Pour le 800e article publié ici, je veux saluer un nouvel ami extraordinaire. Je ne lui rends pas visite autant que je le voudrais, mais son enthousiasme, son accueil et son sens de la communication à chaque fois me frappent et me touchent.
Je ne sais pas son nom
C’est une rencontre de hasard. Je le connais depuis quelques mois maintenant. Il vit seul sur le causse. Je n’ai pas l’impression que sa solitude soit choisie. Quelque soit l’heure, son accueil est toujours enthousiaste.
Lorsque je vais chez lui, la route est étroite. Je prends soin de me garer sur le côté. Je laisse le chien dans l’auto car il en a un peu peur, alors qu’il n’y a pas de raison.
Je n’ai pas besoin d’appeler, il me voit de loin. J’ai déjà vu heureusement des personnes contentes de me retrouver et m’accueillir avec sympathie, mais lui, sa façon d’accourir en laissant exploser sa joie, est juste phénoménale.
Au début, ça pourrait presque faire peur… puis lorsqu’on se retrouve, il communique paisiblement, avec les yeux.
Cette intelligence sensible, comment y résister ?
Voilà quelqu’un juste content que je sois là, qui ne me demande pas de compte-rendu et ne m’adresse même aucune espèce de reproche de l’avoir négligé depuis autant de semaines.
Forcément, même s’il jouit ici d’un bel espace pour lui tout seul, on se demande quelle idée est passée chez ses propriétaires… Pourquoi posséder un âne si c’est pour le laisser seul ?
Dans les fermes de la vallée, nombreux sont à avoir des ânes. Ils sont en général près des maisons qu’ils surveillent mieux qu’un canidé faisant entendre leur braiement loin à la ronde si une personne s’approche. Ils sont loin d’être tous aussi accueillants que mon ami.
On dit que les ânes savent reconnaître les humains. J’ai l’orgueil de penser que c’est le cas.
Tristesse de la séparation

Je n’avais pas mesuré cependant sa capacité à s’attacher, son besoin de compagnie.
Comme à l’habitude hier, nous avons parlé un moment. Sa façon d’agiter les oreilles montre son attention. On dirait qu’elles traduisent à son cerveau tout ce que je prononce.
Je ne comprends pas pourquoi l’homme a dit tant de bêtises à propos des ânes. Animal paisible, dans son groupe pas de dominant hargneux. La tendresse, il s’y retrouve et sait en dispenser.
Au moment du départ, de l’autre côté de ce fichu fil de fer barbelé, alors que je commençai à partir, il me suivit. Il y avait du « reste encore un peu avec moi » ou du « je viendrais bien avec toi »… Si je revenais un peu en arrière, pris de culpabilité, il s’approchait de nouveau frémissant.
Je suis resté accroché à son regard et lui ne me lâchait pas…
L‘âne-ecdote est presque stupide. Nous ne devons notre amitié qu’à l’in-âne-tendu … J’avais beau bredouiller des jeux de mots idiots au volant j’étais aussi triste que lui et touché par sa sincérité.
Je peux dire que cet âne est mon ami et que notre amitié est de ces amitiés pures parce que désintéressées… C’est aussi une relation duelle, de lui à moi avec sa part discrète, sa part secrète, sa part intime et mystique.
Je reviendrai sûrement pour cette joie du retour, tout en sachant d’avance le déchirement du départ.
Tout le dilemme est là : faut-il aller retrouver quelqu’un au risque de le laisser triste en le laissant ? Ce qui le fera tenir, est-ce que ce sera l’espoir des retrouvailles futures ?
L’homme est-il le seul à se laisser envahir par l’angoisse du départ et de la séparation au lieu de goûter la douceur du moment présent ? Nombre d’animaux semblent vivre cela.
Beauté des liens entre être vivants, la même vie qui coule en nous et nous unit.

Un mot en retour ?