Les médias ne semblent pas parler beaucoup de ce film. Son humanisme, sa générosité et son approche originale de la Grande Guerre méritent d’être soulignés. Et si cette histoire là finit bien, c’est pour placer l’espoir devant. Un film qui peut être vu avec des jeunes et devrait engager au dialogue.
Ces paysans arrachés à leur terre
En Aveyron où je vis comme dans nombre d’autres campagnes, les monuments aux morts parlent d’eux-mêmes. Les paysans ont payé un lourd et terrible tribu à la guerre de 14. Les scènes du film ont été tournées dans l’Yonne et je crois les Ardennes Belges. Mais nombre de campagnes étaient concernées.
Ce n’étaient pas l’élite bourgeoise qui se retrouvait en première ligne.
Inspiré d’un roman de Jean Pompougnac, l’histoire nous fait découvrir Justin, « un pauvre paysan » analphabète ayant échappé à l’État civil et qui vit quasiment comme au Moyen-Âge.
Les gendarmes et le curé vont l’arracher à sa ferme pour aller combattre dans une guerre qu’il ne comprend pas. Qui est l’ennemi ? Les allemands qui lui offrent le champagne, ou ces hommes « à la peau noire de partout ». Les tirailleurs sénégalais ont payé eux aussi un lourd tribu à cette guerre. Le film évoquera les mutineries, les condamnations à mort, les débuts de la Presse.
Pour rester accessible, le film plonge dans l’univers de la guerre sans s’achever dans la noirceur. Le rire est là, les officiers sont ridiculisés ce qu’il faut et on pourra pointer un peu de manichéisme et d’optimisme pour que l’épopée nous touche et nous emporte sans nous désespérer. L’amitié entre deux hommes qui n’aurait pas dû se rencontrer file gentiment le film. On s’y donne et redonne la médaille du courage.
Des acteurs convaincants
Je ne connaissais pas Alban Ivanov. Quelle présence ! Il parvient à incarner son rôle en conservant l’humanité du personnage sans jamais le ridiculiser. Ne pas savoir lire, ne signifie pas être idiot. Il évite en cela l’écueil dans lequel sombra souvent Fernandel dans le même type de situation. Son fils dans le film (celui de Justin) incarné notamment par Léo Torreton sait également se montrer touchant. Birane Ba pensionnaire de la Comédie Française est juste épatant et n’a pas fini de nous épater. Alexandra Lamy efficace, garde la bonne distance.
Éric Barbier, le réalisateur a su prendre le temps de s’attacher à tous les seconds rôles comme aux nombreux figurants, aux décors. Son frère Renaud tient la partition avec élégance et efficacité.
Le travail est impressionnant de méticulosité. C’est écrit, c’est pensé, le message est clair et en nos heures sombres tombe à pic.
Les snobs et les critiques parisiens ne seront pas touchés
L’élite va finasser. Les pétainistes aussi (tant mieux). Bien sûr que le film condense à lui seul nombre de thématiques qui mériteront d’être éclairées en relisant quelques livres ou en dialoguant. Une fiction n’est pas un cours exhaustif ni un documentaire. C’est un ressenti, une approche sensible.
S’il ne faut pas mettre le roudillou avant les bœufs, voilà un joli film qui mérite le succès.

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