À la question certain·es diront un non résolu. « Je suis normal·e moi ! » D’autres confirmeront dans un soupir, ajoutant que c’est dur, tandis qu’une voix dira doctement que « c’est le monde qui n’est pas adapté » .
« — Atypique ? Atypique ? est-ce que j’ai une gueule d’atypique ? »
C’est dans l’œil de l’autre que j’ai vu que j’étais différent
Le petit autodidacte bavard qui posait trop de questions. Celui qui s’attarde encore sur des détails et dont le cerveau ne semble pas être doté de la touche pause. En revanche équipé d’un amplificateur à émotions qui fait parfois crisser le cœur et les oreilles. Un drôle de parcours. Nombre de différences qui peuvent me définir, je ne les ai perçues qu’au regard de l’autre. Et pas toujours dans les registres les plus agréables, alors il a fallu se doter de masques et de costumes. Atypique ? Je ne me suis pas défini ainsi et puis le terme est « à la mode » depuis peu. Différent, oui.
Mais vous ?
Si je pose la question, c’est en regardant qui vient sur ce site, qui échange, qui m’envoie des messages.
Qui vient sur ce site ?
Je n’en ai forcément qu’une vision imparfaite. Je n’ai pas voulu me doter d’outils statistiques visant à vous pister, c’est pas le genre de la maison. J’étais allé voir il y a déjà plusieurs mois du côté de l’hébergeur. Et cela se confirme. En France, Firefox c’est 1 internaute sur 10. Sur vincentbreton.fr, c’est 6 visiteurs sur 10 qui utilisent ce navigateur. Et dans les mêmes proportions on voit des utilisateurs de Linux. De vrais humains. Par jour il en vient en ces lieux entre 1400 et 1800. Des robots furètent, mais vous vous connectez aussi via vos lecteurs de flux RSS. Et ça c’est déjà le signe d’une singularité.
Mastonautes ou Mastodontes
Fréquenter une instance Mastodon plutôt que X ou Facebook, en reste une autre. Ce n’est pas juste une préférence technique ou de climat.
Parmi celles et ceux avec lesquels j’échange, plus ou moins revendiquées, des différences, des singularités : celles des poètes, des artistes, des féministes, des gays, des qui transitionnent, des handis, des qui neurodivergent, des qui enseignent, des anars, des militants, des révolutionnaires, des adeptes du libre, des gens qui veulent nommer leur différence, d’autres qui refusent toute étiquette mais pas très conservateurs.
Des goûteurs de poésie
Venir ici, c’est au moins ne pas fuir au mot « poésie ». C’est avoir la curiosité en bandoulière et le goût des explorations. C’est accepter mes élucubrations… Surtout quand non seulement je revendique vouloir vivre en poésie, mais « heureux » en poésie.
Témoignages
Il y a des commentaires publics et des messages discrets. Les plus nombreux. L’une qui envoie des petits retours, l’autre des confidences. Un passage a touché, un bout de poème ou même une chanson. Et l’on m’envoie là une question, ailleurs un texte, des encouragements. Voilà que des choses s’esquissent où sur le territoire sensible de vécus parfois délicats à assumer, on s’entend au moins dans l’assentiment, une forme de confiance ou de reconnaissance, une émotion partagée avec pudeur. Cette dimension, je ne l’avais pas vraiment imaginée au départ.
Atypique ?
Il est des personnes qui ne se voient pas du tout comme atypiques. Les étiquettes, les modes, il faut s’en prémunir. Mais peut-être aussi, des personnes ne s’autorisent-elles pas à vivre cette différence cachée, assumer ce regard, investir l’espace… Une sorte de syndrome non de l’imposteur mais normatif. L’autocensure, une inhibition trop grande et voilà que nous nous privons parfois d’ouvrir les ailes ou de tracer notre propre chemin.
En quoi suis-je différent·e ? Comment est-il possible de prendre sa place dans le paysage quand ça devient trop lourd à porter ?
Plus qu’une étiquette donc et des critères réducteurs, il importe tout de même de se savoir dans ses différences et ses potentialités. Pour soi, puis pour les autres dans une dynamique qui va pouvoir s’affirmer sans s’opposer face à l’oppression conformiste.
Des unes ou des autres feront les yeux ronds. Et il y a celles et ceux qui voient déjà très bien ce que je veux dire.


Un mot en retour ?