morceaux de sucre à côté du café. « Mais où Grand-père range-t-il ses petites cuillers ? »
C’était dans le grand tiroir du gros buffet. Elle eut du mal à l’ouvrir. C’était un buffet très ancien, de bois lourd.
Elle trouva une cuiller. Tout en s’emparant d’elle, son regard fut attiré par une enveloppe, déposée juste à côté des couverts.
Quel drôle d’endroit pour ranger son courrier ! En se penchant un peu, l’enfant découvrit que son prénom était écrit sur l’enveloppe.
Un courrier pour elle ? Ici ? Dans ce tiroir ?
C’était bien étrange.
Si j’avais trouvé une lettre à mon nom dans un tiroir, croyez bien que je l’aurais ouverte sans tarder.
Ce n’est pas ce que fit Unique.
Unique prit l’enveloppe d’une main, son petit bol de café de l’autre et alla s’asseoir sur le petit banc de pierre devant la maison, exactement comme l’aurait fait son grand-père.
Le soleil chauffait dès le matin le petit banc judicieusement placé.
Elle déposa l’enveloppe à côté d’elle tout en admirant la nature autour, le petit chien se frottant à ses mollets et l’âne venant tout près mâchonnant un brin d’herbe. Elle but tranquillement son café, l’enveloppe posée juste à côté d’elle avec son prénom écrit en grosses lettres.
Elle déposa le bol puis attendit un long moment.
Elle savait que c’était une lettre importante.
Elle ouvrit l’enveloppe délicatement et reconnut l’écriture de son grand-père.
Ma chère Unique,
Tu dois t’étonner de cette lettre. Je l’ai un peu cachée pour que tu prennes le temps de te reposer. Tu dois être surprise que j’aie deviné que ce serait toi qui viendrais m’apporter un panier de victuailles. Je me doutais bien que tes parents étaient occupés par leur travail à la crèmerie, que ton grand frère le serait trop à se reposer et que ton petit frère n’oserait jamais franchir le seuil du village tout seul. Je les aime beaucoup, mais cela me réjouit que ce soit toi qui sois venue. Je sais que tu es assez débrouillarde et si tu as rencontré des dangers en chemin tu as su les déjouer. J’ai toujours eu confiance en toi.
J’imagine ta déception de ne pas me trouver en arrivant à la maison. Comme tu l’as constaté j’ai préféré fermer la porte et les volets. L’âne est assez malin, je suis certain qu’il t’aura aidée à rentrer. Quand on devient un très vieux monsieur comme moi, on a de l’expérience, on se doute un peu de ce qu’il va se passer.
Tu dois vraiment te demander ce que je veux te dire dans cette lettre.
Il y a trois choses :
La première est de dire à tes parents, à tes frères comme à toi-même, que je vous aime beaucoup. Ce n’est pas parce que j’habitais loin de vous que je ne pensais pas à vous tous les jours. Mais j’ai toujours vécu ici avec ta chère grand-mère. C’était une personne vraiment particulière Spéciale. Tu es Unique mais certainement tu partages avec elle cette belle résolution, ce courage et tu dis les choses. Comme tu t’en doutes, je l’ai aimée énormément, c’était l’amour de ma vie, elle m’a permis je crois d’être un homme bon, qui ne fasse pas de mal.
La deuxième chose, est de ne pas t’inquiéter de mon absence. Je suis là où je dois être. Nous avons passé de beaux moments ensemble, je t’aime énormément. Ne l’oublie jamais. Et j’ai l’orgueil de penser que tu m’as toujours bien aimé et que tu as su m’apprécier. Notre bon amour, cette belle amitié, ce respect partagé, nos rires aussi, rien ne pourra les effacer ! Comme je suis fier de toi ! Je sais que tu ne te laisseras pas faire, que tu choisiras toujours ton chemin. Là-dessus tu as toute ma confiance !
La troisième chose : je ne possède pas de fortune. Juste cette petite maison, le jardin, le petit âne. Je sais bien que tu es jeune, mais je voudrais que tu t’en occupes. Tu pourras la transformer, l’agrandir, changer les meubles, y faire ce que bon te semble, mais cela me plairait de te la confier comme de veiller sur l’âne bien sûr. Il est encore vaillant quand il ne se gave pas de salades par gourmandise ! Bref, elle est à toi cette petite maison. Je sais que tu accueilleras tes frères s’ils ont besoin d’un toit. Autre chose, ça ferait presque une quatrième : tu vas trouver dans le deuxième tiroir du buffet, deux grands cahiers l’un à la couverture bleue, l’autre à la couverture rouge. Dans le deuxième, tu pourras si cela t’intéresse, y lire l’histoire de ma vie. Tu seras surprise là aussi ! Je n’ai pas toujours été un vieux monsieur ! Dans le premier, le bleu, tu verras que les pages sont blanches. C’est ton cahier. Je voudrais que tu y écrives ta vie. Peut-être qu’un jour d’autres aimeront lire ce cahier bleu ?
Unique, tu l’es. Je sais que tu peux comprendre tout cela. Surtout ne sois pas triste, pense à toi-même, trace ton chemin et fais le bien.
Je t’embrasse mille fois et plus encore.
Ton grand-père : Singulier Dubois.

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