Au début j’ai pensé que nous ne serions pas nombreux. Puis ça s’est rempli. Était-ce le temps orageux ? Malgré la présence des lycéens, il y avait là quelque chose de doux amer et de désabusé, comme le sentiment d’une partie perdue d’avance.
Perdre un trentième et faire le plein, pas évident
La grève ça coûte. Le trentième perdu, le prix à la pompe dément.
Pour beaucoup manifester c’est faire plus de trente kilomètres, passer les ponts, s’organiser ou pas, covoiturer, prendre le bus. Aller manifester c’est plus que le temps de la manif.
Les médias présentent souvent les manifestations dans les grandes villes. À Paris c’était toujours plus facile. En Province, dans les petites préfectures comme Cahors, il faut trouver le bon circuit, pas trop court, pas trop long. Il n’y a pas de grands leaders. Ça marche en musique, des textes sont lus, pas toujours audibles, le cortège avance de nouveau. Les gens sont sages, l’été les a rincés. Pour quelques lycéens, c’est la première.
Un petit garçon complètement touchant, j’ai cru me voir autrefois, avait écrit sa pancarte avec son orthographe. Et des idées justes. Humaniste en herbe, il marchait en avant de ses parents, assumant ses convictions. Trop fier. L’espoir c’était lui.

Revendiquer
Les retraités voudraient bien ne pas trop perdre, les lycéens qu’on prenne soin d’eux en ne les laissant pas mourir dans leur bouilloire thermique, les AESH rêvent de reconnaissance, les fonctionnaires des impôts qu’on rétablisse un impôt justement réparti, et le point d’indice il faudrait le revaloriser, et la pression accrue il faudrait la réduire, retrouver de l’humanité au travail.
G m’a raconté. Pour aller travailler, il compte 1h40 à pied car il n’y a pas encore de bus au moment où il doit prendre son service. Il est présent de 7h30 à 19h30. Sa pause, il la fait sur place, il ne peut marcher autant. Arrivé le samedi, il dort beaucoup pour récupérer, alors les loisirs, il n’en a pas tellement malgré le cadre sublime du coin. La pression est forte, ça manque de personnel. Il s’occupe de personnes âgées.
En réalité, les gens auraient beaucoup à raconter de ce réel qu’ils vivent et dont ils ont le sentiment que personne ne parle jamais. Tellement banal n’est ce pas ?
Ici c’est si beau

Même la petite ville est douce à vivre et les campagnes sont dans des paysages magnifiques. On pourrait croire que ce serait plus facile pour les gens dans ce cadre sublime qu’ils aiment. Mais le prix à payer est de pouvoir se soigner, se former, trouver une école proche et surtout une activité. Le tourisme et l’agriculture ne font pas tout.
Paris est loin. Le budget, des chiffres éloignés de leurs besoins et de leur réalité.
Si je viens là, dans ces manifestations, c’est par solidarité, pour me rassurer sur le fait qu’il existe encore des militants, en général à gauche, des gens divers, qui s’engagent.
Je suis rentré mélangé de respect, d’empathie et de tristesse à cause du sort qu’on leur fait, mélange de surdité et de mépris.

Un mot en retour ?