Dans le Journal du soir vous trouverez l’actualité du Monde. Chacune, chacun y reconnaitra les siens. Un squelette, le feu, un enfant mitraillé poitrine ouverte, les arbres et un bébé à la mer…
À l’écoute
Le texte
Aux branches coupées
L’arbre me fustige
Mon squelette est strié de peurs enfantines
Le cœur scarifié de larmes imbéciles
Je pleure sur le sort de personnages faux
Mon chien ne meurt pas
J’ai toujours la main dans la gueule du chien
Et je cours comme à trois ans
Le long d’un mur de briques sans fin, ni porte
L’herbe est sèche
Là-bas, ils mitraillent les enfants qui viennent poitrine ouverte
Pour un peu de farine, du lait en poudre,
Des cartons lancés de haut par des avions qui s’enfuient très vite
Et des politiciens qui s’achètent une conscience
Si je donnais ma vie, feraient-ils silence ?
Ce cauchemar où se confondent ordres et contrordres
Rois répugnants, dictateurs ensanglantés
On dit que chez vous les miroirs sont brisés
Les arbres brulent
Une vieille a mis le feu au village
Un enfant joue nu dans les cendres
Une centrale atomique explose dans la nuit
Il n’y a plus de train, plus de jour, plus d’objet de poésie
Un riche signe des chèques dans le vent et rit
Un petit garçon meurt déchiré par un robot sécateur
À la télévision on annonce le temps pour demain
Attention à la grêle dans les quartiers du sud
Un pêcheur a par mégarde ramené dans ses filets
Le corps d’un bébé dont la mère voulait traverser l’océan
Le bébé a les yeux gonflés de sel
Son visage couvert d’algues exhale une odeur de poisson pourri
Il n’y aura rien à manger ce soir dit le pêcheur
Et il rejette le bébé à la mer
Des troncs calcinés flottent entre des morceaux de plastique
Une mouette fait une pause sur ce radeau improvisé
Elle a accroché à son bec l’œil de l’enfant qui pend
Qui pend lamentablement
Elle bat un peu des ailes
L’œil tombe entre deux vagues
La mouette enrage
Au loin, un bateau sombre inexorablement dans le sang du soleil couchant

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