Dos à dos. Rien n’est plus délicieux que de trouver l’équilibre en se plaçant dos à dos, assis sur l’herbe verte. C’est très exactement une affaire de confiance, d’amitié et d’intimité. C’est ce qu’autorisent les quartiers d’été. S’il est midi, nous avons bien le temps. Toute douleur s’oublie ainsi et les émotions passent, fluides de l’un à l’autre.
Poème dos à dos
Pas un souffle ne passe
Sur la ligne plate de midi
Je ferme les paupières
Je vois les yeux d’Elliot
Cette fois, il ne dit rien
Puis il appuie son dos au mien
Et les mains dans l’herbe
Nous retenons notre souffle
Perpendiculaire, le chien s’assoit
Contemple notre amitié
Presque sans jalousie
À l’ombre des rosiers
La chatte guette un pinson distrait
Il faudra siffler pour le sauver
Et rompre le pacte du silence
J’ai perdu,
Debout, je m’éblouis voulant te contempler
Le soleil cru impose son midi
Le svelte passereau a passé
La chatte s’étire à peine fâchée
Tu souris
Tu parles d’eau fraîche et de pastèque
Je vois tes longues mains fines
Tu as frôlé le romarin
Je préfère le serpolet
Midi
La cloche signe
Et je me forge un souvenir
Où je loge ton sourire
Tes mains
Tes yeux
Le pinson sauvé
La chatte désabusée
L’empreinte de ton dos dans mon dos
Le chien n’a jamais cessé de nous contempler
C’est beau, l’amitié !
De l’enfance
Je crois que mes premiers dos à dos viennent de l’enfance. Il fallait s’accorder en confiance, ne pas respirer trop fort. Parfois, nous faisions silence et c’était possible uniquement parce que nous ne nous regardions pas dans les yeux.
Si j’y pense, je crois que toutes celles et ceux qui ainsi sont venus s’appuyer on laissé quelque chose d’indicible. Ce n’est pas une étreinte, pas un effleurement. Un appui réconfortant. La joie de la complémentarité… rien à voir avec celles et ceux que l’on renvoie dos à dos, du pareil au même dans une sorte de vacuité…
Un mot en retour ?