Puisque je me suis placé sous le signe de l’improvisation, et si j’improvisais un texte sans préméditation, sans plan, sans savoir à l’avance ni de quoi je parlerai, ni avec quelle intention ? Quel risque ! Allumer l’ordinateur, l’éditeur du site, glisser la photo de la dernière promenade. Vertige.
Vertige
Je pourrais parler de cette dernière promenade où je me suis trouvé longeant des falaises, puis rejoignant un village perché. On dirait que les gens se sont amusés à se compliquer la vie en traçant des chemins escarpés le long du causse, en mêlant escaliers escarpés et ruelles sinueuses autour de leurs maisons serrées au bord du vide.
Une promenade entière avec le vertige, m’éloignant précautionneusement du bord comme lorsque j’avais le chien de peur qu’il ne tombe à l’instar de la guenon du moine de la légende de la Mounine.
Ce vertige, y pensant, je le retrouve presque intact, cœur battant.
Écrire
Malgré le plus savant des plans, les notes les plus précises, les lexiques choisis d’avance, tout geste d’écriture donne sa part à l’improvisation. Il faut essayer. On peut décider après de ce que l’on gardera ou jettera, il y a bien ce moment où l’on plonge.
Encore ce vertige.
Dernières volontés
Un message automatique m’a demandé il y a peu, d’aller vérifier si mes dernières volontés étaient toujours valables. Je me suis relu dans ce que je demande qu’on ne fasse pas de mon corps et toutes ces simagrées que je refuse. Bien que je ne craigne pas de mourir, il y a ce vertige : le jour de ma mort, quelle part aurais-je laissé à l’improvisation ?
Vertige encore.
Aversion
Je me suis beaucoup interrogé ces temps derniers à propos de l’aversion que m’inspirent des personnes que je ne connais pas. Ce n’est pas du ressentiment, pas de la défiance. Je me sens oppressé à distance par leur bêtise, leur veulerie ou leur méchanceté pure.
Ce sont des gens qui parlent dans les médias, que je lis. Pas des quidams que je croise, je n’en suis pas à préjuger juste sur l’allure.
Il y a des personnes, à leur façon d’écrire ou de discourir, leur art de nous surplomber et aussi de se plaindre qu’on ne les aime pas assez pour leur hisser plus haut des statues, oui ces personnes épuisent mon optimisme et m’éloignent d’elles.
Je crois que je n’aime pas le pouvoir qu’iels prennent sur les autres. Je n’aime pas les entendre prononcer du haut de leur tas de fumier des sentences pétries de préjugés, des formules réductrices à propos des personnes. Ces gens là, j’évite de leur parler, je m’éloigne d’eux. C’est dit et redit. En moi. Ils n’en sauront rien. Tant qu’ils ne m’adresseront pas la parole. C’est juste un étonnement adressé à moi-même, d’où ça vient cette aversion ?
J’ai failli écrire une méchanceté.
Vous ne trouverez dans mes écrits aucune méchanceté réelle contre personne.
La plupart ce sont des types. Je les vois bien trouvant des excuses au pire, je les vois bien comme au collège je voyais les harceleurs tenter de me prendre de haut. Ces hâbleurs qui se donnent de l’autorité en parlant fort et tranché quitte à mentir ou écraser les pieds et les oreilles des autres.
Je vous vois de mon lointain Rouergue. Je vous vois et je vous conspue ! Hou ! (ça s’écrit comme ça ? )
Prévoir
Si je prône l’improvisation comme ferment créatif, j’ai des tas de petites et grandes à choses à prévoir : la liste des choses à faire dans la maison, dans le jardin, mais surtout des spectacles que je ne veux pas rater et des personnes à rencontrer. Si je pense à ça, c’est que mon cerveau n’est pas dans le flow. Je ne me lâche pas la bride.
Imagine que cette page soit la dernière, que je doive laisser une dernière parole, quelque chose qui marquerait. Mais j’ai quoi à penser à la mort comme ça ? Parce qu’il fait gris et que je suis fatigué. Parce que j’ai toujours pensé à la mort depuis ma plus tendre enfance et que le matin, il m’arrive souvent de m’étonner : « Tiens ? encore vivant ? »
Ça ne répond pas à la question sur ce que je trouverais à écrire si c’était la dernière fois qu’il me soit possible de parler avant la grande coupure, que les perses acerbes m’envoient un missile sur le crâne à moins que les Trumpistes en rut ne répliquent me confondant avec un ayatollah planqué derrière son causse.
Mais ce n’est pas l’heure.
Je veux improviser, il pleut dehors et je veux une deuxième tasse de thé. Je vais en faire un fort, à la Russe.
La chatte rouspète troublant ma spontanéité.
— Mais vas-y ! Lâche toi !
Mais non, mais non. Je voulais improviser. Alors que ça ne se décide pas, il faut créer les conditions pour que ça pousse, enfin que ça vienne.
C’est un peu comme bander au fond.
Oups.

Un mot en retour ?