Je ne vais pas vous résumer l’histoire de « Murmuration » le roman de Sylvie Germain. Ce ne serait pas seulement déflorer le sujet, ce serait laisser en retrait l’écriture, son acuité. Plus que l’histoire, il y a sa poésie présente dès les premières lignes. Depuis toujours avec Sylvie Germain une façon de jouer de l’ombre et de la lumière, de venir toucher la gravité avec justesse, celle de l’apparente simplicité enfantine. La tristesse n’y est jamais loin de la joie. Le Mystère et la question du sens affleurent sans peser dans un livre dont chacun·e fera sa lecture.
Touché, en refermant le livre j’ai pleuré
La pudeur de Sylvie Germain, son talent, est de savoir ne pas nous écraser avec la voix de l’auteure mais que la narration prenne assez de hauteur justement pour viser juste dans l’intimité de la lecture.
Trop d’auteurs à la mode, trop vus dans les médias, se montrent à chaque page. Quand on lit Sylvie Germain, nous savons qu’elle tient la plume mais c’est l’histoire qui commande et les personnages. Comme elle le dit dans une émission de France Culture, on voit parfois trop comment les personnages sont manipulés par l’écrivain notamment quand iel a du métier et sait où iel veut nous conduire.
Sylvie Germain laisse à ses personnages la possibilité de prendre de l’ampleur. Elle tisse l’ambiance, elle dessine le climat et alors, elle peut s’adresser à la lectrice ou au lecteur.
Confidence pour confidence, à lire ces pages, je me suis senti assez concerné parce que Sylvie Germain vise juste et pointelà où ça fait mal. Pas pour blesser, pour révéler. Mais la fin abrupte du roman, il m’a fallu l’assumer comme si elle était venue dire :
« et maintenant que vas-tu écrire ? »
Ce serait mal comprendre le texte que de penser qu’il s’agit seulement de l’histoire d’un écrivain qui ne comprend pas comment renouer avec le succès et qui n’aurait pas su vivre avec les personnages de sa vie pour créer ceux de ses romans.
Les critiques et moi n’avons pas lu le même livre
Les appréciations sont toutes gentilles, le livre a été aimé. Mais combien semblent ne pas avoir lu le même livre que moi ? Je suis las de ces critiques scolaires, convenues, qui confondent jolis mots et poésie. Je vais être prétentieux en regrettant que nombre de ces lecteurs professionnels n’aient pas vu en quoi le texte est beaucoup plus subversif qu’on ne voudrait le croire.
Oui, c’est une histoire d’auteur. Mais il est question de personnages que l’on invente, de personnages que l’on croise et de ce qui s’écrit et se mêle en nous, dans notre histoire intime, presque à notre insu.
Il est question aussi de responsabilité, de ce que nous faisons de nos créations, de ce que nous créons de nos rencontres, ou pas.

Celles et ceux qui connaissent déjà Sylvie Germain depuis Le Livre des Nuits et tant d’autres, n’auront pas besoin de moi pour y aller.
Je crois qu’avec Murmuration, chaque âge y trouvera son compte, parce que c’est l’histoire d’une vie.
Si vous ne connaissez pas Sylvie Germain entrez par ce livre ou celui que vous voudrez. C’est un peu comme une marche en forêt, faite de sensations, d’odeurs, de fraîcheur, de clairières ouvertes, de craquements, de frissons et de bruits d’oiseaux.
- Les premières pages trouvées sur Internet
- Le lien sur l’émission de France Culture titré justement « parfois les personnages nous apportent des nouvelles de nous-mêmes » où l’on entend l’auteure parler du livre.
PS : pour l’anecdote, quand il est question d’un chien dans certaines pages du roman, j’ai aimé, comme une mise en réseau pleine de sérendipité, retrouver des points en communs inattendus avec le chien de Cédric Sapin-Defour dans « Son odeur après la pluie ».
PS2 : un livre s’achète en librairie !

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