Le retour des bandes dessinées près de moi


Les bandes dessinées

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3–5 minutes

Ça m’a pris soudainement. J’ai rapproché près de moi, dans le bureau, les bandes dessinées. Comme un doudou, une madeleine de Proust, le besoin de les avoir sous les yeux.


La ligne claire

Je suis un petit garçon « Spirou ». J’allais acheter le journal le jeudi et je plongeais avec délices dans cet univers joyeux, dynamique parfois un rien subversif mais optimiste et pas violent pour deux sous. C’était le premier hebdo que j’achetais avec « mes sous ». Petit déjà je détestais l’univers grossier des Disney, Mickey et autres affreux ou de Pif qui semblait prendre ses lecteurs pour des imbéciles. Des copains lisaient Rahan ou je ne sais quoi… Je trouvais ça laid et inintéressant.

De la bêtise que fut le mariage de mes parents à la fin des années cinquante,il reste partiellement la collection d’albums de Tintin. Certains sont très abîmés mais portent encore le tampon J.D Breton (mon père ayant acheté un tampon dont il marquait les livres du couple, plaçant son initiale en premier). D’autres ont été remplacés… complétés.

Tout au long de l’enfance et de l’adolescence, j’ai accumulé des Astérix, des Lucky Luke surtout, dont ma mère raffolait… beaucoup d’albums de l’univers lié à Spirou… Gaston et autres…

J’ai découvert vers neuf ans pas mal de bandes dessinées chez ma tante Martine qui en possédait une palanquée dans son appartement de la rue Blomet.

Blake et Mortimer firent leur apparition plus tard. Mon père en possédait. Comme il ne faisait pas de cadeaux, je les ai rachetés de mon côté. Il y a une noirceur dans ces albums, une vision de la femme et de l’ordre plus que contestables, mais j’aimais bien les univers, le mystère, les allusions politiques ou historiques. La collection a été reprise aujourd’hui dans le fil respectueux des premiers albums alors que Spirou en voulant se moderniser est devenu pénible, criard et mal écrit.

Plus tard, il y eut la période Fluide Glacial et l’arrivée par exemple de Sœur Marie Thérèse des Batignolles… mais je suis resté assez sage dans mes choix et goûts. Je n’entre pas du tout dans les univers comme ceux d’Enki Bilal et d’autres approches graphiques que je trouve plus angoissantes et souvent emmerdantes qu’autre chose même si je peux les admirer sur le plan graphique et artistique.

Les disparus

Au fil du temps, des petites mains emprunteuses, ont un rien pillé la collection. Ce n’est pas grave. Il m’arrive aussi, devenant gâteux, de racheter par mégarde des albums que je possède déjà… J’ai toujours aimé voir dans la maison, des enfants affalés dans les canapés ou les lits plongés à corps perdu dans la lecture d’une bande dessinée…

L’heure du goûter

Gamin, adolescent, je pouvais lire et relire plusieurs fois le même album. Je lisais souvent une bédé au retour de l’école ou du collège, pour m’offrir une récréation. C’était associé au goûter. Je me gavais de lait enrichi au Tonimalt ou à l’Ovomaltine (idéal pour engraisser un jeune adolescent).

Ma Dalton fut peut-être ma préférée. Et chez Spirou, « Les héritiers » ou « Le dictateur et le champignon ».

Près de moi…

Elles étaient dans la chambre d’amis ces bandes dessinées. Et de plus un peu trop cachées. Je ne sais quel mouvement m’a pris hier, il fallait les retrouver près de moi. J’ai donc commencé à les installer dans le bureau, les classer, revoir qui manque à l’appel, me souvenir un peu…

Je crois que le journal de Tintin avait pour slogan de « 7 à 77 ans » comme pour souligner combien ce neuvième art peut nous concerner à tous les âges en nous déplaçant dans cet univers onirique étonnant… Il y a du mouvement dans une suite de bandes d’images fixes… Tellement de mouvement que les adaptations filmées ou animées sont souvent des échecs cuisants qui dénaturent l’œuvre en supprimant la part de libre rêverie qu’on pouvait s’accorder en restant sur un dessin, en revenant sur une bulle, en cherchant un détail… Avec Astérix par exemple (dont je ne compris comme tout le monde certains jeux de mots qu’en grandissant) quelle tristesse de voir massacrer les albums dans des adaptations grossières ! La dernière en date vue sur Netflix étant le summum de la laideur et de l’art d’aseptiser toute la finesse des dialogues de Goscinny comme des dessins d’Uderzo…

Mais je m’étonne d’avoir encore aujourd’hui, cette part affective avec ces albums.

Je me vois, gamin, la plupart du temps allongé dans ma chambre, en dévorer parfois plusieurs à la suite… et je crois que je m’évadais vraiment…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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