Nous avons vite oublié celles et ceux qui souffrent autrement dans leur quotidien depuis des lustres, pour qui les heures caniculaires sont ordinaires. Mais c’est l’heure ! Jérémiades à midi.
La ligne dure du carrelage
La pénombre comme refuge
Il n’est pas de subterfuge
Nous nous tenons reclus
Allongés nus dedans notre âge
Réfugiés loin du soleil cru
Dehors, il fait quarante
Pas un souffle, pas un murmure
Les pipistrelles sous la soupente
Muettes sous la toiture
Attendent la délivrance
Calcinées dans leur patience
Chacun dans sa chacunière
Comme dans son terrier le lièvre
Et celles de la fourmilière
Nous ne craignons que la fièvre
Les mouches se posent sur nos lèvres
Juste avant qu’on nous mette en bière
Nous sommes tous morts à midi
L’horloge rouge nous a maudits
Nous sommes figés de torpeur
Nous sommes morts jusqu’à cinq heures
Peut-être six, ou bien plus tard
Nous attendrons le soir
Nos pauvres cerveaux lapidés
N’ont plus ni désir ni pitié
Nous sommes perclus de fatigue
Plus d’amour, plus d’amitié
Rien qui ne pourrait aider
Plus rien qui ne nous intrigue
On dit que l’enfer est brûlant
La canicule est son espoir
Si nous en sortons cependant
Si nous délaissons le noir
Cet avant-goût de la mort signe
Là où le sort nous assigne
Verse dont un peu de citronnade
Plutôt que toutes tes jérémiades !
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