Pour fêter le printemps, j’ai fait le tour du Lac aux Oiseaux. Le lieu artificiel, est assez sinueux pour m’avoir donné le sentiment ou l’espoir de me perdre. Et j’ai marché dans un mélange étrange de joie et de tristesse.
Faut-il revenir là où nous sommes allés ensemble ?

Je voulais revoir le lac. Je n’avais pas pensé que nous étions venus là dans les débuts de notre arrivée avec le chien. Je le savais, mais je n’étais pas venu pour ça. Il pouvait encore marcher pas mal, fureter. Alors en longeant la rive et passant devant les pêcheurs, je me suis souvenu que nous étions venus, peut-être il y a deux ans. Il était allé renifler les berges, s’était approché des sculptures et j’avais dû l’empêcher de pisser dessus. Il y avait déjà des flaques et de la boue dans le chemin à l’époque. Cette fois je pouvais passer sans m’inquiéter d’avoir à surveiller qu’il n’aille trop patauger, ce qu’il aimait.
Et voilà, pris par surprise, je me suis retrouvé partagé bêtement entre la joie de me souvenir de nos moments, la tristesse d’être là sans lui, le plaisir de goûter les premières chaleurs, d’échanger avec les pêcheurs, d’explorer la rive et le côté « réserve naturelle ». Oui tout mélangé. Ce deuil est plus long que prévu. Un chien. Les précédents, ça n’avait pas été si fort, mais Galou.
Dans la cuisine, tout à l’heure, je me suis dit que je pourrais reprendre une petite chienne, un bébé, l’élever comme j’avais fait avec lui et tisser une nouvelle histoire. Pour l’heure la voix de la raison me tient. Et puis, je ne veux pas le remplacer. Ce sera non.
Il faudra être plus prudent avec les lieux où nous sommes allés ensemble.
Surprises



Tout au long du lac, il y avait assez de surprises pour me faire penser à autre chose. Ces sculptures, les canards, quelques oiseaux, des pêcheurs concentrés. Le bleu du ciel et le vert des prés.
Et puis, abordant des recoins inconnus, sur ce circuit à moitié boueux, la crainte, un assez long moment de m’être perdu.
Quand je me perds, c’est l’aventure, il y a ce mélange de crainte oui, de ne plus parvenir à m’orienter et cet espoir de l’aventure. L’inconnu. On est désarmé.
J’aime ça. Improviser une escapade à pied ou en voiture et me laisser aller par le hasard. Improviser. Je crois que je suis le meilleur en improvisation. Il y a même des époques où je pouvais partir assez loin. Le goût de la fugue.
Peut-être qu’un jour je me perdrai vraiment et ce sera ma chance.
Mais là, je n’ai fait que le tour du lac. En Bretagne, il y avait un petit lac où nous allions faire « notre » tour après notre visite mensuelle chez le vétérinaire. Déjà. Encore ! Saleté de mémoire envahissante.
J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C’est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
C'est ce que chantait le vieux Charles. Baudelaire, pas Trenet !

Je suis rentré à la fois triste et heureux. On peut être les deux, comme il peut pleuvoir sous le soleil.
Les choses à faire reprennent le dessus. Je suis inquiet pour A mais je ne veux pas le harceler de questions. L’inquiétude ça me connaît. Je la garde pour moi.
Glenn Gould joue avec la même constance les variations Goldberg. J’aime sa façon de découper les notes sur le clavier, on dirait qu’il est dans la pièce à côté. Vivant Glenn !
Oui, c’était le premier jour du printemps. Norouz. Ce devrait être une fête. C’est une fête. Et dans chaque fête se mélangent la joie et la tristesse, toujours.
Un pré vert, des arbres qui sortent de l’hiver sous un ciel très bleu, tout cela chauffé par les premiers rayons du printemps, c’est à la fois plein d’espoir et de mélancolie.
J’ai mille choses à faire demain, je dois aller à la ville.

Un mot en retour ?