Les uns heureux parce qu’ils ont gagné le match, les autres attendent la pseudo-élection du Pape, ici on commémore la fin d’une guerre, ailleurs il en naît une autre… Le Pape, la guerre et nous… empêché-e-s de penser, de nous penser. Banale actualité du Monde…
Oui, j’ai bien écrit empêché-e-s !
Si j’ai choisi l’écriture inclusive c’est parce que cette actualité pue le patriarcat. Une bande de cardinaux mâles va choisir un chef mâle, le foot, même s’il agrège quelques supportrices reste affaire de mecs (et de bière) et la guerre à quelques exceptions près, est décidée et conduite par les mâles.
Les Z’hommes ! d’Henri Tachan
Je me la suis chantonnée, la merveille d’Henri Tachan (cliquez le lien pour l’écouter)
Font leur pipi contre les murs
Quelquefois même sur leurs chaussures
Pisser debout ça les rassure
Les z'hommes
Z'ont leur p'tit jet horizontal
Leur p'tit siphon leurs deux baballes
Peuvent jouer à la bataille navale
Les z'hommes
·.
Ils se racontent leurs conquêtes
Leurs péripéties de braguette
Dans des gros rires à la buvette
Les z'hommes
Ils se racontent leurs guéguerres
Leurs nostalgies de militaires
Une lalarme à la paupière
Les z'hommes
Virilité en bandoulière
Orgueil roulé en bandes molletières
Agressivité en oeillères
Les z'hommes
Ils te traiteront de pédé
De gonzesse et de dégonflé
À moins qu'tu n'sortes dehors si t'es
Un homme
Z'aiment les femmes comme des fous
C'est si pervers mais c'est si doux
Enfin quoi c'est pas comme nous
Les z'hommes
Z'aiment les femmes à la folie
Passives muettes et jolies
De préférence dans le lit
Des z'hommes
·.
Z'ont abattu les Tibétaines
Z'ont fricassé les Africaines
Z'ont indigné les Indiennes
Les z'hommes
Z'ont mis le voile aux Algériennes
La chasteté aux châtelaines
Et le tablier à Mémène
Les z'hommes
Excusez-moi mais elle me gratte
Ma pauvre peau de phallocrate
Dans la région de la prostate
Des z'hommes
Excusez-moi mais je me tire
Sans un regret sans un soupir
De votre mafia votre empire
Des z'hommes
À chacun sa révolution
Aurais-je seul'ment des compagnons
Qui partagent l'indignation
D'un homme
À chacun sa révolution
Aurais-je seul'ment trois compagnons
Qui partagent l'indignation
D'un homme
extrait – Paroles de Les Z’hommes © Barclay Eddie Nouvelles Editions
Non seulement Tachan nous manque, mais il nous manque des types capables d’écrire aujourd’hui des textes aussi puissants.
Oppression
C’est un festival en ce moment. Il est vrai que ce n’est pas nouveau, mais c’est l’apogée. Il paraît qu’en vieillissant on s’assagit, on fait des concessions… De Tachan à Léo, la poésie reste un refuge mais peut-elle nourrir un réveil ?
Regarde-la gémir sur la gueule des gens
Avec les yeux fardés d'horaires et de rêves
Regarde-là se taire aux gorges du printemps
Avec les mains trahie
Par la faim qui se lève
Silence sur l’injustice
Je veux bien qu’on célèbre la paix. Pas que l’on nourrisse l’imagerie guerrière pour nous préparer à la prochaine. Cette façon de déposséder les peuples de leur destin sans jamais oser la critique, c’est ça l’indécence.
Si les peuples savaient, osaient, il suffirait de pas grand chose pour qu’ils s’ébrouent et fassent tomber ces chefaillons imbus qui nous imposent leur bêtise.
Dans leur élan, ils pourraient rééquilibrer tant d’injustices.
J’irai jouer au foot lorsque les équipes seront mixtes et s’amuseront de mettre des buts non pour être champions mais pour le plaisir simple du jeu. Que l’on donne les points à la meilleure équipe : celle qui saura se passer le plus la balle et non la confisquer au profit du plus fort ou du plus rapide…
Je regarderai la religion amicalement, lorsqu’il y aura des cardinales, une Papesse… et que personne ne se mêlera de ma liberté d’être qui je veux, de qui je veux aimer, de ce en quoi je veux croire ou non…
Je préfère être révolté que résigné
La défaite ce serait céder au ressentiment. M’isoler plus encore dans le fatalisme. Si la poésie, la vraie, pas celle des trucs jolis qui riment et flattent les convenus, si la poésie donc reste ignorée, reléguée… c’est bien parce qu’elle est révolutionnaire !
Nous n’avons pas besoin de gestionnaires (pour nous commander) mais de poètes. Parce que le poète n’oublie pas l’enfant en lui. Et il a des rêves.
Credo
Je crois en l’homme, cette ordure.
Je crois en l’homme, ce fumier,
Ce sable mouvant, cette eau morte.
Je crois en l’homme, ce tordu,
Cette vessie de vanité.
Je crois en l’homme, cette pommade,
Ce grelot, cette plume au vent,
Ce boute-feu, ce fouille merde.
Je crois en l’homme, ce lèche sang.
Malgré tout ce qu’il a pu faire
de mortel et d’irréparable,
je crois en lui
Pour la sûreté de sa main,
Pour son goût de la liberté,
Pour le jeu de sa fantaisie.
Pour son vertige devant l’étoile,
Je crois en lui.
Pour le sel de son amitié,
Pour l’eau de ses yeux, pour son rire,
Pour son élan et ses faiblesses.
Je crois à tout jamais en lui
Pour une main qui s’est tendue,
Pour un regard qui s’est offert.
Extrait de C’était hier et c’est demain de Lucien Jacques – Ed. Seghers, 2004
Mon pays c’est la poésie !
Jardinier en son jardin, ma matrie c’est la poésie. J’ai bien dit matrie, car je ne me sens pas vraiment de patrie. Si, si, le mot existe !

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