La branche brisée


Lune

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2–4 minutes

Juste avant la nuit, juste avant la pluie, nous sommes allés marcher sur le causse avec Galou. C’est à chaque fois un vrai bonheur. Le Chêne, emblème du site, cet ami fidèle, nous attendait et le chien sait que nous allons toujours le saluer. La tristesse, ce fut la branche brisée.


Retrouvailles

Juste à côté des cazelles, vous le reconnaissez. Le Chêne, c’est l’icône du site. Il est en page d’accueil et retrouver sa silhouette au cours de la promenade rituelle c’est à chaque fois une vraie joie, une émotion. Je n’aurais jamais pensé développer une relation affectueuse aussi forte avec un arbre. Comme nous nous connaissons bien maintenant, c’est le Chêne avec une majuscule pour le distinguer des autres.

J’aime sa façon d’être sur le causse, seul, mais accueillant. Il veille sur les dormeurs qui parfois se réfugient dans les cazelles. Il offre son ombre aux marcheurs de Compostelle. Il domine le causse et voit à la fois le Quercy et le Rouergue.

Mystique et magique, fort mais délicat, rivé au sol mais dansant presque avec sa silhouette si bien dessinée… Peu importe le temps, l’heure ou la saison, il est là. Ici, nous ne disons plus « on va à super Cayrou » (qui a inventé un nom aussi laid pour un lieu aussi magique ?) mais, « nous allons voir le Chêne », comme on irait rendre visite à un vieil ami, un membre de la famille.

On peut juste goûter sa présence, oser se réfugier sous sa ramure ou même lui parler. Il peut tout entendre…

Si je me laissais aller à croire, je me placerais volontiers sous la protection de cet arbre. Il sait consoler, il sait encourager, il sait relier et dispense son énergie. Je l’avoue, loin du regard d’autrui, je touche son écorce. Elle est n’a rien de rugueux.

Un sombre crétin

Branchebrisee

Il ne disait rien le Chêne, pas du genre à se plaindre. Un œil distrait n’y aurait pas pris garde. Mais en levant la tête, je l’ai vue, comme une cicatrice. Une branche depuis hier a été brisée. La cicatrice était encore fraîche. Il n’y a pas eu de vent. Il n’y avait aucune branche au pied de l’arbre. Je n’ai pas envie d’accuser ce père et ses deux jeunes enfants venus dormir là la veille. Soupçons lourds. Ils jouaient autour de l’arbre et nous n’avons pas osé approcher. Mais voilà, cette branche plus jeune, plus fragile que les autres a été cassée. En pensant à celle ou celui qui peut-être en s’amusant à grimper a brisé la branche, je n’ai pas été aimable…

Consoler le chêne

Vous auriez bien ri. Je ne savais pas qu’en plus de l’affection, on pouvait éprouver une réelle empathie pour un arbre. Je me suis interrogé de savoir jusqu’où il avait pu souffrir… Le monde végétal n’est peut-être pas équipé du même système nerveux que le nôtre, mais un arbre est-il indifférent à la brisure, à l’arrachement ?

On sait aussi, que la blessure mal cicatrisée d’un arbre peut favoriser les maladies…

Alors je me suis retrouvé là comme un idiot compatissant, maugréant le tourisme… et consolant le Chêne…

Pas de branche au sol, pas de trace de feu… Qu’ont-ils fait du bois les coupables ? Ont-ils voulu emporter la branche pour dissimuler leur crime ?

Le vieux chien, Galou, haletait de fatigue. Nous sommes rentrés avec des sentiments mélangés…


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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