Mon journal matinal, ce sont les oiseaux. Se fondre dans le paysage au lever du jour, c’est la chance d’entendre ce merveilleux concert où chaque musicien tient sa partition et dispute joyeusement l’espace sonore … Et je suis à la fois comblé, admiratif et conscient que je sais si peu de ces voisins dont le tapage est toujours harmonieux.
Le spectacle de la vie vivante
C’est ma chance, mon luxe. Le jardin au pied du causse est entouré de haies, d’arbres hauts, de buissons. Entre la pente abrupte qui constitue un refuge idéal et la vallée proche où coule la rivière, les oiseaux savent qu’ils peuvent vivre à peu près tranquilles. C’est une réserve de chasse. Juste au dessus, on trouve un espace pour les bécasses dont on sait à quel point elles peuvent être victimes des pesticides.
Depuis qu’il n’y a plus le chien, les poules faisanes font des rondes régulières dans le jardin. Dans l’herbe haute les merles fouillent la terre tandis que les pies préfèrent se disputer dans la ramure encore nue des noyers. Mais il y a tant d’autres espèces !
Tendre l’oreille
Simplement tendre l’oreille c’est d’abord plonger dans la rumeur de cette vaste cour d’école. Puis peu à peu des voix se détachent, se répondent, se superposent.
Il y a ceux qui revendiquent à tue-tête un territoire, d’autres qui se confrontent, qui appellent à l’amour. Les uns grimpent dans des aigus mélodieux, d’autres choisissent un autre tempo aux tonalités plus graves presque rauques.
Plus on prend le temps de les écouter, plus le décryptage laisse émerger des messages complexes et des voix nouvelles impossibles à percevoir au premier abord.
Il faudrait tirer de leur lit tôt le matin, les enfants et les blasés pour aller leur faire entendre ce grand concert gratuit, cette fête multiple.
Rien ne vaut le spectacle vivant.
Les uns s’essaient à des mélodies aux circonvolutions insensées, les autres préfèrent l’intensité à la nuance, chacun tient sa partition avec ferveur et nul doute qu’ils s’entendent et se savent dans cette énergie au flux vivifiant, cet entrain résolu et optimiste. Gloire au printemps !
Ce chant qui emplit et relie
On prend un bol d’air. On s’emplit de sons. C’est une sensation étrange de contentement, d’enrichissement, d’élargissement de soi. Je crois que c’est à peu près la même sensation que j’éprouve après avoir entendu un concert de musiciens humains ayant joué avec cœur. Les musiciens sont des oiseaux.
Si peu de savoir
J’ai beau chercher dans quelques livres. Combien étaient-ils tout à l’heure d’individus et d’espèces ? Je mesure la faiblesse de ma science. Faiblesse à les identifier visuellement, méconnaissance crasse qui me rend incapable de dire toujours à qui appartient tel chant.
Cela devrait s’enseigner. On devrait aller dans les bois écouter les oiseaux et apprendre mieux à les reconnaître. Nous devrions apprendre le chant des forêts.
Resteront-ils après nous ?
Quand nous aurons achevé de nous détruire à coup d’engins volants aux sons sinistres, sauront-ils faire leur la planète abîmée ? Je ne veux pas y penser. Juste me laisser emplir de leur musique jusqu’à l’ivresse pour affronter la journée !

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