L’improvisation peut prendre mille formes. Il suffit d’oser. Qu’il s’agisse d’une escapade brève, de prendre le chemin des écoliers, de partir à l’aventure, j’ai toujours aimé l’art de la fugue et j’en ai été récompensé.
Petit déjà
Gamin, je me suis échappé de l’école maternelle pour explorer tout seul, petit blondinet, la capitale de l’Iran dont on parle beaucoup en ce moment. Aux policiers auxquels un vieil homme qui m’avait trouvé me confia, j’ai, dit la légende familiale, raconté que je n’avais pas de papa ni de maman. Ce qui n’était pas tout à fait un mensonge. Dire que je me dépatouillais en farsi et que j’ai tout oublié !
Écolier, j’aimais ne pas rentrer de l’école par le chemin habituel ou explorer les sentes qui se perdaient dans les bois derrière la maison.
Plus tard, quand je séchais les cours au collège, je marchais d’un air résolu dans la ville de Digne. Personne ne me chercha.
Des fugues en 2CV
À dix huit ans, mon permis en mains, ma deux chevaux toute neuve et vrombissante, je partais à l’aventure, un sac de couchage dans le coffre. J’allais le plus souvent sans projet, au hasard des petites routes. Je me perdais en haut des montages, dans le creux d’une vallée. Il n’y avait pas de téléphone portable et peu de cabines téléphoniques.
Je me souviens de m’être réveillé un petit matin dans les brumes auvergnates au bruit des sonnailles d’un troupeau de vaches qui se frottaient à la voiture. Les vitres à l’intérieur étaient envahies de mouches qui faisaient un noir rideau vivant…
Les sous-préfet aux champs
Je n’ai jamais été sous-préfet. Mais il m’est arrivé plus d’une fois de ne pas rentrer tout de suite à la maison après mes tournées professionnelles. Prendre la tangente, dériver au carrefour vers la petite départementale, le chemin perdu.
Et là combien de fois ai-je fait de jolies découvertes. Des paysages incroyables, des maisons en ruine perdues dans les bois. Des prés verts, des sources, l’anse secrète d’une plage difficilement atteignable.
Je crois qu’il y a dans ces escapades un goût de mes contes de l’enfance. Petit Poucet, Hansel et Gretel, Le Chaperon Rouge ou même ma chère Blanche-Neige ont toujours trouvé l’aventure en quittant leur domicile. J’ai ce goût des maisons perdues, des refuges, des coins secrets dans la nature.
Rencontres
Par les petites routes, on croise des marcheurs. Certains tendent le pouce. C’est fou comme des inconnu·es peuvent se confier, se dévoiler. Parfois il faut esquiver ou pondérer certains élans, parfois on accepte le détour.
Plus d’une fois je me suis retrouvé dans des hameaux improbables, des bouts du monde perdus avec de chemins de pierre où il fallait manœuvrer pour faire demi-tour.
Mais pas besoin de partir dans d’autres continent pour avoir le goût de l’aventure.
Hier
Hier encore, j’ai dérogé à ce que j’avais prévu. Comme un appel discret, une petite départementale que je n’avais jamais prise me faisait signe. On ne refuse pas une telle invitation.
Je me suis perdu entre des routes et des chemins improbables, descendant les hanches du causse, traversant des fermes où les chiens éberlués ne savaient plus aboyer, croisé des ânes ravis de me saluer, pour aboutir derrière un château et me retrouver à longer le Lot.
La liberté. Des horizons de causse, de forêts comme un océan sous la lumière du printemps. Si j’étais resté dans mon projet initial, je ne me serais pas forgé de nouveaux souvenirs.
Quand je découvre un lieu nouveau, j’aime y revenir, faut-il encore le retrouver. Y conduire une autre personne n’est pas toujours simple. Tout le monde n’aime pas ne pas savoir où on l’emmène.
Pourtant, quand on ose l’escapade, c’est juste vers une partie de soi-même que l’on ne connaissait pas que l’on se rend.


Un mot en retour ?