Le feu ne prenait pas. Il arrive parfois qu’il soit absolument impossible de tenir la flamme. C’est affaire d’eau et de souffle qui manque. C’est peut-être aussi le moment que choisit la mort pour se rappeler à votre bon souvenir.
Le feu ne prenait pas
Le feu ne prenait pas
J’avais toutes les eaux du Monde sur les épaules
Mes cicatrices luisaient dans la pénombre
Allumettes brisées entre les doigts
De la cendre sur les lèvres
Le bois restait imperturbable
La fumée âcre
Le feu ne prenait pas
Dans le silence étouffé de la pierre
Tout pleuvait partout
Du dehors et du dedans
Les arbres laissaient tomber leurs fruits amers
Dans l’herbe détrempée
Les cauchemars sortis de la nuit
Envahissaient chaque parcelle de mes muscles
Tout cela n’est qu’un avant-goût de ce que sera la mort
Un jour, le cœur ne s’allumera plus
Déjà les ailes des oiseaux, de mes frères, de mes alliés
Se sont éloignées dans la brume au loin
Un jour, l’eau envahira mes ténèbres
C’est cela mourir, ne plus pouvoir tenir la lampe allumée
Ne plus avoir de barque pour passer
Voir l’eau monter doucement en soi
Dans le silence absolu des amis
Un temps, des machines automatiques répéteront en boucle
Les derniers mots que j’aurai prononcés
Une photo artificielle renverra une image surfaite au sourire figé
Puis tout cela s’effacera doucement
Je n’aurai pas vécu
Je n’aurai pas chanté
Je n’aurai pas laissé mes mains entre tes doigts
Je n’aurai pas caressé l’espoir
Dans la cheminée, le feu n’a pas pris
Trop d’eau, trop de bois dur, trop de fumée
Toute cette pluie n’est qu’une parodie insignifiante
Cela ne s’est pas passé
Cette sensation d’impossibilité quand le feu ne s’allume pas. Toutes les conditions étaient réunies. Mais c’est comme ça. Un jour la flamme ne tient pas. Ça ne prend pas. Ça ne veut pas prendre. On a beau rajouter du petit bois sec. C’est une mécanique imparable. Il faut juste l’accepter et passer à autre chose.

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