Quand as-tu fait ton coming-out ?


Les drapeaux gays

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7–10 minutes

Je parlais hier de la pride rurale à venir par ici. Et la question n’a pas tardé sur le quand et le comment j’avais fait mon coming-out. Je ne me suis jamais posé la question de le faire, pratiquant la politique du fait accompli.

Dans la réalité, je ne me suis jamais posé la question à moi-même

Petit, le discours familial ne m’a jamais projeté dans l’idée de me marier un jour avec une femme et d’avoir des enfants. En réalité je pense que l’entourage attendait sur ce sujet comme sur les autres que je fasse mes propres choix et expériences.

J’ai eu la chance de ne jamais sentir sur moi le poids d’un jugement familial ou d’attentes à ce sujet.

Petit garçon et encore adolescent, j’étais très amoureux de filles. C’était très romantisé. En sixième, je fus convoqué chez la principale du collège. J’avais écrit une jolie lettre à une certaine Nathalie. Son père était tombé dessus et comme la lettre avait été trop bien écrite à ses yeux pour être celle d’un enfant de même pas dix ans, il avait accusé mes parents d’avoir tenu ma plume. Sous ses remontrances, la principale était en réalité amusée mais avait calmé mes ardeurs littéraires.

Amoureux de filles, je me souviens avoir beaucoup aimé voir un garçon de mon âge, ami de la famille, me rejoindre dans mon bain vers six ou sept ans. Je le trouvais joli.

J’ai joué aux petites voitures, mais beaucoup aux poupées. Avec Sylvie on jouait au papa et à la maman. J’étais le papa et je crois bien qu’on se faisait des bisous avant que je parte travailler.

Un peu plus tard, je crois bien encore que je me suis amusé de temps en temps à jouer à la princesse et à porter des robes ou m’en fabriquer avec de grands tissus.

Avant même d’être attiré par les garçons, j’ai découvert avec surprise que je les attirais. Il y eut dès le cours moyen des amitiés intenses. Deux fois j’ai été amoureux de filles dont les frères se rapprochaient de moi… À partir de la classe de cinquième, j’eus droit à de fréquentes avances, rarement faites dans la dentelle. Dans un petit collège de Haute-Provence où je venais d’arriver, un groupe de troisièmes m’avait un jour coincé dans le foyer des élèves pour me demander si j’allais être interne. « — Parce que si tu es interne, on va tous te passer dessus… » Je n’étais heureusement pas interne mais je fis assez vite du refus scolaire.

Dans le deuxième collège où l’on m’inscrivit plus tard, je reçus une première déclaration d’amour de Frédéric. Il me la fit avec une délicatesse et une tendresse immense qui contrastait avec les manières rustres précédentes. Mais il était allé un peu vite et je lui mis une gifle, genre « — je ne suis pas celui que vous croyez. » Je la regrette encore. Plus tard, ce fut lui qui nous défendit courageusement quand un harceleur nous poursuivit nous agonisant d’insultes homophobes sur le terrain du stade. « — On est peut-être des pédés mais en attendant c’est toi qui bandes ! » avait-il lancé au garçon trahi par son survêtement. Je n’avais rien vu. J’ai toujours eu ce côté « jeune âme », un peu naïf. Mais là aussi, c’était étrange, il nous insultait tout en étant attiré. Le dit gars tourna casaque et nous laissa tranquilles à jamais.

Vers treize ans, j’avais bien vu que certains copains m’attiraient et voir en eux les signes de la puberté qui se manifestaient aussi chez moi était un trouble immense. Dans ma famille, je racontais tranquillement qu’un jour j’aurais une femme et un amoureux et des enfants. Je ne nous voyais pas en trouple, le mot n’existait pas, mais j’avais une sorte de conception du harem bisexuel et du polyamour. Le seul ennui c’est que ma conception théorique n’incluait pas du tout de m’interroger sur qui pourrait me suivre avec bonheur dans un tel projet.

Si ma mère jamais ne discutait de choix ou même d’homosexualité, elle veillait à expliquer et m’informer. Il y avait chez Nathan une collection de livres précis, très ouverts et explicites qui me permirent de comprendre notamment les questions relatives à la contraception… Il devait y avoir juste un paragraphe sur l’homosexualité, plutôt ouvert de mémoire…

Mais en réalité, jamais je ne me suis inquiété de mes préférences, de mes choix intimes, ça n’a jamais été une véritable question. J’étais plus préoccupé de savoir si l’autre m’aimerait…

14 ans à la fin de la troisième

C’est à cet âge là que j’ai jeté mon dévolu sur un garçon de ma classe. C’est amusant longtemps je me suis dit que c’était 15, mais non j’ai eu 15 ans en décembre, donc en seconde. Nous avions un mois d’écart. Laurent était beau, très doux, sportif avec un côté apaisant. Nous nous entendions bien. Faisant fi de toute timidité, je lui proposais des vacances chez ma grand-mère. Ce n’était pas très loin, luxe suprême, il y avait une piscine. Il accepta. J’étais subjugué et il ne devait pas être indifférent. Arriva ce qui devait arriver. De jolies vacances et je pense que mes grands parents n’étaient pas aveugles…

Comme il faut un versant triste, le lycée nous sépara.

Il revint vers moi à 18 ans. Toujours beau et avec des intentions sans équivoques et tout tendre, mais c’est moi qui le repoussai alors, un peu effrayé. Quel idiot !

La pression sociale

Car si dans ma famille, la question ne s’est jamais posée, si je n’ai jamais eu à avouer quoi que ce soit (avouer c’est quand on est coupable), la pression sociale est venue assez vite.

Pour présenter le concours d’élève-instituteur, j’avais dix-sept ans, il fallait obtenir un certificat de bonne moralité du maire de la commune. Si dès 1791, les révolutionnaires français abolirent le crime de sodomie qui pouvait conduire les homosexuels au bûcher, il fallut attendre 1982 pour que la gauche mette fin à la discrimination qui donnait la majorité sexuelle dès 15 ans aux hétérosexuels et à 21 ans pour les homosexuels. Sans que jamais on ne me dise rien, j’avais compris qu’il fallait « la jouer discret ».

L’époque était donc dans ce paradoxe où le giscardisme finissant se traduisait par une certaine permissivité tout en restant une période d’ouverture : majorité à 18 ans, droit à l’avortement… et en même temps restait un poids. Y compris sous la gauche, la police continuait d’aller tabasser les homos sur les lieux de rencontre.

Premier couple

Nonobstant, je n’avais pas 22 ans quand je me mis en couple avec un garçon assez charmeur et exubérant pour que « ça passe ». Cela secoua un peu ma propre vie et certaines de mes représentations, mais je n’eus rien à dire de particulier, c’était ainsi à la fois visible et non discutable.

Paris

Un peu plus tard je quittais la campagne pour Paris. La grande ville permit assez vite de m’installer en couple. Personne sur mon lieu de travail ne m’interrogeait sur ma vie privée. La tolérance était de mise, je ne me suis jamais senti en insécurité.

J’ai déjà évoqué que je n’avais pas apprécié être la « caution gay » d’un employeur. Dans ma famille, une tante que j’aimais beaucoup m’accueillait souvent à sa table. Elle revendiquait presque avec sourire que je sois « gay » ce qui m’agaçait un peu, non que je veuille le cacher, mais parce que je n’aimais pas ce terme ni cette étiquette d’emblée… et puis lorsque d’autres garçons gays voyaient là comme une « ouverture », c’était plutôt un truc qui me repoussait.

Adaptatif

Plus tard, un inspecteur général me posa des questions sur ma vie privée au moment de mon entrée dans de nouvelles fonctions. Je le savais très marqué à droite et je restais donc assez elliptique et évasif. Quand je fus pacsé, mon administration le sut. Mon pacsé de l’époque passait au bureau sans que cela ne fasse de vague. Je n’ai jamais rien eu à expliquer.

Je me souviens avoir été amusé quand une enseignante crut pouvoir jouer de « ses charmes » lors d’un rendez-vous et j’allais alors ouvrir la porte. Elle ne savait donc pas…

C’est pas une obligation

On m’a souvent posé la question : j’ai toujours dit que ce n’était pas une obligation. Pour moi, c’est aux autres de s’adapter et pas à la personne d’expliquer ou de se justifier. D’ailleurs j’aime des garçons, pas tous, j’ai aimé des personnes très différentes les unes des autres aussi bien socialement que par leur psychologie.

Il n’est pas utile de s’exposer en terrain défavorable et il faut que les choses soient alignées. Ce n’est pas l’homosexualité qui est un problème mais la société. Je joue donc l’affirmation tranquille.

La transparence n’est pas une obligation. Je vous passe les poncifs et les âneries dites au sein même de la pseudo communauté où nombre de préjugés continuent de circuler nourris par exemple par certains sites de rencontres.

Les étiquettes fleurissent : pansexuels, skoliosexuels, bisexuels… Je crains que tout cela n’assèche souvent la possibilité de la véritable et rare rencontre d’autrui et m’inquiète toujours quand l’autre se trouve objectivé.

Et puis il faut avoir le courage de ne pas être aimé. En revanche, je n’accepterai aucune humiliation ou remarque ou agression.

Mais je crois que faire son coming-out n’est en rien une obligation, parce que si celles et ceux qui comptent pour vous vous aiment, iels le savent déjà.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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2 réponses à « Quand as-tu fait ton coming-out ? »

  1. Avatar de Matoo
    Matoo

    Ah moi je pense que c’est une obligation, mais c’est très difficile, toujours. C’est une merveilleuse chose pour soi et pour la société. 🙂

    1. Avatar de Vincent Breton

      C’est un débat. Je pense que chacune et chacun est libre d’aviser. Un de mes amoureux a failli être tué par son père en l’ayant fait. J’ai eu la chance de n’avoir pas besoin de le dire et si des personnes ne savent pas (par exemple dans le monde professionnel), je considère que ça ne les regarde pas. Je crois que souvent s’affirmer simplement sans avoir ni à se cacher ni à raconter rend les choses plus simples et faciles. Je vois des jeunes gens qui se tourmentent de savoir quand le dire à leurs parents. Eh bien, ils n’ont rien à dire, ils invitent leur ami ou leur amie sans avoir à se justifier. Et s’ils sentent leurs parents incapables de vivre ça… il faut en tirer les conséquences… ce n’est pas au jeune de gérer l’anxiété de la révélation. C’est l’entourage qui doit gérer sa propre capacité à aimer inconditionnellement.Il n’y a pas à se mettre la pression pas plus que si la personne aimée a les cheveux bleus ou la peau verte.

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