Le risque de penser autrement


des livres et un crayon

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5–8 minutes

Quand j’essaie de me forger une opinion notamment sur un sujet politique, je suis partagé, dans la mise en tension permanente entre les valeurs, le réel, mes intuitions, le besoin d’être certain de ne pas me laisser gruger ni par les autres, ni par mes propres biais. Individuel et solidaire. La remise en question, l’autocritique. L’idée est de ne jamais renoncer à la dignité (celle de l’autre, la mienne) ou accepter l’emprise de quiconque. De la difficulté d’être ce que l’on attend d’autrui.

Le refus de l’assignation aux étiquettes

Je vois une forme de totalitarisme quand on désigne untel pour le réduire à un adjectif. Notamment quand on ne s’appuie pas sur des faits tangibles. Chacun s’invective, se donne bonne conscience, finit même par avoir besoin de l’ennemi pour exister.

Aujourd’hui, le brouillage idéologique est vertigineux. Mais ce serait idiot de nier qu’il y a toujours eu des clivages.

Il fut un temps, si vous allumiez la radio, vous saviez en écoutant la personne quelques minutes, dire immédiatement de quel « bord » il ou elle était. J’avais raconté ce jeu mené il y a un moment à la maison : prendre des citations de personnages politiques dans les journaux, les mélanger et jouer à les réattribuer à celle ou celui qui avait pu les dire. Que de surprises !

Le ressentiment est un piège. La disqualification un poison. La compromission une défaite.

Rester sur la ligne des valeurs

Loin des comptabilités absurdes, la seule ligne qui tienne c’est celle des valeurs.

L’égalité des droits pour toutes et tous, la reconnaissance absolue de la dignité de chacune et chacun, le droit de s’émanciper de son destin…

Pour ne pas sombrer dans la moraline, nous n’avons d’autre choix que d’y travailler d’abord pour nous même et dans notre rapport aux autres.

On a souvent évoqué l’idée d’ascenseur social, regrettant qu’il ne fonctionne plus. C’est une idiotie. Il n’y a pas à « grimper » dans la société. Il y a à ce que chacune et chacun prenne sa pleine place, quelque soit son rôle en pouvant changer de rôle et de place, y soit respecté·e , puisse être reconnu·e, exercer sa créativité, apporter sa part…

Disant cela, je remets en cause le fonctionnement hiérarchique, notamment quand il confère du pouvoir d’un ou d’une sur autrui, notamment quand ce pouvoir n’est pas strictement défini par la fonctionnalité, le besoin d’organiser. Un « bon » pouvoir s’exerce dans un mandat clair et limité.

Aujourd’hui une grande part de l’exercice du pouvoir vise à limiter l’émancipation, la mobilité sociale, physique ou culturelle d’autrui. On cloisonne culturellement, socialement, géographiquement.

L’ultra personnalisation fait qu’aujourd’hui on voit des « leaders » imprimer leur marque à un mouvement politique alors que c’est le mouvement, le choix collectif qui devraient orienter la parole du représentant.

Négocier avec le réel pour le transformer ?

La Révolution de 1789 permit de confirmer la chute d’un régime vieillissant et inique. Si elle s’appuya sur le peuple, elle fut surtout une révolution bourgeoise visant à développer un modèle économique. Néanmoins, l’énoncé et la référence à des valeurs ont permis des avancées sociales. Certaines ont été obtenues par des luttes mais d’autres seraient venues de toute façon notamment par le développement des connaissances.

Aujourd’hui, la révolution numérique qui a apporté beaucoup assujettit pourtant les personnes et demain plus encore le monde économique. Le libéralisme n’aime guère les citoyens, il a besoin de consommateurs mais il ne tient que parce qu’un petit groupe pense tirer des satisfactions du simple bonheur matériel dans une sorte de dérive morbide où il faut non seulement posséder mais montrer qu’on est riche et de plus en plus, il faut asservir pour tenir au risque d’ailleurs de provoquer sa propre chute : c’est ce qui commence à se passer avec le président américain qui crée la guerre pour faire diversion mais se prend à son propre piège en étouffant les consommateurs qui nourrissent son système. Ce qui est terrible c’est que tout cela se fait au mépris de la vie et que peu d’obstacles réels s’opposent à lui.

Des crises terribles, dont la crise climatique, frappent à notre porte mais nous faisons diversion sans cesse pour nous inventer d’autres urgences.

Nous n’allons jamais au réel.

Nous protestons sur le prix de l’essence, mais nous oublions le sort des iraniens. Nous oublions vite qui a causé la crise.

Les stratégies de rupture, si elles sont séduisantes, prennent le risque d’oublier le réel et surtout de ne pas prendre en compte l’accélération des changements.

Prétendre planifier, c’est vouloir modeler le réel pour un projet déjà caduque.

Les lignes téléphoniques ont duré longtemps. L’ADSL c’est déjà terminé. Si la fibre est déployée mais en montrant ses fragilités et son obsolescence prévisible, c’est que déjà d’autres technologies viendront s’y substituer. L’économie a commandé là. Mais peut-être demain des accidents technologiques feront que de nouvelles inégalités surgiront. Il faudra se débrouiller autrement. Choisir.

Nous continuons de naviguer avec de vieux logiciels, de vieilles représentations mais paradoxalement nous pensons nous rassurer par le repli sur de vieilles pratiques obsolètes. Les mêmes qui ont inventé des normes appellent à la dérégulation. Mais la focale n’était pas la bonne.

Nous ne pourrons pas tout effacer et recommencer.

On parle d’économie, d’argent, de croissance… On n’agit pas vraiment sur la spéculation et les rares économistes qui ont imaginé faire de l’argent une « denrée périssable » pour lui redonner sa valeur d’échange, ont vite été mis au silence. On peut penser à Gesell et ses héritiers…

Aujourd’hui la gauche ne fait que proposer des aménagements pour tenter de rétablir un peu de justice ou d’égalité… mais elle oublie de promouvoir des modèles alternatifs, l’économie sociale, solidaire, coopérative… Ces modèles naissent pourtant sur le terrain. Ils manquent de support, de promotion… mais ils existent et proposent des alternatives autrement plus intéressantes que des catalogues de propositions ou des programmes qui ont peu de chance d’être appliqués.

Individuel et solidaire ?

Si je m’intéresse au Fédiverse c’est qu’il permet à la fois d’apprendre, d’exprimer son individualité créative sans mise en compétition et de partager ce que l’on a inventé, essayé, réfléchi.

Cela oblige au pas de côté, à ne pas s’en tenir à gueuler contre, mais à s’engager dans le faire, dans l’expérimentation.

La solidarité n’a pas forcément besoin de grandes démonstrations ni de médiatisation. Elle peut trouver à s’exprimer dans le geste de proximité. Une part de l’espoir réside dans la « contamination positive », le pari que les humains ne sont pas tous cupides et aimeront avancer ensemble pour résoudre petits et grands problèmes.

Pour que les choses changent, il faut être disponible au changement et commencer par son propre gouvernement, sa propre cellule, sa propre recherche de cohérence. Ce qu’il faut parvenir à démontrer c’est que la solidarité n’est pas la charité dès lors qu’elle engage, enrôle promeut l’entraide.

Cela suppose une éthique personnelle renouvelée, une attention à la question de ce que les uns appellent le « vivre ensemble » ou les autres le « faire société » et non à la mise en compétition ou la satisfaction immédiate de besoins qui ne sont pas interrogés. Voilà une démarche qui pourrait donner du sens à nos essais… changer de paradigme, avoir un regard réflexif sur ses propres choix, tenter de les incarner dans son quotidien… sans se laisser happer par la conflictualisation. C’est la paix que nous devons préparer. La guerre se débrouille sans nous.


Je vis en pays de Rouergue. Je partage ici chaque jour ou presque, un journal, de la fiction, de la poésie ou des chansons. Garanti « fait » à la main, ce site ne vous piste pas. Si vous aimez, partagez !


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Une réponse à « Le risque de penser autrement »

  1. Avatar de fourmiune

    @vbreton

    Le danger du pense / ment 😲

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