Vous ne les rencontrerez pas lors des prides du mois des fiertés, ou alors bien cachés. Mais incontestablement, depuis un moment, ils ont fait leur coming-out et sont invités dans les grandes émissions de télévision. Les bons homosexuels du RN ? Des hommes, sérieux, en costume cravate, pondérés, sages et intégrés et si respectables. Rien à voir avec les queers qui contestent l’ordre établi et le patriarcat…
J’ai couché avec un militant FN
C’était il y a bien longtemps mais j’avoue tout. Il était choupinet, d’origine portugaise. Je le connaissais à peine. Nous avions passé la nuit ensemble et au petit matin d’un 1er mai je lui faisais part du fait que j’allais manifester. Lui aussi. Il se réjouit alors pensant que nous allions pouvoir nous y retrouver. Sauf que lui allait manifester au pied de la statue de Jeanne d’Arc avec Jean-Marie Le Pen. Et évidemment pas moi.
Je crois qu’il fut encore le plus surpris de nous deux de découvrir que nous n’allions pas au même endroit. Sa vision des gauchistes fut quelque peu déstabilisée. Il croyait que je blaguais. De mon côté, je m’engueulais intérieurement comme si j’avais pris le risque de choper une maladie contagieuse. Nous nous sommes séparés, poliment.
J’avais donc découvert qu’on pouvait être d’extrême droite et gay même si je n’avais pas oublié quelques précédents historiques…
Le besoin d’être sécurisé ?
Selon France Info, Le sondage Ifop pour Têtu (février 2026) confirme environ 27 % d’intentions de vote pour Jordan Bardella au sein de l’échantillon LGBT+, avec le RN en tête (devant LFI). Ce chiffre est en hausse par rapport à 2022, mais reste inférieur à la moyenne nationale.
Bon après tout, cela signifierait une forme de « normalisation » qui confirmerait que le vote n’est pas guidé par l’orientation sexuelle d’une personne. Ce serait presque « rassurant ».
L’islamophobie même si elle ne se dit pas ouvertement reste une forte motivation. Au passage, ne nions pas que gay et musulman c’est souvent difficile à vivre. Mais c’est aussi le cas dans de nombreux groupes religieux. L’homonationalisme met en avant un monde occidental supposé tolérant, s’opposant aux vilains barbares. Mais il faut souligner que pour être accepté il est préférable d’être « propre sur soi », cisgenre, marié pourquoi pas mais sans enfant… Dès qu’on touche aux questions de transidentité, du droit d’être parent, ça grince…
Sur toutes ces questions les débats sont vifs en dehors et au dedans.
Peut-être au delà de la « désidéologisation » du vote, on paye là aussi le développement de l’individualisme, du consumérisme dans toute la société y compris en politique, de la personnalisation du vote et d’une façon plus générale du brouillage idéologique accru par une société de l’information animée par le buzz.
Les lesbiennes sont bien cachées
Si les mecs sont présents, je ne vois pas de lesbienne assumée comme lieutenante de la grande cheffe. Les femmes au RN à part l’héritière, restent reléguées au second plan. Les lesbiennes sont en général plus engagées dans les luttes liées au féminisme, au care, aux luttes intersectionnelles.
Les tensions gay/queer
S’il faut se méfier des étiquetages réducteurs, il reste une tension palpable entre deux visions.
Une partie des gays, souvent des hommes blancs, cisgenres, plutôt favorisés, a obtenu le mariage, une certaine reconnaissance sociale, une certaine intégration. Ce groupe aspire à « la normalité », à vivre tranquille.
Le mouvement queer continue d’être plus contestataire : on y refuse l’ordre du genre et du désir dans sa globalité, on réfute la « normalisation » comme horizon suffisant. Ce mouvement aux couleurs multiples lie la lutte LGBTQIA+ aux féminismes, à l’antiracisme, à l’écologie politique.
Le RN ne soutient pas le mois des fiertés et n’est pas présent dans les prides
Le RN par ses votes comme ses positions, choisit toujours l’ordre établi. S’il concède aujourd’hui accepter certaines évolutions et dit ne pas revenir demain sur des mesures comme le mariage pour tous ou le PACS, non seulement il ne les a jamais défendues mais il s’y est opposé.
Ses positions actuelles sur la transidentité témoignent de son intolérance, partagée sur ce sujet avec une grande partie de la droite.
Les droits gagnés progressivement par les homosexuels et qui restent fragiles, ne sont jamais tombés du ciel tout comme les autres conquis sociaux.
Tout cela pour rappeler que la question du droit à vivre comme on l’entend (dans le respect absolu du consentement et de la Loi) ne peut s’exonérer d’un minimum de conscience et d’engagement et concerne le citoyen tout autant que la personne.
Il y a beaucoup à faire encore !

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