Jolie foule au festival en bastides. Trop de monde pour pouvoir assister au premier spectacle, mais j’ai pu découvrir Maria Caillasse à Rieupeyroux. La célèbre diva, évincée de l’Opéra pour mauvaise conduite a trouvé refuge au théâtre des cerises. Elle meurt si bien Didon et les airs d’Opéra ont plu aux vieux, aux enfants, aux bébés.
La foule

Sur le dépliant de présentation, il est conseillé de venir s’installer au moins quinze minutes avant le début du spectacle. Tu parles, la foule impatiente est là bien avant. Le premier spectacle, visuel, étant inaccessible, je me suis rabattu sur la pelouse derrière l’église pour attendre le suivant.
Populaire et mélangé
Ce n’est pas comme à Figeac où les vieux bourgeois ayant payé leur place s’affichaient dans leur égoïsme bien assis sur leurs coussins. Là, le public est mélangé. Mélange d’âges, de genres, de conditions… Des habitués, des gens du pays, des touristes. Des avec pliant qui bouchent la vue, des avec tapis, coussins, sans rien ou ce joli truc compliqué avec dossier intégré qu’on installe au sol. Le garçon à cheveux longs manqua de se coincer en l’installant, mais se mit bien confort en ôtant ses sandales de cuir. Joli pied grec !
Ici, sans chichi on s’installe, on se serre, on veut voir du spectacle et le public est acquis d’avance aux artistes. Ça va chanter, ça va commenter. Même les bébés sont sensibles à l’ambiance et dansent sur les airs.
Symbiose joyeuse, oubliées les peurs du confinement, rassurante bonhommie et douceur, loin des aigris de la télévision, du ressentiment des réseaux sociaux.
La chaleur revenue, une bouffée d’air a soufflé son haleine comme pour ajouter un tourbillon affectueux. L’Église imposante de Rieupeyroux se faisait discrète.

La Diva
Elle nous apporte ces airs d’Opéra que tout le monde connaît. Dérision tendre. Mathilde Clavier sous ses airs désabusés est toute attentive à son public. L’artiste a déjà chanté un peu plus tôt dans l’après midi. Elle tourne la manivelle d’une machine étrange accrochée sur son ventre pour faire entendre l’orchestre. Thomas Cannone et sa scie musicale joue les monsieur Loyal. Ils viennent du pays nantais. Leur équipage léger rappelle ces troupes qui autrefois allaient de village en village en ces temps où le théâtre allait là où les gens étaient. Magie d’une poésie qui s’allume dès que le spectacle commence.
Entre les airs ou s’interrompant, la Diva n’hésite pas à commenter les paroles et désacraliser ces grands airs. À l’Opéra on meurt dans 90% des cas… La mort de Didon interprétée à la mort aux rats dont on nous donne la recette mortelle était bien mousseuse. Elle a fait se lever la petite fille à côté de moi… Le public jubilait.
Se souvient-on qu’au départ l’Opéra était populaire ? À l’Opéra de Vienne on peut encore pour pas cher aller l’écouter debout. Enfin je crois, ç afait un moment que je n’ai pas vérifié.
Pour les uns bonheur des souvenirs revivifiés, pour les enfants des « airs qui disent quelque chose » et puis d’autres, et puis ce travail qui consiste à s’emparer des grands airs pour les redonner aux oreilles qui les méritent.
Peut-être un ou deux disques ont ils été sortis au retour des familles, peut-être un adolescent sera-t-il allé chercher « Didon et Enée » et par la porte de ce spectacle débonnaire aura ouvert son horizon ?
Mathilde Clavier va parfois dans des collèges initier le jeune public.
Ces artistes qui montrent la voie
Ils viennent avec leur fragilité, comme hier nos marionnettes à taille humaine. Ils nous montrent nos propres imperfections, nous invitent à les dépasser pour nous accepter et nous réunir. Ils proposent l’expérience féconde des retrouvailles. Chacune et chacun est venu là, dans ses différences, sa singularité, sa propre drôlerie…
Je crois que j’ai autant aimé le spectacle que ce qu’il déclenchait parmi les enfants et les jeunes. Ce jeune garçon qui interrogeait sa mère pour avoir confirmation… Mozart est mort à trente ans ? En réalité, c’était un peu plus… mais l’enfant se souviendra qu’il est mort jeune. Ce bébé qui dansait dans les bras de son père. Ces deux ados qui ne se lâchaient pas des yeux. Ces grands mères surprises : « elle a de la voix ! »
La Diva a chanté sans micro. Il faudrait rappeler à nombre d’artistes que le micro n’est pas obligatoire, qu’on s’en est passé.
Et je suis rentré par des routes incroyables déliant leurs lacets à travers le Causse. Une lumière douce, des cyclistes qui soufflaient dans la montée, un chevreuil qui bondit juste devant l’auto.
À ce moment là, le Rouergue est le plus beau pays du monde.

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